‹ Tableau de le̓loquence chrétienne au IVe siècleChapitre 79 sur 158 · Sanch Ephraem, Open>t. H, p · texte numérisé non relu

Sanch Ephraem, Open>t. H, p

S^ TABLEAU m L'filLOQU&NCE CBRÉTIENNE

sans mélangie d'aucune autre secte, son cachet intact et sa robe sans souillure. — Tous çerontrils interrogés , et les petits et les grands?— Oui, tous ceux qui ont engagé leur nom k TÉglise, et chacun selon le degré de sa. force; car les forts seront fortenient éprouvés, comnae dit TÉcriture, parce qu'il est beaucoup denaandé à- celui auquel il a ét<? beaucoup ^onné, et qui! est mesuré à chacun, selon Ja mesure doi>t chacun s'est servi, ^u reste, grands et petits, nous avons contracté le même engagement; nous avons été marqués du même sceau précieux; nous avons également renoncé à Satan, et chacun, de nous s'est pareillement associé au Christ. -^ Nous t*en prions, ô maître, apprends-nous toute la force du renoncement que nous avons fait, -r- Lç renoncement que chacun de nous. a fait sur les fonts du baptême est simple dans l'expression , mais grand dans la pensée; et trois fois heureux qui peut y rester fidèle! En . quelques paroles , nous renonçons à tout ce qui est. mal devant Dieu , non pas à une chose, à deux , à -dix : au u^al tout entier, à tout oe que Dieu déteste. Nous disons : Je renonce à Satan et à ses œuvres. Quelles œuvres? à savoir, la corruption, Tadultère^^ la débauche, le mensonge , le vol , Ténvie, Le poison , la divi* nation , les enchanlements, la violence, la colère, le blasphème, la jalousie, la haine. Oui, je renonce à Tivresse, à la paresse, à rorgueil, à la mollesse; je renonce à la raillerie, aux sons voluptueux de la cithajre,: aux chants diaboliques de la tragédie, aux séductions contre nature, aux augures, à la consultation du malin esprit avec les caractères inscrits sur des lames d'argent; je renonce à l'avarice , à rinimitié , à la eupidité. »

Et il continue tl'énuuaérer l'effrayîinte série des vices et des erreurs de la société moitié grecque, moitié barbare, moitié chrétienne, moitié païenne, de son pays et de son temps.

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Puis reprenant son dialogue : « Mais comment serat'Oii interrogé ? se fait-il dire par ses disciples. — Les pasteurs des âmes , les évéques , Jes princes seront interrogés suï eux-riiémes et sur leurs troupeaux; et on recherchera sur chacun le dépôt spirituel que le Pasteur suprême lui aura commis. Si, par la négligence de Tévèque ou du prince, une brebis s'est perdue, son sang lui sera redemandé, comme s*il Tavait versé lui-même de sa main. Les prêtres répondront pour le peuple de Téglise qui leur a été confiée ; les diacres et le reste des fidèles seront comptables pour leurs EauuIIes, pour leurs femmes, leurs enfants, leurs serviteurs, leurs servantes, qu'ils ont dû nourrir dans la crainte et dans la pensée du Seigneur, coname le veut TÂpôtre^ Ensuite les rois et les princes, les riches et les pauvres, les petits et les grands seront interrogés sur leurs .propres actions ; car il est écrit : « Il faudra tous nous manifester devant le tribunal du Christ , et dire ce que nous avons fait de bien et de mal. » Et il est encore écrit ailleurs : « On ne retire personne de mes mains. » -^ Nous te prions de nous dire encoire ce qui doit suivre. — Je le dirai dans Tangoisse de mon cœur; car vous ne pourrez pas Tentendre. Arrêtons-nous, je vous en prie, enfants amis du Christ. — Ces choses qui doivent suivre sont-elles donc plus formidables que celles que nous avons entendues? — Plus formidables cent foia et plus lamen^ tables, dignes de tous les pleurs et de tous les sanglots; et si je les énonce , un trembleraient saisira mes auditeurs. — .Raconte-les , 6 maître , si tu le peux , afin qu'après t'avoir écouté, nous ayons plus d'ardeur à la pénitence. — Je le dirai avec larmes : on ne le peut dire autrement ; car ce soi\t les dernières misères. Mais TApôtre nous ayant donné le mandat d'en instruire les hommes fidèles, et vous étant fidèles, je dois vous montrer ces choses; et vous les enseignerez à d'autres. Si mon cœur se brise dans

