Sanct Chrysost. Oper,,t. III.p
de fuh* loin* des idoles, des temples, des aotels, de leurs fêtes et de leurs mystères et de s'élever à la connaissance d'un seul Dieu^ n^aiftre de tout, et à l'attente des biens à Tenir, pendant qu'ils parlaient du Père, du Fils et du Sa»Dt-<£sprLt, qu'ils philosophaient sur la résurreotion et ense^naient ie voyauihe des cieux , une grande gueirne , la .plus tyrannique des guerres , s'alluma , et tout .fut rempli de trouble, de bruit et de diss^isions, toutes les viUes., toutes les nations, toutes les familles, toutes les contrées civilisées ou barbares. C'est que les coutumes antiques étaient secouées sur l^irs fondements, et que le préjugé qui avait si longtemps régné s'ébranlait à l'invasion de croyances nouvelles , inouïes jusqu'alors. €ontEe cette puissance, les empereurs s'irritaient, les gouverneurs de provinces sévissaient, les citoyens inurmuraient, la place publique se déchaînait, les tribunaux se passionnaient, les glaives étalent nus, les armes préparées et la loi en colère; de là des supplices, des vengeances, des menaces , et partout l'appareil de ce qu'on croit la terreur. Les flots de la mer furieuse rejetant de leur sein des navires brisés 'Sont une image de eet état du monde, où pour la religion le fik renonçait au père, la bru à la bellemère , les frères se divisaient, les maiU'es s'indignaient contre les serriteurs^f toute la nature était en discorde avec «lle-méme , et partout s'élevait une guerre non-seu- 'lernent miule, mais domestique. C'estxiue la parole, comme un glaive 9 pénétrait partout, .exci|,ait un grand combat, une grande querelle , et faisait naître de toute part contre les fidèles des zhaines et/des persécutions. Les uns étaient jetés dans les fers, I^s autres itratnés devant les jug^^ et €ar le chemin qui menait à k moot. Les uns voyaient leurs biens eoofisqués, les autres étaient bannis de la patria, ou môme privés de la vie ; combats à l'intérieur , périls au dehors par les amia^ par Jes indifférents» par
ceux-là même que les liens de la nature avaient rapprochés.
« Devant ces épreuves, alors que les maux étaient présents , les biens en espérance et la promesse éloignée , alors que les fournaises, les réchauds, les glaives, tous les genres de tourments et de mort étaient sentis non pas seulement par la crainte, mais par la souffrance, et quand ceux qui devaient combattre n'étaient pas encore tout à fait détachés des autels profanes , des idoles, des voluptés et de rivresse du monde , qu'ils n'étaient pas accoutumés aux contemplations sublimés de la vie éternelle, mais encore enchaînés aux choses présentes, et paraissaient faiblir et devoir succomber, s'ils étaient attaqués chaque jour, vois ce que fait Paul , le confident des vérités célestes, et soisMtentif à sa sagesse. Il leur parle incessamment de la vie à venir, il met sous leurs yeux les récompenses, leur montre les couronnes et les console par Tëspoir des biens éternels. Que dit- il donc? Il dit : « Pour « nous les souffrances de cette vie sont trop faibles et trop « indignes de la gloire future qui se révélera sur nos têtes; « c'est-à-dire que faites-vous en m'opp6sant les bour- « reaux, les supplices, la proscription, la pauvreté , les ^ fers? Menacez-moi de tout ce que vous voudrez, de « toutes les choses qui semblent formidables aux hommes ; « vous ne dites rien qui vaille ces récompenses, ces cou- « ronnes, cet échange [que. j'attends. L'un s'épuise et se « termine dans cette vie ; Tautre n'a pas de fin dans t* réterni té. »
L'éloquent prêtre d'Antioche voulait passer sa vie au milieu de ce peuple ingénieux, où cent mille auditeui^s admiraient ses paroles. Mais l'éclat de son génie avait s^ttiré sur lui les regards de tout l'empire. Le siège patriarcal de Constantinople semblait la place désignée pour le plus grand orateur du christianisme.
Cette dignité ne fut vacante qu'après la mort de Théodose, en 397, sous le règne de ses deux tils, qui s'étaient partagé le monde romain. Ârca(}ius , ou plutôt i eunuque Eutrope, songea d'abord à Chrysostome; et ce fut la seule chose agréable au peuple qu'il eût faite pendant la durée de son pouvoir. Chrysostome, dont les humbles refus étaient à craindre, fut attiré dans une conférence, et remis presque de force à un "grand eunuque et à un général , qui le conduisirent à Constantinople.
