I. Sanct. Chrysost. Oper,, t. 111, p. \m
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cbes de mes ennemis : elles ont augmenté Taffection et le regret pour moi. Autrefois les nôtres seuls m'aimaient; aujourd'hui les Juifs même m'honorent. Ceux qui croyaient éloigner de moi mes amis^ m -ont concilié les indifférents. Ce n'est pas à eux que j*en rends grâces, m^is à Dieu qui a tourné leur injustice eu honneur pour moi. Les Juifs ont crucifié le Seigneur, et le monde a été sauvé. Ce n'est pas aux Juifs que j'en rends grâces, mais à la victime. Quils voient ce que voit notre Dieu; quelle paix, quelle gloire leurs embûches m'ont values! Autrefois l'église seule était remplie ; maintenant la place publique est devenue l'église. Tout est immobile comme une seule tète ; personne ne commande le silence , et tous sont silencieux et contrits. Il y a des jeux du cirque aujourd'hui , et personne n'y assiste : tous affluent au temple comme un torrents Ce torrent, c'est votre multitude; ce bruit de fleuve, ce sont vos voix élancées vers le ciel et attestant votre filial amour. Vos prières sont pour moi une couronne plus éclatante que tou,s les diadèmes. C'est pour cela que Je vous ai convoqués dans l'église des apôtres; bannis, nous venons près de ceux qui furent bannis avant nous; nous venons près de Timolhée, le nouveau Paul, près de ces corps sanctifiés qui ont porté les stigmates du Christ. »
Le lendemain , dans une autre homélie au peuple insatiable de l'entendre, Cbrysostome comparait son Église de Constantinople à Sara tombée, en l'absence d'Abraham, dans les mains de l'infidèle Égyptien ; et la félicitant du courage qu'elle avait montré pendant Texil de son pasteur : tt J*ai grande joie , disait-il , que vou^ ayez vaincu , et vaincu sans moi. Présent, j'aurais été pour quelque chose dans votre victoire. Par ma retraite, le triomphe est à vous tout entier; mais là même est une gloire pour moi, celle de vous avoir instruits de telle sorte, que loin de votre père vous montriez la noblesse de vos âmes,
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comme les athlètes loin du maître qui les^^ierçait déploient toute leur vigueur. » Et en méoie temps il séparait de ses eanemis impératrice, dont la v<hx avait demaodé son rappel ; et il lui rendait grâce , en la ncuninant la protectrice des saints et le soutien des pauvres.
Cette réconciliation toutefois était de difficile durée. Eudoxie ne pouvait oublier sa haine et sa débite. Les eourtisansy les dames du palais excitaient sa colère. On avait préparé, pour consoler l'orgueil de la princesse, une fête à demi profane; c'était la dédicace d'une statue d'argent, élevée en son honneur, sur la place publique, entre le sénat et l'église de Sainte-Sophie. Des chants, des danses célébraient cette espèce de consécration.
Chrysostome, dans une de ses homélies, blâma vivement ces jeux qu'il accusait d'idolâtrie. Eudoxie offensée reprit toute sa colère. Chrysostome n*avatt pas fait encore annuler les actes du coneite qui l'avait condamné ; il siégeait sans être absous. Cette irrégularité fut une arme nouvelle pour ses ennemis. Dans cette espérance, les évéques de la Grèce et de l'Orient sont convoqués une seconde fois à Coostantinople. Théophile, sans oser y reparaître, animait cette intrigue épiscopate.
Pendant que le nouveau concile délibérait, Chrysos* tome parlait dans Sainte-Sophie, et son éloquence balançait tout le pouvoir de ses ennemis. Quarante évéques s'étaient déclarés pour sa cause; les autres, plus nombreux, pressaient l'empereur de le bannir avant la fête de Pâques; car on craignait que, dans ce grand jour, il ne parût trop inviolable.
