‹ Tableau de le̓loquence chrétienne au IVe siècleChapitre 88 sur 158 · Vita tancti Àmbrotii a Paulino^ ejus notariOf conscripla · texte numérisé non relu

Vita tancti Àmbrotii a Paulino^ ejus notariOf conscripla

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marquait l'empressement avec lequel sa mère et sa sœur baisaient la main de ces hôtes respectés; car cet usage, inconnu et impossible en Orient , régnait dès lors en Italie. Ambroise , avec la naïveté «t peut^tre la malice de sqn âge , venait quelquefois vers sa mère et sa sœur leur présenter sa main , disant qu'elles devaient aussi la baiser S parce qu'il était sûr de devenir un jour évoque. Cependant il se livrait assidûment à Tétude de» lettres grecques , de. la philosophie et du droit oivi). Il suivit le barreau, plaida des causes avec tant d'éclat , que le préfet du prétoire le choisit pour conseil. Son frère SÀtyrus entra dans la même carrière. Sa sœur avait reçu le voile religieux des mains du pontife Libère.

La naissance et les talents d'Âmbroise l'appelèrent aux emplois publics; et le préfet Probiis, qui gouvernait en Italie sous Valentinien , te nomma procurateur de la Ligurie et de la province JBmiMà. Probus, en lui déléguant celte chargé, se servit d'une expression remarquable pour caractériser la justice et là douceur dont il lui faisait un devoir : « Allez , dit-il , et agissez non comme un juge, u mais comme un évéque. » Ce conseil parut plus tard une prédiction.

Arrivé dans Milan, capitale de la province, Ambroise se fit admirer par ses vertus, et devint si cher au peuple , que son éloignement eût paru le plus grand malheur. Milan étaif divisé en catholiques et en ariens. L'archevêque Auxence, qui tenait toujours à l'arianisme , malgré des professions de foi plus ou moins équivoques selon le temps , vint à moiirir. Les évoques de la province étaient réunis pour lui nommer un successeur, que le peuple der vait confirmer par son suffrage ; mais dans le concile et dans le peuple , les deux partis , égaux en force , se dispu-

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taient l'élection avec une aniinosilé qui pouvait devenir sanglante.

Ambroise parut dans Féglise pour apaiser le désordre. H parlait au peuple avec beaucoup d'éloquence, lorsque, ditr-on , un enfant s'écria : «' Aoibroise évéque I *• Dans la superstition du temps , cette voix de l'innocence parut un présage certain, et fut suivie par les acclamations des deux partis , qui se trouvaient fort embarrassés pour faire un autre choix, et qui s'accordèrent avec enthousiasme.

Ambroise refusa, voulut fuir, employa môme, diton, des nnoyens bizarres pour faire douter de sa vertu. Longtemps après il se plaignait, dans ses écrits, qu'on lui avait imposé le sacerdoce malgré ses efforts y et qu'on l'avait arraché du prétoire pour le traîner à l'aulei.

Ambroise , qui n'était encore que catéchumène , reçut le baptême , et huit jours après fut fait évéque de Milan. Il montra dans cette dignité toutes les vertus de sa vie passée Saint Baûle lui écrivit do fond de l'Orient pour le félidter. Un éloquent témoin nous a décrit la vie d'Ambroise à Milan. Toute la journée l'évéque était accablé de mille 8(Hns; il jugeait les affiiires d'une foule de ehrétioas, surveillait les hôpitaux, s'occupait des pauvres^ accueillait tout le monde avec douceur ; à peine dérobait-il quelques moments pour la tectore et la méditation. Toits les dimanches, et quelquefois plusieurs jours ^ suite , il prêchait dans la iMisilique de Milan. Sa voix était faible , mius on admirait son langage ingénieux et figuré. On accourait pour l'enteadre; des religieuses d'Afrique passaient la mer pour venir prendre le voile des mains de larcbevéque de Milan.

Ces devoirs pieux inspirèrent à saint Ambroise plus d'un écrit ascétique, où la pureté d'une âme tendre se révèle, au nûlieii des oriœments souvent affectés du langage ; mais le ptos beau tiM de sa gloire fut le caractère

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qu'il porta dans la politique, alors mêlée sans cesse à la religion. Homme d'État avant d'être évoque, Ambroiseen garda le génie, et plus d'une fois le fit paraître, moins par ambition que par nécessité.

Valentinien, en mourant, lui avait recommandé la jeunesse de ses deux fils , qui se partageaient l'empire d'Occident. L'aîné de ces princes, Gratren , élève du poêle Ausone, prit la Gaule et l'Angleterre. Valentinien II conserva, sous la tutelle de Justine sa mère, l'Italie, l'Illyrie et l'Afrique. Ambroise làir donnait de sages conseils, pour le maintien de la paix et la prospérité de l'empire. Il était cher à Gratien; mais Justine, ayant adopté l'nrianisme, le baissait, par esprit de secte autant que par jalousie de pouvoir.

