‹ Tableau de le̓loquence chrétienne au IVe siècleChapitre 73 sur 158 · Synei. episcop. Oper.^p. 2S · texte numérisé non relu

Synei. episcop. Oper.^p. 2S

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avec ia philosophie, je le remplirai; s'il est contraire à toute ma vie et à ma pensée, qu*ai-je à faire que de m'embarquer et de passer dans la Grèce? car, si j'abjure Tépiscopat, il me faut renoncer à ma patrie, à moins de vouloir vivre méprisé et maudit, au milieu d'une foule ennemie. » Ces considérations humaines, cependant, n'agirent pas seules sur son esprit : cette idée du beau moral qu'il avait adorée dans Platon lui apparut avec plus de force encore daps les merveilles de la charité chrétienne ; et l'amour de la justice, naturel à son âme généreuse , lui fit saisir volontiers dans l'épiscopat une arme puissante pour la défense de la faiblesse et du malheur.

A ce prix, Synésius devint évêque de Ptolémaïs. Il ne semble pas que sa vie ait d'abord beaucoup changé. L'étude de la philosophie profane, les plaisirs des champs, le goût des arts et de la poésie continuaient d'occuper ses jours. Il y mêla seulement la méditation de l'Écriture sainte. Mais, du reste, il parut inditférent à ces controverses de théologie si épineuses et si subtiles, dont le sacerdoce chrétien fatiguait l'esprit des peuples.

Synésius, dans sa belle retraite de Libye, consacrait son éloquence à de plus utiles sujets. Souvent il célébrait, dans des^vers pleins d'élégance et d'harmooie, les mystères de la foi chrétienne, la grandeur de Dieu, son ineffable puis»sance, sa triple unité, la rédemption des âmes, la fin des sacrifices sanglants et le commencement d'une loi plus douce pour l'univers.

Telles sont les idées qui remplissent les chants du poète philosophe et chrétien. On sent le disciple de Platon et l'imitateur des anciens poètes de la Grèce; mais cette couleur de métaphysique religieiise, qui est la poésie de la pensée, donne à ses accents un charme d'originalité sans lequel il n'y a point de génie. L'évéque grec du iv*» siècle ressemble quelquefois, dans ses chants, à quelques-uns de

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ces rnétaphysicians rêveurs et poêles, que U\ liberté religieuse a fait naître dans l'Allemagne moderne. Ce rapprochement ne doit pas étonner. Le rapport des situations morales fait disparaître la distance des siècles. La satiété et le besoin de croyance, raffaiblissement d'un ancien culte, l'enthousiasme solitaire, substitué aux engagements d'une croyance vieillie, et bientôt insuffisant comme elle ; enfin, l'adoption d'une foi nouvelle, où l'esprit, ébloui par la fatigue, croit souvent retrouver ses propres idées, et se fixe dans une règle qu'il transforme à sa manière ; tel est le travail intérieur, la révolution morale par laquelle ont passé plusieurs de ces écrivains allemands, tour à tour incrédules, déistes et catholiques.

L'imagination orientale qui, dans ses abstractions comme dans son enthousiasme , a plus d'un rapport avec la poésie des peuples du Nord, ajoute à la vérité de ce parallèle. Mais écoutons quelques hymnes de l'évoque marié de Ptolémaïs, du philosophe chrétien et poète, qui môle un souvenir de Platon aux dogmes du christianisme :

« Viens à moi , lyre harmonieuse ; après les chansons du vie'dl^rd de Téos , après les accents de la Lesbienne , redis sur un ton plus grave des vers qui ne célèbrent pas les jeunes filles au gracieux sourire, ni la beauté des jeunes époux. La pure inspiration de la divine sagesse me presse de plier les cordes de la lyre à de pieux cantiques ; elle m'ordonne de fuir la douceur empoisonnée des terrestres amours. Qu'est-ce , en effet, que la force , la beauté , l'or, la réputation y les pompes des rois, au prix de la pensée de Dieu?.