La veille de la fête, Chrysostome reçut l'ordre de quitter son église ; mais on ne pouvait lui enlever la confiance du peuple, qui, désertant alors les églises, alla tenir ras«semblée chrétienne dans les bains publics bâtis par Constantin. La cour, aussi cruelle quefoible, envoya des troupes
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cte la garde gothique pour disperser cette foule. Le sang coula près de l'autel; et des femmes, demi-nues pour recevoir le bsptôine, selon Tusage du temps, furent outragées par des soldats.
Enfin l'empereur prononça Texit de Chrysostome. 11 fut conduit d'abord à Nicée, dont le nom seul devait ' avertir ses persécuteors et les feire rougir des traitements cruels infligés à Téloquent défenseur de ht foi. De Nicée on rentratne plus foin , aux extrémités de l'Arménie , dans un lieu sauvage et insalubre , entouré d'une population barbare. Insulté sur la route par des moines et par un évéque de Césarée , il fut secouru par la veuve du ministre Rufin , n)is à mort quelques années auparavant.
Du fond dé son exil , il ne cessa d-étre en intelligence avec les évéques qui avaient défendu sa cause, et avec ceux qui l'adoptèrent après sa persécution, avec l'Orient, avec rOccident. Rdégué dans la boulrgade dé Cucuse, dotit les abords étaient infestés par dés hordes errantes, et de là dans la forteresse d^Arabisse , à Textréniité de cette terre sauvage qu'enferme la chaîne du' Taurus , trouvant là même quelques pieux admirateurs, y recevant des députations d^évéques et les visites de quelcfues amis fidèles de Grèce et d'Asie, il communiquait, par celte entremise, avec le monde chrétien, d'où ses ennemis avalent voulu le bannir. On ne concevrait pas: la vie singulière de ce temps, si on ne lisait les lettres que Chrysostome, déchu, pauvre, captif dans un désert, envoyait sur tous les points de la terre civilisée. Violent et faible, l'empire se dissolvaitde toutes parts. Mais la société chrétienne, unie darts sa dispersion^ ne relevant que d'ellemême , et plus forte que toutes les soufirances et que tous les schismes, s'entendait, se parlait, s'animait du même zèle sur tous les points du monde. Chrysostome écrivait en Orient aux évéques de Jérusalem, de Césarée, de Scy-
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ihopoUs, d'Adana, de Corinthé, deThessalonique et d'une fauie d'autres villes, à des moines de Syrie, de Phénicie, d'Egypte, en Occident, à l'évéque. de Cartbage Âurèle qui fu4 le protecteur d'Augustin/ aux évéques de Milan, de Brescia, d'Aquilée, dé Salone, et à beaucoup de prêtres de Rome, partout à des femmes illustres, ferventes alliées de l'Eglise, sentant croître leur enthousiasme par les malheurs de l'éloquent pontife , et placées si haut dans sa conâauce, que c'est à une d'elles, Olympiade, qu'il adresse l'exposé le plus complet de ses souffranicei et de sa foi. Il conservait avec quelques prêtres de son aT>cienne et heureuse église d'Antioche une Correspondance qui témoigne de la tendresse , comme de la force de son âme ; enfin, il sùrveHIait encore les missions qu'aux jours de sa puissance il avait envoyées "dans la Gothie orientale, l'Arabie et la Perse idolâtre; et il soutenait par ses lettres le zèle des prêtre» qui évangélisaient les barbares.
Image de ses souffrances et de sa fermeté , les lettres de Chrysestome sont éloquentes comme ses discours. Pleines du récit des maux qu'il éprouve, elles ne respirent jamais ni le découragement ni la haine; elles n'ont pas métne cette expression, d'ftpr^té que rÉglisè n'épar* gnait pas à l'empire. L^âme de Chrysostome était aussi douce que grande. Nulle de ses lettres n'attire^ plus fortement l'attention que celles qui sont adressées ati pape Innocent I". Dans la plainte qu'il lui porte, dans l'appui qu'il réclame de la chaire pontificale, on sent, par un nouvel et grand exemple, l'irrésistible progrès de' suprématie où la séparation de l'empire, les fautes des princes, les rivalités des évéques conduisai^ent TËglise romaine. Comme Athanase, Chrysostome tourne ses regards vers cette autorité spirituelle qui régnait à Rome, devant laquelle la dictature impériale s'était retirée à Milan, et qui regardait de haut ces querelles de la cour orientale de
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Byzanoe avec le patriarcat trop rapproché d'elle pour n'en être pas opprimé.
