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298 TÂBLBAC DE L'ÉLOQUENCB GOIÉTIBNNE

c'est également le respect de la liberté de Tftme dans les choses religieuses, fondé sur l'idée même de la grandeur divine. Il était digne du christianisme d'adopter d'avanee cette noble interprétation; et il était beau qu'un évéque, dans l'ardeur même de sa foi, eût donné l'exemple et trouvé le motif de la tolérance religieuse.

Ces libres avis furent impuissants contre la passion qui dominait Constance. Mais en même temps cet empereur, aveugle dans sa politique comme dans sa religion, appelait au partage de l'empire Julien , naguère opprimé par lui. Il hésita plusieurs nuits dans l'agitation d'un doute violent. Mais le danger des provinces romaines de la Gaule ^ incessamment exposées aux incursi<ms dtô peuplades germaniques, l'emporta sur ses autres craintes; et présentant lui-même aux légions le nouveau César qu'il avait longtemps éloigné de leurs yeux, ii lui donna la pourpre , au bruit de leurs applaudissem^ats déjà trop significatifs. Julien partait aussitôt; pour la proviûce qu'il devait gouverner au nom de Constance; et quand il entrait dans la ville de Vienne , au milieu de la foule qui se près* sait sur son passage , une vieille femme aveugle s'écriait : « Celui-ci relèvera les temples des dieux. » Il on semblait bien éloigné cependant. Tout en lui , excepté ses études solitaires et ses récents souvenirs d'Athènes, attestait le respect de là foi chrétienne. Il en suivait publiquement les pratiques ; mais , par un instinct secret , il se trouva dès le premier jour l'eçpérahce et l'appui de la secte qui divisait l'Église. A quelques lieues de son camp, les plus zélés partisans de î'àrianisme tenaient un nouveau concile où , prononçant une nouvelle censure d'Athanase , ils étendaient la même peine à ses principaux défenseurs et fra^ypaient en particulier d'anathème Hilaire présent à leurs débats. A peine cette sentence était-elle rendue que, sur d'autres accusations adressées à Tenipereur, Hilaire

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était relégué en Phrygie. Celait la palilique qu'avait sui* vie Constantin exilant à Trêves Aibanase^ dont il était gêné à Alexandrie, et transplantant les doctrines qui! voulait détruire.

Htlaire venait alors d'attacher à l'ËgUse chrétienne un de ees hommes qui, sans l'illustrer par des écrits, lui apportaient l'appui d'une volonté invincifile et de vertus puissamment populaires : Martin de Tours, vétéran de l'armée romaine , où il avait servi dès l'âge de quinze ant;, et d'où il sortait, après vingt campagnes. Hilaire, qui jugea d'un regard le génie de cet, homme élevé dans I^ camps pour l'Église, lui confère d'abord le plus humble degré du saint ministère, et^le laisse même faire encore une campagne en Pannonie, où il était né , d^une famille idolâtre, et où il voulait retourner pour voir sa mère. 11 revint bientôt, selon sa promesse; mais il ne. retrouva pas le maître qu'il s'était choisi. Hilaure était parti pour le lieu de son bannissement , à l'autre extrémité de l!emplre. Il habita plusieurs années les provinces de l'Asie romaine, visitant les principales villes de ce monde oriental si rem^ pli de luxe et de richesses. Il gémissait d'y trouver l'aria^ nisme plus puissant encore que dans l'Occident; et, selpa l'ardeur de sa foi, cette dissidence lui semblait l'abolition du christianisme même. « Excepté quelques hommes, écrivait-il, les dix provinces. d'Asie où je suis ignorent vraiment/ Dieu ^ » Ces hommes l'accueillaient avec em^^ pressement ; mais il trouvait presque leur foi indécise et faible en comparaison de la sienne. « Je crains, disait-il, les hérésies qui à toutes les époques pullulent en Orient.» Il redoublait d'efforts autour de lui; et en même temps qu'il ranimait la foi de Nicée dans le lieu même où elle avait été d'abord si puissante, il écrivait, pour entretenir le zèle des évéques d'Ocdd^t, l'histoire des conciles qui avaient consacré cette foi. A ce prix , son exil ne lui pesait