Un coacile d'évéques assemblé dans cette ville célébra son ordination; mais tant d'honneurs ne firent que porter à l'excès la jalousie sacerdotale. De nombreux compétiteurs avaient brigué cette dignité par des sollicitations et des présents. Ceux qui ne pouvaient y parvenir voulaient du moins qu'elle fût remplie par un choix moins éclatant.
La cour, voluptueuse et corrompue, redoutait un censeur. L'ambitieux Eutrope s'aperçut bientôt que le pieux évéque ne voudrait pas être sa créature. Le peuple seul , ce peuple qui n'avait plus ni liberté ni gloire, qui voyait ses campagnes envahies par les barbares , se tournait avec une sorte d'idolâtrie vers cet homme , dont la renommée remplissait tout l'Orient.
La puissance de l'archévéque fut grande d'abord et secondée par ces démonstrations de ferveur publique auxquelles s'associait la protection du trône. L'impératrice s'honora de marcher à côté de Chrysostome, dans une fête qui fut célébrée pour transférer des reliques de martyrs hors des murs de la ville. Cette solennité se fit dans la nuit, sous le beau ciel des rives du Bosphore, éclairées de mille feux. Le religieux dépôt sortant de la grande église , à travers l'hippodrome, s'avança suivi -d'une foule immense de prêtres , de vierges consacrées! au milieu des grands de l'empire, des magistrats, des citoyens, l'impératrice revêtue de la pourpre et du diadème touchant d'une
main le voile qui couvrait les reliques , et achevant à pied cette route de plusieurs stades, jusqu'à Téglise de Saint- Thomas, où le cortège ne parvint qu'au lever du jour. Là, Chrysostome parla , et dans Textase de joie religieuse qui anime ses paroles, oii sent et Timpression- de cette foule émue , et toutes les espérances qu'il avait Jui-ratoie. Mais à Constantinople, Chrysostome retrouvait les vices de l'Asie , augmenté» encore par la présence d'une cour ^é* minée. Le faible successeur de Théodose n'avait de M que le goût d'une vaine magnificence ; c'est dans les sermons du vertueux pontife quei l'on retrouve la. plus oêt rieuse description de ce luxe oriental.
Arcadius ne paraissait en public qu'au mitieu; d'un ooiv tége de gardes revêtus d'habits magnifiques, portant des boucliers et des lances dorées. II était sur un char attelé. de mules blanches et tout incrusté de lames d'or/ et de pierreries. Il portait de riches bracel^, des boucles d'o^ reilles du plus grand prix , un diadème orné de diamants; sa robe en était couverte , sa chaussure même était d'une singulière magnificence; et tout. cet étalage faisait de loin l'admiration de la foule repoussée par les soklats. Les salles , les escaliers , les cours du palais étaient sablés de poudre d'or. C'était là que se rendaient chaque jour les grands de l'empire qui venaient ramper devant quelque eunuque favori.
Ces jeux du cirque, si chers à' la ville d'Antiocfae, exci*taient dans Constantinople encore plus d'engouement et de fureur. Les plus riches citoyens y perdaient souvent leur fortune ; la foule y consumait son temps. Mais un spectacle plus séduisant encore , c'étaient des comécfies ornées de danses et de chants^ où de J0anes femmes paraissaient sun la scène à visage découvert. Constantinople était folle de ces spectacles ,. que les anciennes mœurs du paganisme n'auraient pas soufferts.
Chrysostcmie réprima d*abord la licence hypocrite de quelques prêtres, qui gardaient dans leurs maisons des religieuses, sous le nom de sœurs adoptives, fréquentaient les tables sensuelles des grands et convoitaient }e8 richesses des veuves. Il censurait amèrement tous oes vices. Il attaquait la mollesse des grands, Toisiveté du peuple ; mais cet apostolart chrétien ne corrigeait pas le vice de l'empire. Pendant qu'Àrcadius faisait des lois pour détruire quelques restes de l'ancien polythéisme, pendant que Ghrysostome envoyait des missions chez les peuples barbares, Alaric ravageait la Grèce, et Gainas, général goth attaché au ser* vice de Tempire, feisait trembler Arcadius, et le forçait d'exiler son ministre Eutrope.