Au moment de son second exil , et sous le coup des violences qui l'y contraignaient , Chrysostome avait adressé au pontife de Rome un récit des persécutions qu'il subis* sait, de Tirruption des soldats dans l'église, de l'inimitié de quelques évéques, de la douleur et de l'oppression d^ autres ; et il demandait uii appui , ou plutôt un jugement, que le bannissement dont il fut frappé ne lui permit pas d'attendre. Ce cri de détresse du patriarche de Constantihople à l'évéque de Rome est mémorable dans rhistoire de l'Église. Remontant à sa première persécution, à son premier exil , dont il n'accuse que la faction de l'évéque Théophile, racontant son retour populaire, puis le nouveau jugement préparé contre lui et les violences qui viennent d'ensanglanter son église , il supplie le pontife A' écrire que ces actes iniques, accomplis en l'absence d'une des parties , sont sans force , qu il soui^et aux peines ecclésiastiques ceux qui les ont commis , et qu*il conserve à celui qui n'est ni condamné ni prévenu le commerce de ses lettres et de sa charité, h Qu'il nous soit donné, dit-il, un tribunal incorruptible; nous comparaîtrons, nous ferons entendre notre défense, et nous nous mon^ trerons innocent des choses qu'on nous impute, cooune nous le sommes en effet. »
Cet appel , parti de Constantinople et d'un si grand nom , devait vivement toucher Rome. Les faits d'ailleurs, la procédure inique et repf)placée par la forcé,, 1q jour de Pâques profané avaient retenti dans tout Tempire; et pendant que l'évéque opprimé se plaignait, le pontife romain recevait aussi une plainte au nom de rËglise et du peuple de la ville impériale. Que pouvait-il, cependant? invoquer l'ascendant du faible . Honorius , empereur d'Occident, sur le faible Arcadius , empereur d'Orient, prescrire , ou
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plutôt demander un concile, honorer Chrysostome et consoler son Église, en l'exhortant à la patience. « Nous ne sommes pas, répondit-il dans une lettre au clergé et au peuple de Çonstantinopie , nous ne sommes pas étrangers à votre douleur ; nous sommes persécutés en vous ; qui pourrait, en effet, supporter les violences de ceux qui, par devoir^ étaient obligés d*étre les plus zélés pour la paix et Tunion? Aujourd'hui, par un renversement de tout ordre, on expulse de la chaire de leur église des prêtres irréprochables; témoin notre frère et coopérateur, Jean, votre évéque, qui, le premier, souffrit cette violence, sans avoir pu trouver de juges, sans qu'aucune accusation ait été portée, ait été connue. Nous né savons pas qu'on ait jamais o3é de telles choses du temps de nos pères; elles étaient au contraire interdites, personne n^ayant le pouvoir d'ordonner un nouvel évoque en la plaide d'un évéque vivant. »
Le pontife terminait par le vœu d'un concile qu'il attendait de la volonté de Dieu , n'espérant pas l'obtenir du consentement de l'empereur.
Cne lettre d'Ar^dius , à son frère, empereur d'Orient, attestait également le scandale et la douleur dont les événements de Çonstantinopie avaient rempli tout l'empire. « On raconte, dit 'cette lettre, qu'à Çonstantinopie, le saint jour de Pâques, au moment où la piété réunissait dans un seuliieu les peuples des villes voisines, pour une célébration des mystères plus solennelle et plus digne, sous les yeux des chefs de l'empire, tout à coup les temples catholiques ont été fermés, et des prêtres jetés dans les fers, afin que l'époque même, où, par la clémence du trône, s'ouvrent les cachots des coupables ^ vît emprisonner cette fois des ministres tie religion et de paix : on
i . Sanet. Chrysost, Oper.^ t. lU , p. 624.
