‹ Tableau de le̓loquence chrétienne au IVe siècleChapitre 8 sur 158 · ReligioDum animos nodis exsolyere pergo. (Lucr., lib. I · texte numérisé non relu

ReligioDum animos nodis exsolyere pergo. (Lucr., lib. I

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poète romain à la Grèce oisive et sobjogaée, prirent on plus dangereux caractère , en venant se mêler à la puissance de Rome. Sans doute les passions de quelques hommes s'accommodent tout aussi bien , pour faire le mal, d'une croyance que d'une impiété. Le sautage et illettré Marius , ce pâtre d^Arpinum , instruit dans son en&nce h quelques pratiques d'idolâtne grossières, ne connaissait guère le poème de Lucrèce, et n^avait pas besoin d'être matérialiste pour être cruel et sans pitié. Sylla, savant et poli, croyait aux songes, et, dans le pérU d'une bataille , adorait une petite divinité dont il portait sur lui l'image ; il n'en fut pas moins aussi féroce et plus implacable que Marius lui-même.

Toutefois, quelle que fût la superstition diverse, mais égale de Marius oû de Sylla, l'incrédulité grecque, la philosophie d'Ëpicure, une fois accueillie par l'activité 'malfaisante des Romains, s'envenima de tous les vices des oppresseurs du monde. Dans les écoles d'Athènes ou de Corinthe, un philosophe épicurien, un cynique, un péripatéticien , discutait ingénieusement sur le vice , sur la vertu, sur l'âme, sur les dieux. Tout cela n'était qu'un jeu de l'esprit grec. Mais , à Rome , ces patriciens si riches, effrénés dans leurs voluptés comme dans leur pouvoir, en trouvant la doctrine d'Ëpicure parmi les arts de la Grèce, qu'ils appelaient à eux comme un plaisir, tirèrent de leur science nouvelle un raffinement de corruption, de luxe et de cruauté. Le scepticisme d'un phi"losophe grec sur l'existence des dieux, sur la réalité de la justice , fut mis plusieurs fois en action par un proconsul de Rome inique et spoliateur, dont l'impiété lucrative pillait les temples de Grèce ou d'Asie.

Cette doctrine était au profit des anfibitieux qui voulaient opprimer leurs concitoyens; car elle inspirait la mollesse et l'indifférence, le dégoût des périls publics et

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des vertus qui maintiennent la liberté d'un peuple. Ces jeunes patriciens efléminés et sanguinaires, ces satellites de CatiUna qui vivaient dans la pratique de toutes les infiunies et de tous les crimes, et que les historiens nous représentent comme une bande de malfaiteurs autorisés dans Rome; ces impurs héritiers des plus illustres Ro^ mains n'avaient pas d'autre doctrine qu'un épicuréisme grossier; et César, qui les protégeait, et qui voyait en qux le séminaire d'une tyrannie future, se servit de ces mômes opinions pour défendre dans le sénat romain la conjuration et ses chefs ; il déclara* que tout finissait à la mort ; que l'âme et le corps s'anéantissaient à la fois , et qu'il n'y avait au delà du tombeau ni joie ni doulei^r. Caton , défenseur de la liberté et des anciennes mœurs, repoussa l'opinion de César, sans lui opposer aucune tradition religieuse. N'est-il pas visible par ce mémorable exemple, que le polythéisme avait dès lors perdu toute autoritéi sur les esprits éclairés, et que cette incrédulité, qui dans quelques hommes vertueux se bornait au mépris des su* perstitions populaires, allait dans les autres jusqu'à l'ex* tinctioD de tout sentiment moral et religieux ?

Le grand orateur qui combattit avec tant de force Fin* dulgence intéressée de César pour les mauvais citoyens , et qui repoussa cette doctrine de crime et d'impunité, en invoquant sur les traîtres la vengeance des dieux et des lois, Cicéron s'exprime comme César dans une occasion non moins publique » dans une cause plaidée devant les magistrats du peuple, la défense du jeune Cluentius ; il traite de faUe et d'ineptie la croyance que Ton puisse souffrir dans un autre monde ; il voit dans la mort lanéantissement de toute sensation , et allègue à cet égard l'opinion universelle.

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