Ce fut un grand jour que celui où l'insolent ministre, proscrit par son maître, poursuivi par le peuple, vint chercher un asile dans Sainte-Sophie, à l'abri de la chaire pontificale. Nous ne reproduirons pas le discours trop connu que prononça Ghrysostome pour apaiser la colère du peuple et défendre le réfugié de l'Ëglise chrétienne; mais on sent assez combien ces terribles disgrâces prêtaient d'autorité à l'éloquence chrétienne, combien cette parole : « Vanité des vanités, et tout n'est que vanité, » retentissait avec force devant le favori déchu, tremblant au pied de la chaire qui le protégeait, et sauvé de la colère du peuple par la voix du pontife.
Ces drames de l'Église chréUenne attestaient la misère du pouvoir impérial, mais faisaient ressortir la grandeur et la puissance du culte. Peu de temps après, Chrysestome fut envoyé en ainbassade auprès de Gainas, qui, plus animé que satisfait par la mort d'Eutrope, demaudait les têtes- de quelques autres grands officiers de Tempire.
Telle était la dégradation de la cour de Byzance, que les victimes furent conduites au camp du barbare; mais Ghrysostome les protégeait par ses paroles. Gainas, comme la
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plupart des Goths, s'était avisé d*étre arien; et il n'avait pris de cette religion que la haine contre le parti contraire. Il céda cependant; et Chrysostome, de retour à Constantinople, prononça devant le peuple ces paroles qui donnent une idée singulière du règne d*Ârcadius : « Je suis le père commun de tousS et je dois penser, non-seulement à ceux qui sont debout, mais encore à ceax qui sont tombés; non-seulement ài^ceux qui naviguent sous un vent favorable, mais à ceux qui sont battus de la tempête ; c*est pour cela que je me suis quelque temps éloigné de vous , faisant des voyages, usant de^conseils et.de prières pour sauver de la mort les principaux de l'empire. » Puis il se livrait à de pieuses réflexion^ sur la fragilité des grandeurs et le néant de la vie.
Dans cet affaiblissement de l'empire, la religion seule s'étendait sans cesse et transformait ce monde barbare, dont elle ne pouvait détourner la prochaine victoire et l'avènement. Les Goths, introduits dans les armées romaines et devenus si puissants sur les conseils des princes, entraient aussi dans l'ordre ecclésiastique. Leur conversion disputée par l'arianisme était une conquête précieuse à rËglise, leur admission au sacerdoce un triomphe de plus pour elle. Il faut entendre le langage de Chrysostome dans l'église des Saints-Àpôtres, à Constantinople, le jour où venait d'y prêcher un homme de la race des Goths, nouvellement ordonné prêtre, et entouré de quelques-uns de ses compatriotes qui remplissaient l'office de lecteurs. « J'aurais voulu', dit en commençant le pontife, que les Hellènes fussent ici présents pour entendre ce qui a été lu, et juger quelle est la vertu du Dieu crucifié, la puissance de la croix, la noblesse de l'Église, le fier accent
1. Sanet. ChrysosK Oper», t. I!I, p. 482. 3. Ibidem, t. Xn; p. 612.
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de la foK la honte de Terreur, et ThuiniHante défaite du démon. Les dogmes des philosophes sont détruits chez les peuples qui parlent leur langiie, les nôtres prévalent 4aRs les langues étrangères. Où sont maintenant les doctriiioes de Platon et de Pythagore et de ceux qui enseignaient dans Athènes? Elles sofU abolies. Où sont les doctrines des pôcbeiirs et des fabricants de tentes? £Ues brilleat plus que l'éclat 4u jour, non-aeulement en Judée, mais chez lés nations barbares. Comme vous Tavez entendu aujourd'hui, les Scythes, les Thraces, les Siarmates, les Maures, les Indiens et-ceux qui toudient aux confins du nK)nde, ont adopté pour philosophie les maximes chrétiennes, que chacun.de oes peuples, a traduites dans sa langue nationale. Ne recherchant pas Télégancedu discours, mais plaçant la philosophie dans la force des pensées, par la vertu de leurs œuvres et l'exemple de leur vie, nos apôtres ont fait partout retentir cette grftce de Dieu, qu'ils portent dans leur sein. Par là, et la terre habitée, et les terres sauvages, et les villes, et les moatagaes, et la firèce, et les barbares, et les puissants et les pauvres, et les hommes et les femmes, et les vieux et les jeunes, ils ont tout pris dans leurs filets, et de là ils ont passé plus loin ; et notre terre ne leur suf*^ fisant pas', ils se sont avancés sur l'Océan , et ils ont pris les contrées barbares et les Iles Britanniques ; et partout où vous allez, les noms de ces pédieurs d'hommes sont dans tontes les boiicfaeç, mm pas à cause d'eux-mêmes, mais par la puissance du t^rucifié qui leur a partout frayé la voie et qui fait paraître les stupides plus sages que les philosophes, et les hommes sans lettres plus éloquents quêtes rhéteurs et les sophistes. Que personne ne soit honteux pour rËgllse, si nous avons instruit des barbares à se lever et à parler au milieu d'elle. C'est, au contraire, sa gloire et le témoignage de la puissance de la foi. Que les Juifs rougissent, eux qui lisent la lettre et ignorent le sens I Que