Ces querelles de cour furent tout à coup suspendues par une révolution. Maxime, qui commandait l'armée d'Angleterre pour Gratien , se révolta contre ce prince, et vint l'attaquer dans les Gaules. Gratien , abandonné par ses troupes, fut tué clans sa fuite, on ne sait par quelle main, mais sans doute par l'ordre et au profit de Maxime; A cette nouvelle, la cour de Milan était plongée dans l'effroL On s'attendait à voir Maxime passer k& Alpes et envahir l'Occident. Justine, effrayée, n'espéra que dans le zèle d'Ambroise ; elle lui remit entré les bras l'empereur enfant, et le conjura de le défendre, en éloignant la guerre. Ambroise n'hésita point. Arrivé au camp de Maxime, il lui persuada de ne point envahir l'Italie. Un an plus tard, ce. chef ambitieux , dans le dépit d'avoir différé son entreprise , se plaignit que Tarchevéque de Milan l'avait ensorcelé par ses paroles.

Tandis que la cour dti jeune Valentinien respirait à peine d'une alarme si vive, de nouvelles querelles ûe religion agitaient les esprits. Le paganisme , qui désormais était moins un cuite qu'un parti, fit un nouvel effort, €0U-

tenu par l'éloquence de Synimaque, sénateur et préfet de Rome. H demandait le rétablisse^nent de l'autel de la Victoire, supprimé par Gratien.

Nous avons ailleurs retracé ce débat mémorable , où saint Ambroise plaida pour le christianisme, et protégea les réclamations du pontife de Rome ; car l'Ëglise alors , au lieu d'être une monarchie théocratique, semblait une aristocratie d'évéqucs où dominaient les plus éloquents et les plus habiles. A peine Ambroise venait-il de repousser ce faible effort du pagauisnne , qu'il eut à combattre pour les privilèges de son propre culte, attaqué bien plus vivement par une secte chrétienne. L'impératrice Justine, peut-être pour humilier l'homme dont elle avait imploré le secours, lui ordonna de céder aux arieos la basilique Portia., hors des murs de Milan. L'évéque refusa. L'impératrice, irritée, envoya des officiers pour s'emparer d'une des églises de la ville. Ambroise^ dans l'enthousiasme de son zèle, répondit que jamm le temple ne pouvait être livré par le prêtre.

Le peuple, atlaché à la communion d' Ambroise, se soulevait de toutes parts. Des soldats furent envoyés à la basilique P.ortia pour s*ea emparer, et y tendre des voiles qui furent déchirés par le peuple. Dans ce désordre, un prêtre arien , rencontré par les catholiques, allait être impitoyablement massacré ; Ambroise, en ce moment à l'autel, les yeux en pleurs, demanda, par une fervente prière, que le sang d'aucun homme ne fût versé pour sa cause. En même temps , il envoya ses prêtres , qui sauvèrent la vie du malheureux arien.

Pendant plusieurs jours, cette espèce de guerre civile se prolongea dans Milan. Une foule de marchands de la vjlle étaient arrêtés ; et c'était vers le temps de Pâques , époque où Ton était dans l'usage de délivrer les prisonniers. Sans cesse on allait du palais de Valentinien à la basilique d'Ambroise; celui-ci répondait au tribun de Tempereur :

« Si VOUS voulez ce qui est à moi*, des terres , de l'argent, je ne le refuserai pas , quoique tous mes biens soient la propriété des pauvres ; mais les choses de Dieu ne sont pas soumises au pouvoir impérial. Voulez-vous me jeter dans les fers, me traîner à la mort? C'est une joie pour moi. Je ne me ferai point un rempart de la foule du peuple; je n'embrasserai point lés autels en demandant la vie ; il me sera plus doux d'être immolé pour leur défense. >» Des soldats furetit envoyés pour se saisir de la basilique de Milan ; mais , à la vue d'Âmbroise, ils se réunirent au peuple. Âmbroise parla sur les tentations de Job, auquel il comparait son péril. Puis il se justifia du reproche de sédition et de tyrannie, que ne lui avaient pas épargné les officiers de l'empereur : « La tyrannie du prêtre, dît-il, c'est sa faiblesse. Maxime ne dirait pas que je suis le tyran de Valentinien ; car il se plaint que mon ambassade fut comme une barrière qui l'empêcha de pénétrer en Italie. »

Vaincue pari-obstination d'Ambroise, l'impératrice céda, les soldats furent éloignés; on Ouvrit les prisons. Ambroise triomphait^, et, dans Texemple d'un homme si vertueux, on pouvait déjà prévoir les excès funestes de la domination ecclésiastique. Le jeune Valentinien, sentant avec dépit toute sa faiblesse, ne put s'empêcher de dire à ses officiers : « Si Ambroise l'ordonnait, vous me livreriez à lui les mains liées. »

Quelques mois après, cependant, Pimpératrice essaya d'élever contre Ambroise un docteur arien qui prit le nom d'évéque de Milan. Ambroise fut menacé d'exil, et des soldats envoyés de nouveau contre les églises chrétiennes. Ce fut ajors qu'Ambroise introduisit dans la basilique de Milan l'usage des chants et des hymnes, dèà longtemps

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