‹ Tableau de le̓loquence chrétienne au IVe siècleChapitre 68 sur 158 · Sanct. ChrytotU Op«r.,t. UI, p. SSa · texte numérisé non relu

Sanct. ChrytotU Op«r.,t. UI, p. SSa

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de i'àme qui dans les tribulations, est le .soutien de la vertu! car, sous les regards du Christ, la conscience épurée jettera Tancre dans le port de Téternelle paix. »

La forme de cette lettre, ce titre d'évêque conservé à qui n*a plus Tépiscopat, cet accent de fraternelle égalité envers un exU4, avec lequel semble partager le pontife de Rome, en l'appelant pasteur de tant de peuples, ce lan-» gage d'une résignation si calme eirsi fiëre, tout montre as-* soz quelle puissance tutélaire et consolante résidait dans' rÉglise romaine, au milieu des convulsions de la société et des tyrannies.de l'empire, et comment cette puissance devait incessamment s'accroître par les fautes de tous, jusqu'au moment où elle s'affaiblirait par les siennes, pour se raffermir ensuite par ses malheurs. On peut croire que Chrysostome, en recevant de si loin ce saint témoignage, à défaut de tout autre appui mortel, ^e soutint dans la patience qu'il avait annoncée et partit sans regret de Texil où il avait tant souffert, pour l'exil où il allait mouHr. Un nouvel ordre, en effet, arraché à la faiblesse d'Arcadius, vint changer de lieu l'illustre banni. Ses ennemis, qui persécu* taient, sous le nom de Joannites et comme une secte d'hérétiques, beaucoup dé prêtres d'Orient restés fidèles à son génie et à son malheur, imaginèrent qu'ils affaibliraient ce reste de poHvoir dont ils s'indignaient en le reléguant moins loin de Constantinople et de la cour, dans un lieu désert, sur le bord de r£uxin.

La brutalité des soldats qui le conduisaiait aggrava ou peut-être i^e fit qu'exécuter les, ordres de la cour de Byzance. Forcé de faire à pied de longues marches, tête nue^ à Fardeur du soleil , le généreux vieillard , déjà consumé de travaux et d'austérités, ne put achever ce pénible voyage. 'Parvenu, après trois mois de fatigue, près de Comane, bourgade du Pont, il s'arrêta avec ses gardes dans une

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église qui renfermait le tombeau d'unévéque d'Amàsie, mort sous Maximin, avec d'autres maityrs dont Chrysostome avait autrefois prononcé le panégyrique dans An* tioche, leur ville natale et la sienne. Cette rencontre lui parut un avis du ciel qu'il reçut avec joie. Le lendemain, traîné malade hors de l'église, où il avait passé une nuit agitée par la fièvre et la vision de sa fin prochaine , il expira d'épuisement à quelques stades plus loin, sur la route, comme l'apôtre voyageur.

Malgré cet abandon et cette misère d'un si grand homme, à la nouvelle de sa mort, il y eut pour ses funérailles un immense concours de religieux, de solitaires, de vierges venus des pays voisins. Son corps fut enseveli dans l'élise où il avait pressenti sa mort, près du martyr, dont il n'aurait pas dû égaler les souffrances sous le règne d'un fils de Théodose. Et après un silence de stupeur et d'embarras, tel qu'il suit ordinairement la perte d'une noble victime, son nom retentit avec éclat dans tout Tempire et fut béatffié par l'Église, comme celui d'un des plus saints et des plus beaux génies dont elle s'honore.

Cette vie de Cbrysostome se liait à l'histoire de son éloquence et de son ascendant sur les ftmes. La fermeté du martyr explique le génie de l'orateur. Ces études grecques dans l'école de Libanius , cette piété pour sa mère, cette fuite au désert, cette douce autorité sur le peuple spirituel et léger d'Àutioche, ces combats parmi les intrigues de Constantinople, ce courage dans un long exil répondent, pour ainsi dire, à tous les caractères que prend son éloquence, tour à tour ingénieuse et tendre, élégante, austère et sublime.

Nul homme n'a mieux rempli ce ministère de la parole qu'avait suscité l'Ëvangile. Il est le plus beau génie de la société nouvelle entée sur l'ancien monde. Il est, par excellence, le Grec devenu chrétien. Réformateur austère,

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SOUS ses paroles mélodieuses et vives, oa sent toujours rimagination qui, dans la Grèce, avait inspiré tant de fables charmantes. U a rejeté bien loin les dieux d'Homère et les génies de Pytbagore et de Platon; mais dans son idiome tout poétique, il rt^présente Taumône nous introduisant sans peine dans les cieux, et accueillie par le chœur des anges, comme une reine que les gai^des reconnaissent à son cortège, et devan| laquelle ils se pressant d'ouvrir les portes de la ville. Ce polythéisme de langage ravissait les chrétiens. néophytes de l'Orient; et la sij^lime morale de l'orateur yenait à eux parée de poésie.

Ces peuples étaient plus sensibles que raisonnables; et la société d'ailleurs ne peut jamais vieillir assez, pour que l'imagipation n'y garde pas une graqde puissance. Peutêtre môme ce pouvoir augmente dans les jours d'agitation et de m^l^ise public. Et comment ne parattrait-il pas invincible, lorsqu'il se mêle, comme dans Chrysostome, à tous les sentiments profonds du cœur humain, la pitiéi, la jus* tice, le sacrifice de soi-même au devoir? Quellç n'est pas surtout la puissance de cette foi intime, de cette candeur enthousiaste , qui fait du génie même un instrument involontaire !

L'éloquence de Chrysostome a sans doute, pour des modernes, une sorte de diffusion asiatique. Les grandes images empruntées à la nature y reviennent souvent. Son style est plus éclatant que varié; c'est |a splendeur de cette lumière éblouissante, et toujours égale, qui brille sur les campagnes de la Syrie. Toutefois en lisant ses ouvrages, on ne peut se croire si près de la barbarie du moyen âge. On se dit : la société va-t-elle renaître sous un culte nouveau, et remonter vers une époque supérieure à^Fantiquité sans lui ressembler? Le génie d'un grand homme vous a fait cette illusion. Vous regardez encore, et vous voyez tomber l'empire démantelé de toutes parts.

AU ODATUta» siÈeu. tll

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