« Qu'un autre presse un coursier. ; qu'un autre sache tendre un arc; qu'un autre garde des monceaux d'or ; qu'un autre se pare d'une chevelure tombant* sur ses épaules ; qu'un autre soit célébré parmi les jeunes hommes et les jeunes filles pour la beauté de son visage I Pour moi.

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qu'il me soit donné de couler en paix une vie obscure, inconnue des autres mortels, mais connue de Dieu! Puisse venir à moi la sagesse , excellente compagne du jeune âge comme des vieux ans, et reine de la richesse! La sagesse supporte en riant la pauvreté. Que j'aie seulement asscE pour n'avoir pas besoin de la chaumière du voisin , et pour que la nécessité ne me réduise pas à de tristes inquiétudes.

« Entends le chant de la cigale qui boit la rosée du matin. Regarde ; les cordes de ma lyre ont retenti d'ellesnçiômes. Une voix harmonieuse vole autour de moi. Que va donc enfanter en moi la divine parole? Celui qui est k soi-même son commencement, le conservateur et le père des êtres, sur les sommets du ciel , couronné d'une gloire immortelle, Dieu, repose inébranlable. Unité des unités, monade primitive , il confond et enfante les origines premières. De là jaillissant sous sa formeoriginelle, la monade mystérieusement répandue reçoit une triple puissance. La source suprême se couronne de la beauté des enfants qui sortent d'elle, et roulent autour de ce centre divin.

« Arrête , lyre audacieuse, arrête, ne montre pas aux peuples ces mystères très-saints. Chante les choses d'icibas, et que le silence couvre les merveilles d'en haut. Mais l'âme ne s'occupe plus que des mondes intellectuels ; car c'est de là qu'est venu sans mélange le souffle de l'humaine pensée. Cette âme, tombée dans la matière, cette âme immortelle est une parcelle de ses divins auteurs , bien faible, il est vrai; mais l'âme qui les anime euxmêmes, unique, inépuisable, tout entière partout, fait mouvoir la vaste profondeur des cieux ; et , tandis qu'elle conserve cet univers, elle existe sous mille formes diverses. Une partie anime le cours des étoiles; une autre le chœur des anges ; une autre , pliant sous des chaînes pesantes, a reçu la forme terrestre, et, plongée dans ce ténébreux

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Létbé, admire ce triste séjour, Diefi rabai^é vers ta terre.

« Il reste cependant, il reste toujours quelque lumière dans ces yeux voilés; il reste dans ceux cfui sont tombés ici une force qui les rappelle aux cieux, lorsque, échappé^ des flots ^e la vie , ils entrent dans la VQie sainte qui conduit au palais du Père souverain.

« Heureux qi^i , fuyant les cris vorac^s de la matière et s'écbappant d'ici-bas, monte vers Dieu d'une course ra-^ pide ! Heureux qui, libre des travaux et des peines de la terre, s'élançant suf* les routes de l'âme, a vu les profondeurs divines 1 C'est ui) grand effqrt de soulever son âme sur Taile des célestes déshrs- Soutiens cet eifort par Tardeur qui t§ po|'te aux choses intellectuelles. Le Père céleste se montrera de plus près à toi, te tendant la main. Un rayon précurseur brillera sur la route, et t'ouvrira l'horizon idéal, source de la beauté. Courage, ô mon âmeM abreuve-toi dans les. source? éterc^elles; monte par la prière vers le Créateur , et ne tarde pas à quitter la terre. Bientôt, te mêlant au Père céleste, tu seras Dieq dans Dieu lui-niôme. »

Synésius, dans ses autres hymnes , ramène souvent les mêmes pensées. Cette poésie méditative a plus de grandeur que de.variété. On peut cependant apercevoir dans les vers de Synésius le progrès de sa croyance. L'extase un peu rêveuse est insensiblement remplacée par une foi plus

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