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pas. « Soyons toujours bannis, ëcrivait-il, pourvu- que la vérité soit préchëe. » Du fond de TÂsie Mineure, il était en communication avec toutes les Églises des Gaules , et cela sans mélange de vues intéressées , sans passion politique, pour le seul triomphe d'un dogme religieux. Cet évêque, exilé à Laedîcée , ne laissait pas seulement dans les Gaules une Église et des amis fidèles ; 11 y avait sa femme et sa fille , à laquelle il écrit avec une expres» sion touchante. Mais Tardeur religieuse, la passion de la croyance dominaient surtout cette âme forte. Après quatre ans d'exil , une grande espérance lui est offerte. Un concile est convoqué à Séleucie , et réunit plus de deux cents évoques de tons les points de FOrient ; Hilaire y est appelé. Il va se trouver en présence de ces théologiens orientaux qui , par la flexibilité de leur langage , répondaient à toutes les subtilités de l'esprit grec. Il espère le triomphe du dogme et de l'expression , qui n'assimile pas, mais qui unit à la nature divine le Verbe émané d'elle. Mais cette espérance est trompée : entre les partis qui divisaient le concile, l'arianisme prévalut; et Hilaire resta seul avec quelques évoques égyptiens que la pensée d'Athanase soutenait dans leur foi.

Vaincu sans être découragé, Hilaire quitte Séleucie pour venir à Constantinople, où était alors l'empereur Constance, qui , visitant tour à tour ses capitales d'Occident et d'Orient, promenait de l'Adige au Bosphore ses camps et ses conciles. Là, il réclame contre sa condamnation dans un mémoire libre et respectueux qu'il présente lui-même au prince , et où il invoque le témoignage du césar Julien, dont l'ambition dormait encore dans sa puissance empruntée. 11 se plaignait des formules nouvelles que l'on imposait aux chrétiens; il redemandait la foi de l'Évangile; il offrait de la soutenir contre les ariens; il réclamait la tolérance pour ceux qui ne partageaient

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pas la croyance de Tempereiir, et déplorait les persécutions, exercées contre les partisans d'Athanase.

Cette prière n'ayant pas réussi , saint Hilaire lança contre l'empereur une sorte de manifeste , monument curieux de la licence où s'emportait Tépiscopat contre le pouvoir temporel. L'impétueux évéque donne sans détour à Constance le nom d'Antéchrist. 11 regrette le temps de Néron et de Décius. « Nous combattrions, dit-il, ouvertement et avec confiance, contre des bourreaux et des meurtriers; ton peuple, comprenant une persécution publique, nous • suivrait comme ses chefs. Mais maintenant nous combattons contre un persécuteur qui trompe, contre un ennemi qui flatte, contre l'Antéchrist Constance, qui ne frappe pas, mais caresse; qui ne proscrit pas nos têtes, mais nous enrichit pour nous perdre ; qui ne nous pousse u pas à la liberté chrétienne à travers les cachots, mais nous

honore dans son palais pour nous asservir, etc. ^ H 11 oe combat pas, de peur d'être vaincu , mais il flatte

, pour dominer. 11 ne confesse le Christ que pour le nier; ^ il cherche l'unité, pour empêcher la paix; il comprime ^ les hérésies , pour qu'il n'y ait plus de chrétiens ; il honore 1^ les prêtres, pour qu'il n'y ait plus d'évéques; il b(iiit des

églises, pour détruire la foi.... »

^ Saint Hilaire, s'autorisant de la liberté de Jean devant

^ Hérode et des Macbabées devant le roi Antiochus , poursuivait ainsi : « Je te déclare, ô Constance, ce que j'aurais ^ dit à Néron, ce que Décius et Maximin auraient entendu ^ de ma bouche : Tu combats contre Dieu , tu es acharné ,^, contre l'Église, tu persécutes les saints, tu détestes les pré- •^ dicateurs du Christ, tu détruis la religion ; tu es le tyran , ^ non des choses humaines, mais des choses divines. Voilà ce qui t*est commun avec ces empereurs païens. Voici ce qui t'appartient en propre : Tu affectes un christianisme menteur, et tu es, le nouvel ennemi du Chri«t; tu sers de