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ce récit 9 aeoourez^moi de votre compassion, mes frères bien -aimés,

« Alors, dis-j® } lorsque tous auront été bien examinés et leurs œuvres mises à' jour devant les anges et les hom* mes , que toute puissance et toute fi^ce humaine aura disparu et que tout genou sera courbé devant Dieu, comme Ta dit rÉcriture, il séparera les uns^es autres, comme le pasteur sépare les brebis des chevreaux } ceux qui auront porté de bons fruits et brillé par de bonnes œuvres seront séparés des inutiles et des coupables ; on verra resplendir ceux qui auront gardé les commandements du Seigneur, les miséricordieux, les amis des pauvres et des orphelins, Jies hospitaliers, ceux qui ont soulagé les souffrants et tes mourants. Ceux qui pleurent maintenant ^ comme dit le Seigneur, qui sont pauvres parce qu'ils ont placé leurs richesses dans le ciel , qui remettent les offenses à leurs frères, qui gardent pur et inviolable le sceau de la foi , il les placera à sa droite ; mais ceux qui furent inutiles à tout bien, qui ont irrité le bon Pasieur, qui n'ont pas entendu sa voix, les orgueilleux, les déréglés, les insolents, qui ont perdu ce temps favorable à la pénitence, ceux qui ont passé toute leur vie dans ta débauche, Tivresse et la dureté de cœur, comme ce riche qui ne fut jamais touché de pitié pour Lazare , il les rejettera à sa gauche ; et ils resteront là condamnés comme n'ayant pas eu de miséricorde et d'entraiHes, sans fruit de pénitence et sans huile dans leur lampe; mais ceux qui ont acheté Thuile du pjàuvre et en ont retnpii leur vase resteront à sa^ droite, éclairés de sa gloire, heureux et portant la lumière dans leurs mains; et ils entendront cette voix céleste et miséricordieuse : « Venez, les bépis de mon père; possédez « le royaume qui vous est réservé depuis la création du « monde. »

Et il coniintte par los paroles de l*Âp6tre contre, les

maudits , et sur le supplice éternel qui les attend. « Mais quoi ? lui dit encore san auditoire , tous iront-ils aux marnes supplices, et n'y a-t-il point de peines différentes? » C'est là que le génie compatissant du prêtre syrien paraît tout entier. U a présentes les menaces de l'Écriture; il les répète avec componction et gémissement ; mais il se garde bien d'y ajouter et d'épuiser l'imagination et la langue à l'expression de douleurs matérielles, comme fit plus tard le moyen âge et le plus grand de ses poètes. Non ; malgré l'effroi qu'il ressent et qu'il annonce , il ne conçoit rien au delà des pleurs et des grincements de dents de TÊvangile- : l'enfer est pour lui dans les cœurs. Par un mouve- . ment de pitié, ces supplices étemels qu'il résiste à raconter, qu'il supplie ses auditeurs de ne pas lui demander, et qu'il ne consent à leur révéler que sur leur aixlente prière et pour les exciter à la pénitence , il ne les révèle pas en effet : il s'arrête à cette séparation qui commence la béatitude des uns et la perte des autres. Il en fait la plus grande comme la première des tortures qu'il avait à décrire; et, dans cette douleur toute morale, il laisse la fdl chercher avec tremblement toutes les autres douleurs de la damnation ; il en fait tout le suppliée d'une éleriifté malheureuse. « Alors , dit-il , lés fils seront séparés des p^es et les amis des amis ; alors l'épouse sera séparée avec douleur t(e l'époux, pour n'avoir pas gardé la pureté du lit nuptial ; alors seront rejetés aussi ceux qui, vierges de corps, ont été durs de cœur et sans entrailles. »

Cette distinction est belle dans un écrivain ascétique de ce temps, sous le eiel brûlant de Syrie, et là oix l'orgueil et le christianisme mal compris pouvaient chercher dans une seule vertu la dispense des autre?, et dans un seul et rude sacrifice le droit de* ne- pardonner à personne. Il continue , malgré son trouble ; il achève cette séparation dont le plus grand^upplice est de voir un moment la lu*

