‹ Tableau de le̓loquence chrétienne au IVe siècleChapitre 54 sur 158 · Sanct, Çhrysost. Oper.^ t U, homilia xx · texte numérisé non relu

Sanct, Çhrysost. Oper.^ t U, homilia xx

166 TABLEAU DE L'ÉLOQCJENCE CHIÉTIENNE

menée: Que n*ai-je aussi le pouvoir de ressusciter les morts !

• Souviens-toi maintenant de ces paroles. Voici le moment de rappeler les morts à la vie. Même avant que la sentence soit portée, Antiocheest maintenant descendue près des portes de Tenfer ; retire-la de cet abime. Il ne faut ni' trésor, ni temps, ni travail; il suffit d'un seul mcyt, et tu ranimes une ville ensevelie dans les ombres de la mort. Permets qu'elle soit appelée désormais la ville de ta miséricorde

« Songe que tu délibères, non sur le sort d'une seule ville, mais sur ta gloire, et sur le cbristîanîsme tout entier. A cette heure , les Juifs , les Grecs , le monde civilisé, les barbares , ont a^^ris nos malheurs ; ils te regardent , ils attendent quel arrêt tu porteras sur nous. Si ta sentence est humaine et généreuse, ils la célébreront, ils rendront gloire à Dieu, ils se diront l'un à Fautre : 0 ciel! qu'elle est grande la puissance du christianisme ! Cet homme qui n'avait pas d'égal sur la terre, qui pouvait tout perdre et tout détruire , elle l'a dompté, elle l'a soumis, elle lui a donné une philosophie que les hommes les plus obscurs n'auraient pas. Il est grand le Dieu des chrétiens ! des hommes, il sait faire des anges; il les élève andessus de la nature '.

« Regarde combien il sera beau dans la postérité que Ton sache , qu'au milieu, des périls d'un si' grand peuple dévoué à la vengeance et aux supplices, quand tous frissonnaient de terreur, quand les chefs, les préfets, les j«^s étaient saisis de crainte et n'osaient étever la voîx pour les malheureux, un vieillard s^est avancé arec le sacerdoce de Dieu , et par sa seule présence , par ses simples paroles, a vaincu Tettiperenr; et q<Q*alor9 une grftce que l'empereur avait refusée à tous les grands de sa cour, il l'accorda aux prières d'un vieiHafd, par respect pour les

loi» de Dieu. En effet , ô prince ! mes concitoyens n*ont pas cru te rendre un médiocre honneur, en me choisissant pour cette mission ; car ils ont jugé ( et ce jugement fiiitta gîorre) que tu préférais la religion dans ses plus faibles ministres à toute la puissance du trône. Mais je ne viens pas seulement de leur part ; je viens au nom du souverain des cieux pour dire à ton âme clémente et miséricordieuse ces paroles de l'Évangile : « Si vous remettez « aux hommes leurs offenses , Dieu vous remettra les vô- « très. » Souviens- loi de ce jour où nous rendrons compte dé nos actions , et songe que , si tu as commis des fautes , tu peux les efl&cer toutes par un pardon, sans combat, sans effort. Les autres envoyés apportent de Tor, de Fïirgent et des offrandes semblableys : moi *, je m'approche de ta puissance avec le livre de notre sainte loi dans les mains ; je te le présente, au lieu de tous les dons, et je te conjure d'imiter ton souverain maître, qui, chaque jour offensé par nos fautes , ne se lasse pas de nous prodiguer ses bienfaits. Ne confonds pas nos espérances ; ne démens pas nos promesses. Je veux que tu le saches : si tu veux bien apaiser ta colère, si tu rends à notre ville ton ancienne amitié, je m'en retournerai plein de confiance ; mais si tuas banni Antioche de ta pensée , je n'y retournerai pas, je ne verrai plus son territoire, je le renierai pour jamais, je deviendrai citoyen d'une autre vîtte: je ne voudrais pas d'une patrie pour laquelle toi , le plus humam et le plus clément des hommes , lu séjîaîis devenu cruel et sans pitié. »

Cette éloquence persuasive toucha l'empereur. La douceur de la loi nouvelle agissait sur cette âme violente et guerrière. « Qu'y a-t-il d'étonnant, dît-fl, si nous autres

1. U canHwil Hturr, dMs sm tnàykàêJÉlo^pMm&dehnskêiiie^ aous prétexte de traduire ce discours , Ta refait de fond en comble , y mêlant d'autres mouvements, d'autres images, abrégeant, retranchant et faisant une œuvre fausse att lîen <f tin monument oriîgînar.

hommes, nous pardonnons à des hommes qui nous ont offensés, lorsque le maître du monde, descendu sur la terre^ fait esclave pour nous, et mis en croix par ceux qu'il avait comblés de biens, a prié son père pour ses bourreaux, en disant : « Pardonne-leur, mon père, car ils ne savent ce « qu'ils font. » Et en même temps il pressa le vieillard da repartir, pour porter cette joie au peuple d'Anlioche, à la fête de Pâques.

TIavien se fit devapcer par des courriers rapides; les fêtes remplacèrent dans Antioche le deuil public; et, suivant le génie de l'Orient , le peuple parut aussi enthousiaste dans sa joie qu'il était naguère abattu dans sa douleur.

Chrysoslome rassembla le peuple, pour lui redire les paroles de Flavien et de l'empereur.

Sans doute , il est aisé de concevoir pour l'espèce humaine un état plus raisonnable et meilleur que ce despotisme arrêté seulement par d'éloquentes prières. A la pensée d'un tel abaissement et d'un tel secours, on s'indigne autant qu'on admire. 11 faut même l'avouer, les luttes de la liberté mourante à la voix de Démosthène ont bien un autre intérêt que cette résignation passive d'un peuple d'Asie, tremblant sous ses maîtres, et défendu par la tribune chrétienne. Mais si l'on se reporte au siècle de Théodose, aux mœurs cruelles de cette époque, si l'on revoit en pensée le massacre de Tbessalonique ordonné par le même prince qui laissa vivre Antioche, peut-on méconnaître le bienfait de cette religieuse éloquence? Et même de nos jours, si l'on pense à ces villes d'Asie encore habitées par des Grçcs , si Ton songe que ces massacres, ces exterminations , qu'interdisait le christianisme, y sont aujourd'hui Me droit commun des barbares conseillés et

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