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persécuteur à FAntechrist, et tu commences ses mystères d'iniquité ; tu fabriques des professions de foi , et tu vis contre la foi ; tu mets lé trouble dans ce qui est ancien ; tù souilles ce qui est nouveau. »

Malgré ces invectives , Hilaire revînt s'asseoir sur le sîége épîscopal de Poitiers. Il vit passer le règne de Julien , qui s'était élancé du fond de la Gaule, pour occuper, ou plu^ tôt traverser Tempire, et aller mourir aux bords de l'Euphrate.

La foi nouvelle, un moment comprimée par cette vaine représentation du paganisme qu'dvait essayée le jeune empereur, ressaisit le monde avec un surcroît de puissance. Cette énergie du martyre, qui depuis un siècle n'avait plus às^'exercer, se trouvait ravivée sans péril, par l'apparition impuissante des vieilles fables de la Grèce.

Môme sous Julien , des assemblées d'évêques avaient ch lieu sur tous les points de l'empire. Deux atiâ après le jour où , dans la cité de Parisii^ Julien , réveillé par les cris des soldats qui le nommaient empereur, avait adoré Jupiter et cru voir le génie de l'empire qui lui promettait son assistance, en lui annonçant qu'elle serait de courte durée; dans cfette même ville, il s'était tenu secrètement une assemblée d'évêques dirigés par. saint Hilaire, qui leur communiquait des lettres d'Orient pour ranimer leur foi.

Bientôt la religion remonta sur le trône avec Jovien; le sacerdoce reprit son ambition temporelle ; les querelles des catholiques et des ariens , suspendues quelque temps par une crainte commune , recommencèrent avec violence. Saint Hilaire était, dans les Gaules, le défenseur de la doctrine d'Âthanase, dans laquelle il s'était fortifié pendant son séjour en Orient. Le souvenir môme du règne de Julien poussait les esprits vers cette doctrine, qui semblait le

U SancU Hilarii Oper.f p. 1358.

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Jiaut degré du christianisme. JoTien l'avait embras-^ sée, et Yalentittien , qui lui succéda dans l'Occident, Tadopta. On vit alors beaucoup d'évéques ariens palUer leur profession de foi pour complaire à la cour.

Milan avtKÎt depuis longtemps pour évéque Auxence, qui avait été prêtre de l'Église d'Alexandrie, et qui, sous les princes ariens, avait professé l'arianisme. Saint Hilaire, le voyant encore en crédit sous* le catholique Yaléntinien, l'attaqua publiquement par ses écrits. L'évéque de Milan obtint en sa faveur un édit du prince. Hilaire fût traduit devant le questeur , comme accusé de mettre le trouble daQs l'Église de Milan ; c'est alors que l'éloquent orateur s'écriait dans une adresse au peuple et aux évéques : .

« Il fout avoir pitié de la misère de notre siècle S et gémir sur les folles opinions A*uh temps où Ton croit que les hommes peuvent protéger Dieu, et où Ton travailleji défendre Jésus-Christ par les intrigues du siècle. Je vous le demande, évêques qui vous^ croyez tels, de quels suffrages se sont servis les apôtres, pour la prédication de l'Évangile? Sur quelle puissance s'appuyaient- ils pour prêcher Jéslis^Christ , et pour faire passer presque toutes les nations du culte des idoles au culte du vrai Dieu? Gherchaient-ils^quelque crédit emprunté à la cour, lors-^ qu'ils chantaient un hymne à Dieu dans un cachot, au milieu des fers, après les tourments ? Étaient-ce par lesédits du prince que Paul, donné en spectacle dans le cirque, formait une église àJésus-'Ghrist? Se défendait-il par l'ap^ pui de Néron , de Vespasien , de Décius , de ceux dont la haine a fait fleurir l'Évangile? Lorsque les apôtres se nour* rissaient du travail de leurs mains, qu'ils s'assemblaient en secret dans des chambrés hautes, qu'ils parcouraient les viKes , les bourgades et toutes les naticms , malgré les se*