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les Gentils soient pénétrés de confusion eux qui voient briilef la vérité, sont assis à sa lumière et suivent les ténèbres! Que rÉglise triomphe d'avoir porté partout son vol rapide et sa splendeur!'*
Tout h'était pas également vrai dans ees vîtes paroles : la philosopliie n*avatt pas perdu toute sa puissance ; et Cln7sostome lui-même est p!ein de souvenirs de IHafon et du travail qu'avait fait le génie des Grecs pou^ revendiquer les vérités morales par les forces de la raison, et par la conformité dé noire nature avec les idées étérrtelles du ju:«^te et de-rhonnéte. Il triomphe même quelquefiiis de montra le double témoignage que reçoivent ainsi éb grands principes attestés par la conscience, comme par l'Esprit saint. Mais, dans l'enthousiasmé die sa foi, il oublie volontiers la sagesse humaine pour ne voh» et ne célébrer que l'Église^ de ntéme qu'il oublie l'empiré et la patrie romaine pour ne célébrer que l'acxroîssement continu de la chrétienté dans l'univers. C'était la disposition qui naissait souvent de l'ardeur de la foi et de la charité cosmopolite développée par elle ; c'était, non pas un enseignement du christianisme, mais une conséquence de la domination absolue qu'il prenait sur les âmes. La décade^ce-et retendue de l'emprre tout ensemble favorisaient ce mouvement des esprits en effaçant chaque jour davantage le Romain devant rbomme et la cité devant l'Église; et puis, ne Voublions pas, Chrysostome était un Grec séparé par là foi de ceux qu'il appelait les Hellènes, mais éloigné bien plus encore par sa naissance et par sa langue de ces Romains qui n'étaient pour lui que des maîtres dégénérés dans l'Occident et toujours étrangers dans l*Orient. De Rome, il n^admirait que le pontificat fondé par saint Pierre, et dont rien alors ne séparait l'Église grecque!
Ses négociations près des chefs barbares n'en étaient qne plus généreuses. C'était de sa part un effort semblable
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à celui que dans le même siècle tenta saint Âmbroise près du tyran Haiime. Mais son zèle devint inutile. Un chef des HuDs attaqua Gainas ; et Constanlinople se trouva délivrée par le conflit des deux barbares. EWe reprit ses jeux da cirque et ses querelles religieuses; car on s'occupait sans cesse de ce que ton appelait la paix de l'Église, et fort peu du salut de Tempire. Quelques solitaires d'É^pte/ chassés par Théophile, patriarche d'Alexandrie, intéressaient plus Fempereur et sa cour que ne le faisaient la Grèce et la Thrace désolées par les barbares. Tout, dans cette cour, n'était qu'intrigue, hypocrisie, frivolité.
Une ligue se forma pour pefdre Chrysostome. On y comptait des prêtres jaloux, des courtisans, de riches matrones offensées par les censures de l'orateur, enfin l'impératrice Eudoxie, et peut-être l'empereur, tin concile fut convoqué pour servir leur Vengeance. Théophile, patriarche d'Alexandrie, le dominait par ses intrigues et sa haino furieuse. Plusieurs évêques, admirateurs du génie de Chrysostome, ne voulaient pas se sépareir de sa cause, et refu^ saient d'assister au concile. Cependant Chrysostome parlait dans les chaires de Constantinople avec une véhémence nouvelle. «Que puis-je craindre? disait-il*, serait-ce la mort? Mais vous savez que le Christ est ma vie^ et que je gagnerais à mourir. Serait-ce l'exil? Maïs la terre, dans toute son étendue, est au Seigneur. Serait-ce la perte des biens ? Mais nous vCavons rien apporté dam ce monde, et nous n'en pouvons rien emporter. Ainsi, toutes les terreurs du monde sont méprisables à mes yeux î et je me ris de tous ses biens, je ne crains pas ta pauvreté; je ne souhaite pas la richesse; je ne redoute pas la mort, et je ne Veux vivre que pour le progrès de vos âmes. » Puis il disait encore : « Mais vous savez, mes amis,