‹ Tableau de le̓loquence chrétienne au IVe siècleChapitre 64 sur 158 · SancU Chrysost. Oper,, t. Ill/p · texte numérisé non relu

SancU Chrysost. Oper,, t. Ill/p

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élevées où.cîrouiè jon air plus libre et -plus pur; ôt par la magnificence de cet abri» et toutes les invenfticfis de notre zèle^ nous tâchons de Vous rendre facile une plus longue assistance à nos discours. Ne soyons donc pas plus faibles que nos petits en&nts qui vont à l'école : ils n'oseraient retourner .à la maison avant midi. Quoique à peine détachés du sein de la nourrice, n^ayant pas encore atteint leur cinquième vannée, ils montrent de la ferce dans ce eoips si délicat et si tendre. Malgré la chaleur^ et la soif, ils travaillent, ils peinent jusqu'au milieu du jour, assis sur les bancs de l'école. Imitons au moins la patience des enfants, noua, hommes faits et. avancés I dans la vie; car si nouÂn'avons pas seulement .la force d'écouter des eeihortations à la vertu, comment espérer que nous pourrons combattre et souffrir pour aile ? »

Cette.attentionqulil réclame , Ghrysostome la veut fervente et communicative. De chacun des auditeurs il fait un apôtre, qu'il charge d'aUirnr d'autres disciples >et d'édifier ceux môme qu'il n'atlire pas. ftien de plus^persuasif que ce Img^f^e : « Pour que vous ne soyez pas -venus inutilement ici, dit quelque: part rocateur S ces frères quege vous, al souvent, peté^ que je vous prierai toujours de nous amener, avertissez-les dans leurs erreurs; doœuiez-leur conseil, non pasen paroles seulement.,) mais enceuvres. La: meillaureinstruction vient del'^exemple. Quand vous nctpavleriez pas^^i ,»àvvatreâoriie de l'église , le caliQô de votare.fflttaintiea,*vo&règards, votre voix, montrent à ceux qui n'y/âo&tipas entrés Jeiproâttqu-'i^ fiait votre âme, cda suffit pour l'exhortation et l'avertUsement. Nous devons sortir d'ici comme d'un sanctuaire d'initiés, meilleuis, j)lus philosophes, et plus léglés dans toutes nos-actionsiet DOS paeolea. Que l'épouse qui voit son mari , que le père

qui voit son fils , que le fils qui voit son père , que l'esclave qui voit son maître, que Fami qui voit son ami, que Tennemi qui voit son ennemi sortant de Téglise , que tous aient à cette vue la preuve des biens qu'on remporte de là. Ils auront cette preuve , s'ils sentent que vous êtes devenu plus doux de cœur, plus sensé, plus religieux. »

Par ce vif et affectueux langage, par l'analyse approfondie des faiblesses humaines, comme par l'éclat de l'expression, Chrysostome semblerait avoir plus d'une ressemblance avec Massillon. Ce parallèle tromperait encore cependant, s'il nous faisait attendre de la chaire apostolique d'Antioche des œuvre? d'art polies à la manière de l'orateur français. Chrysostome a moins de pureté de goût , peut-être moins de naturel , ou plutôt un autre naturel pompeux et candide. Son abondance ne se renferme pas dans un développement toujours heureux et varié : il est à la fois concis et diffus , resserrant par la vivacité du tour ses expressions choisies et répétant sa pensée sous plusieurs formes. Mais cela même corrige en lui les artifices de diction qu'il a rapportés de l'école des rhéteurs. Il revient sans cesse à la chose dont son âme est émue ; et on sent toujours quelque part sous l'harmonie de ses paroles le son même de sa voix.