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ajoute que les cérémonies saintes ont été troublées mili^ tairement, qu'il y a eu des hommes tués dans le sanctuaire , et de si grandes violences autour de Tàutel , que de vénérables évéques ont été traînés en exil, et que le sang humain a souillé le saint sacrement. A ces nouvelles, je Tavoue , nous avons été troublés ; qui pourrait ne pas craindre, après un tel attentat, la colère de Dieu? SU y avait quelque difficulté religieuse entre les prélats, le jugement devait rester épiscopal. A eux , en effet, l'interprétation des choses divines ; à nous le respect de la religion. Mais admettons mènie que la sollicitude impériale ait eu à se réserver quelque chose dans des questions mystiques et catholiqiies , fallait-il que Timpatience irritée allât jusqu'au bannissement des prêtres et au meurtre des honames, et que, dans le lieu qui reçoit de chastes prières, des voeux purs et des sacrifices non sanglants, dans ce lieu même, , on vit étinceler le glaive, dontjl ne faut pas facilement menacer même une tête coiqaable? «
C'était là , sans doute , un grave et noble langage que TËglise romaine inspirait à l'empereur d'Occident, en lui donnant^ avec les honneurs de la modération, et de l'huinanilé , l'avantage d'exercer sur le chef d'un autre empire un droit d'avertissement et de tutelle flatteur pour l'amour-propre; la, conséquence politique d'un tel droit ne pouvait échapper aux hommes d'État des deux empires.
^rcadius , en insistant sur l'avis fidèle qu'il dort à son frère très-aimé, à son collègue sur le trône, rappelle que, dans le débat qui s'était élevé entre les évéques d'Orient , les deux partis avaient envoyé chacun sa députation aux prêtres de la ville éternelle et de V Italie^ et qu'il fallait dès lors attendre la décision demandée, et ne pas innover 4ans l'intervatle par le bannissement et la violence. Ainsi concile œcuménique et autorité disciplinaire de l'ËglI^e romaine, voilà les deux choses qui, dans l'opinion du
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temps, pouvaient s'élever au-dessus dts capricieux orages (le Byzance, et y défendre un homme vertueux contre la corruplion et Vintrigue. Mais c'était cela même , c'éu^it cette influence de l'empire d'Occident mêlée à celle de l'Ëglise de Rome, qui blessait l'orgueil d'Arcadius et rendait plus irrévocable la disgrâce de Cbrysostome.. On ignore la réponse de la cour de Byzance ; mais elle se garda bien de convoquer un de ces conciles si fréquents sous Tbéodose. Cbrysostome était parti pour l'exil ne regrettant que les amis de sa cause et de sa foi qu'il laissait dans les prisons de Constantinople , pendant qu'il s'acheminait vers les extrémités montagneuses et froides de l'Arménie. Ce ne fut qu'après un long silence que dans son exil , profitant du départ de deux prêtres fidèles , il adressa au pontrfe romain une nouvelle lettre avec cette susoription :
A iNNOCfisrr, Estait pi Romb, Jean, salut dans lb Sbignsor,
« Le corps habite un point du monde ; mais la charité porte partout son vol. Quoique séparés par une si grande distance , nous sommes près de Votre Sainteté , et chaque jour nous communiquons avec elle, en voyant des yeux de notre affection ht fermeté de votre àme , votre sincérité , votre constance à toute épreuve , et vos encouragements puissants et durables. Plus les ilôts montent, plus les écueils cachés sont nombreux et la tempête violente, plus s'accroît voire vigilance. Ni Téloigriement , ni le' temps , ni la mauvaise situation des affaires ne vou^-ent rendu indifférent. Vous imitez les excellents pilotes qui s'éveillent surtout quand ils voient les flots soulevés , la mer impétueuse et bruyante et là nuit la plus profonde au milieu du jour. Aussi nous vous rendons grâces , et nous avons besoin de vous écrire aouventpour nous satis-