1* Sanet. Hila/rii Opef.,p. 1267.

natus-consul^es et les édits des rois, faut-il ciroire qu'ils n'avaient pas les defs du ciel? ou, plutôt, n'est-ce pas alors que la vertu do Dieu se manifesta contre la haine des hommes, alors que la prédication dé rÉvangile devint d'autant plus puissante qu'elle était plus entravée? Mais aujourd'hui , ô douleur ! les protections terrestres recommandent la foi divine ; le Cbrist semble dépouillé de sa vei tu, tandis que Ion intrigue en son nom ; l'Église menace de l'exil et du cachot : elle veut se faire croire par force, elle que Ton croyait jadis malgré les exris et les cachots. »

Ces regrets éloquents, inspirés à l'impétueux Hilaire par les intrigue^ des ariens , pouvaient malheureusement s'appliquer aussi parfois à la domination des catholiques. La controverse étouffait la charité ,• et jes deux partis invoquaient tour à tour la force à lappui de leur croyance.

Repoussé de Milan sans autre persécution , Hilaire revint à Poitiers , où l'exercice des vertus et de la chariié le consola de sa défaite. Son église, sans avoir rien delà richesse des basiliques de l'Orient, avait emprunté quelque chose de leur pompe religieuse. Il avait rapporté des villes grecques d'Asie l'usage du chant mêlé aux prières publiques, le matin et le soir. Lui-même composa pour ce chant de pieuses paroles ; et il se félicitait de voir, par cet innocent artifice, l'église attirant la foule plus que ne faisait le théâtre. Souvent aussi il expliquait au peuple la sublime morale des psaumas, qu'il appelle le céleste entretien dt l'espérance humaine, et sur lesquels il a laissé, comme àthanase, un savant commentaire. Au milieu de ces soins, il nu)urut quelques années après son retour, nes'occupant plus de controverse, mais inflexible dans sa croyance, et, comme il arrive aux esprits ardents et libres, disgracié même sous le pouvoir du prince qui pensait comme lui.

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SAINT ÀMBROISE.

Ce fut aussi la Gaule qui vit naître Âaibroise, mais dans une famille romaine. Son père , un des premiers dignitaires de Tempire, était préfet de la Gaule méridionale. Il tenait à Trêves bu à Lyon le siège de son gouverne* ment , qui s'étendait sur une partie de l'Espagne et de la Mauritanie.

Né dans le palais du prétoire, vers l'an 340, Ambroise^ dont la mère et la sœur étaient attachées au christianisme, eut son enfance entourée, de pieuses promesses et presque de fabuleux augures. On raconta de lui, comme de Pla* ton , que dormant un jour exposé à Tair dans son berceau \ un essaim d'abeilles était venu voler sur son visage, et que même quelques-unes se glissèrent, sans le blesser, dans sa bouche entr'ouverte. La nourrice fut effrayée. Le père, qui se promenait près de l'çnfant avec sa femme et sa fille aînée , ne voulut pas , dit-on , interrompre le prodige ; et, quand il vit l'essaim d'abeilles s'envoler au plus haut des airs, il s'écria : « Cet enfant, s'il vit, sera quelque chose de grand ! »

Ambroise rççut d'abord dans les Gaules l'éducation la plus lettrée, selon le goût du siècle. Son père étant venu à mourir, il fut, très jeune encore, conduit à Rome avec s;a mère, sa sœur et un frère qu'il aimait tendrement, et dont il a célébré la mémoire. La maison de sa mère, veuve opulente d'un des gr||ids officiers de l'empire, était fréquentée par les prêtres de^l'Ëglise de Rome ; le jeune Ambroise re-

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