Avec cette source de pathétique et cette abondance de cœur, nul orateur chrétien ne fut jamais plus pénétré de l'Écriture sainte, plus coloré de ses feux, plus empreint de son génie. Par ce double caractère, par la forme éclatante et simple du discours, et la grâce soudaine qu'on y remarque souvent, et qui est restée là comme un accent de la parole vivante , c'est à Bossuet, dans ses sermons, qu'il pourrait être comparé, si Bossuet souffrait dea égaux, et s'il n'avait eu ce don du sublime, que l'éloquence chrétienne atteignit rarement avant lui , même dans un siècle plus poétiquement chrétien , et lorsqu'elle louchait encore

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à ces nûracles des premiers âges , dont Tévéque de Meaux n'était entretenu que par le travail solitaire de Timagination et de la foi. C'est ainsi que Chrysostome, ramené sans cesse à la contemplation des apôtres , et surtout de saint Paul, est loin d'égaler la grandeur que Bossuet a jetée sur ce souvenir.

Quelle ne devait pas être cependant la puissance de sa parole , lorsque dans Antîoche , où se voyait encore la maison qu'avait habitée Paul , il célébrait Rome , surtout à cause de lui, et unissait ainsi par un seul nom les deux Ëglises! « J'aime Rome S parce que Paul écrivait tiuli Roumains et qu'il les aimait, parce qu'il a conversé de son vivant avec eux, qu'il a terminé là ses jours, et qu'on y garde ses restes sacrés. Rome en tire plus d'éclat que de toute autre chose. C'est de là que seront enlevés au ciel les restes glorieux de Paul et de Pierre. Concevez et ad* mirez en frémissant quel spectacle verra Rome , Paul se levant de la tombe avec Pierre, pour aller dans les airs audevant du Christ. Quelle sera belle cette offrande de Rome à son Dieu! De quelle double couronne Rome sera parée! De quelle chaîne d'or elle sera ceinte ! Je ne l'admire pas pour ses trésors, pour ses monuments et tout le reste de ses pompes ; mais parce qu'elle possède ces deux colonnes de l'Église. Qui me donnera de toucher le corps de Paul , de me pencher sur sa tombe , de voir la poussière de ce corps qui a achevé l'œuvre du Christ, reçu les stigmates du martyre et publié partout la parole sainte , de voir la poussière de cette bouche que le Christ a eue pour interprète auprès des rois, et de laquelle nous avons appris Paul et le maître de Paul ! La foudre est moins terrible pour nous que sa voix ne le fut pour les démons. Ils ne tenaient pas devant lui ; ils tremblaient , et à l'ombre de sa présence ,

]. Sanet, Chrysost. Oper., t. IX, p. 834.

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au seul son de sa voix , ils s enfuyaient de loin. Cette voix purifiait la terre , guérissait les malades, chassait les vices, ramenait la vérité. Elle était ce.que sont les chérubins ; elle portait partout le Christ avec elle. Imitons-le, mes frères, car il était homme et de la même nature que la nôtre. Mais comme il a montré pour le Christ un grand amour, il a franchi Tenceinte des cieux, et il a place avec les anges. Si nous voulons faire un effort et allumer eu nous la même flamme., nous .pourrons imiter ce saint apôtre. Si cela était impossible, il n'eût pas. dit, en effet : « Soyez mes imita- M teurs, comme ^e le suis du Christ. »

Chrysostome excelle dans cette peinture des temps .apostoliques; il y tourne incessamment ses regards ^et sa pensée; il leur emprunte même ^.malgré la douceur de son âme, une sorte d'âpreté inséparable des grands. changements à faire dans la croyance humaine; censeur si indulgent du peuple léger d'Autk>che, .il.se plaît à décrire les fortes vertus de r£glise primitive et la contradiction violente qu'elle faisait éclater parmi les hommes. A voir de quel cœur il raconte ces épreuves de la foi , on sent qu'il les. souffrirait volontiers.

C'est ainsi qu'il décrit cent fois, et avec une variété toujours nouvelle, Tapparition du christianisme dans le monde et sa rapide victoire. Remettons sous les yeux de notre siècle un de ces tableaux dont les vives couleurs égalaient les souvenirs encore si récents des peuples d'Asie.

«< Quand. la proclamation, divine eut été répandue par les apôtres S lorsqu'ils parcouraient toute la.terre, semant les paroles.de la foi , arrachant les racines de l'erreur, brisant les vieiUesiois des empires , , pourchassant Finiquité , nettoyant le sol sous leurs pas , et ordoniiant aux hommes

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