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niière divine et de la perdre. Il fait entendre la plainte des réprouvés, leur inconsolable remords, qui paraît leur supplice môme; et quand, aVec cette imagination d'Orient qu*on ne peut reproduire sans Taltérer, il a multiplié toutes les formes d'une douleur qui ne peut ni changer ni finir , il y oppose les paroles de celui qui a dit : « Venez à moi, vous tous qui souffrez et ôtes afftigés, et je vous soulagerai , et je vous recevrai dans la cité céleste ; venez à moi , vous qui avez fainr , et je vous nourrirai. » £t, répandant toute son âme dans cette espérance, il descend au milieu de la foule émue de reconnaissance et d'amour, comme elle était naguère consternée d'effroi.

Tel était le langage de ce puissant apôtre des peuples de Syrie; telle était la promesse qui tempérait dans sa bouche les terreurs de la foi. C'est ainsi que dans ce monde encore tout pétri de préjugés humains , chez ces natures d'Orient, mobiles et violentes, que le zèle religieux passionnait parfois jusqu'au délire, il faisait de la bonté, de la mUéiicorde, le fond môme de la loi chrétienne. Par là, nous pouvons concevoir comment le diacre de la ville d'Édesse eut un si grand nom dans TAsie, et fut appelé par Chrysostome lui-même le grand Éphraïm, Tasilc de la vertu et le temple de l'Esprit-Saint. C'est ce feu de charité répandu dans ses discours qui faisait dire à saint Jérôme : « J'ai lu en grec son oiivrage qu'on avait traduit du syriaque ; et j'ai retrouvé , môme dans une traduction , l'éclat du génie. >»

Ëphraïm continua jusqu'à sdn dernier jouir d'instruire les religieux ses frères, et le peuple d'Édesse. Son enseigneïnent^ de la plus pure élévation morale, était toujours «inimé par l'imagination ; et en lui , l'imagination c'était la foi môme. Toutes les espérances, toutes les terreurs do monde invisible lui apparaissent donc aussi présentes que si elles étaient sous ses yeux. Cette pensée lui montre tes

vertus et les vices de Tbomme comiHe autant de bons et de mauvais anges prêts à le recevoir.et à le conduire aa ciel ou dans l'iiblme , au moment où s'accomplit le grand mystère de la séparation de l'âme d'avec le corps. Dans Tattente de ce jour, ce qu'il recommande à l'homme, c'est de penser sans cesse au bien , afin de ne pas penser au mal ; car l'âme ne supporte pas d'être oisive ; et la vaine rêverie produit des œuvres de vanité , comme la méditation porte des fruits de salut. Ces œuvres de vanité , il les poursuit avec une inexorable rigueur dans tous les monuments de la gloire humaine , dans tous les trophées de la grandeur. Il a sur notre néant de ces expressions de pitié qui échappent à Bossuet du milieu de son admiration pour le pouvoir et pour le génie. Il les a sans mélange : car rien ne l'éblouit ici-bas; et son cœur est placé plus haut que le monde.

Sa mort fut instructive comme sa vie. Son testament a été conservé en langue syriaque , tel qu'il le dictait, à schi dernier jour, devant les amis qui remplissaient son humble cellule. II s'y représente comme le laboureur qui a fini sa journée, comme le mercenaire qui a rempli sa tâche. 11 n'a rien à léguer que des conseils et des prières. « Car, dit-il', Ëphraïm ne laisse rien ^ ni bâton , ni besace. » Il recommande à ses frères et à ses disciples de ne placer son corps ni sous l'autel, ni parmi les tombes des martyrs, parce qu'il n'est qu'un pécheur. « Ne me déposez pas dans vos monuments, dit*il; j'ai fait une convention avec Dieu pour être inhumé parmi les étrangers : car je suis un étranger et un voyageur, comme eux. » Il rappelle tous les souvenirs de l'Écriture qui doivent donner confiance à l'âme , et lui promettent un avenir d'immortalité. Puis , s'adressant à ceux qui l'entouraient : « Adieu , mes amis,

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