faire nous-méme. Mais comme la solitude de ce lieu y met obstacle, et que des contrées éloignées ou même voisines on arrive difficUement jusqu'à nous sur la limite reculée où nous sommes, et à travers le brigandage qui ferme les routes, nous vous supplions de prendre en pitié notre silence , au lieu d'accuser notre paresse. »
Rappelant alors ce que le pontife a voulu, et ce qu'il ^ n*a pu faire, Ctirysostome demande à son tour qu'il ne se décourage pas et persiste dans lé grand dessein qu'il avait annoncé, la convocation d'un concile pour statuer entre lui et les. évéqu^s ses ennemis appuyés de la cour de Constanlinople : « C'est un combat à livrer, dit-il *, pour rintérêt du monde presque entier, pour les Églises opprimées ou déchues, pour les peuples divisés , pour le clergé persécuté, pour les évéques bannis , pour les constitutions des Pères indignement violées. Je vous fais et vous réitère la prière de nous montrer une affection d'autant plus grande que la tempête est plus forte. Espérons de l'avenir quelqi>e chose de plus pour la réforme du mal. S'il en arrive autrement, vous avez votre couronne prête dans la miséricorde de Dieu ; et ceux qui sont injustement traiiéis recevront de l'ardeur de votre charité une consolation qui n'est pas vulgaire. Yoici la troisième année que, retenus dans Tlsauiie entre la faim, la contagion , la guerre , les assauts continus, la solitude sans terme , la mort chaque jour menaçante, et partout l'épée des barbares, nous trouvons un grand soulagement dans votre constante disposition pour nous, et une joie dans votre cordiale atfection. C'est là notre rempart, notre asile, notre port sans orages, la source de milte biens pour, nous, le fond de .notre bonheur; et dussions-Dous être rolé*.
U Sanct. C/iryMtt» Op«r;, t. m, p. 62U
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gués bîenfAt dans un ]ieu plas désert encore, avec une teUe consolation de nos souffrances, nous partirons sans peine. » La réponse du pontife à celte lettre est remarquable dans sa simplicité; et elle prouve que si la supérior.té du génie était du côté de KOrient, il y avait dès lors dans la chaire pontificale de Rome, et comme dans les traditions de la ville souveraine « une autorité et une grandeur naturelle qui se seotait appelée d'elle-même à fortifier et à conduire ces hommes , dont personne en Occident n'égalait l'éluquence;
InNOCBNT, ÉVtQUE DB ROME, A JeaN, ÉVÉQUE.
« Quoique^ ce soit de Dieu seul que l'homme innocent doive attendre tout bien et espérer miséricorde , cependant, nous qui conseillons la prudence, nous t'adressons encore cette lettre par le diacre Cyriaque, de peur que l'iniquité n'ait plus de force pour accabler, que la bonne conscience pour soutenir. Ce n'est pas à toi, le maître, le pasteur de tant de peuples, qu'il est besoin d'apprendre que les plus vertueux sont toujours éprouvés , pour voir s'ils faiblissent ou s* ils persévèrent, et que la conscience est une chose très-puissante contre tous les malheurs injustes. Il doit pouvoir tout supporter, l'homme qui se confie d'abord à Dieu, puis à sa conscience. Le juste, en effet , peut être exercé jusqu'à l'extrême souffrance; il ne peut être vaincu , parce que son âme est prémunie par les divines Écritures que nous enseignons aux peuples, et qui toutes attestent que [presque tous les saints ont été diversement persécutés, passés à l'épreuve du feu, et ont à ce prix obtenu la couronne. Que ia charité, frère trèft-honoré, ait pour consolation ce téoioignage intérieur