Sonet, Ambrosii Oper.y t. Il , p. 94C
car si je suis indigne que vous m'écoutiéz , je suis indigne d'offrir le saint sacrifiée pour vous, et de recevoir la confidence de vos vœux et de vos- prières. N'entendrez-vous pas dans sa propre cause celui que vous avez entendu dans la cause de tant d'autres? Mais il ne serait pas impérial de refuser la liberté de la parole ; et il ne serait pas sacerdotal de taire devant vous ce qu'on pense. »
AJors, avec un mélange singulier de respect et de véhémence , sans nier le désordre commis , il en réclame l'impunité ; il sMndigne à là pensée qu'une réparation soit accordée à ceux contre lesquels la représaille était légitime. La synagogue reconstruite lui semblerait un triomphe sur la foi , un monument bâti avec lés dépouilles opimes des chrétiens , commes ces temples élevés jadis aux idoles avec le butin fait sur les Cimbres.
Dans tout ce langage, on reconnaît une passion sincère qui n'est plus comprise d'un siècle où le respect pour la pratique dé chaque culte est une vérité religieuse. Quelque pressante que soit la prière d'Ambroîse j il ne s'y borne pas; et il annonce, si elle n'est pas exaucée, l'intention de s'adresser à l'empereur devant le peuple. « En vous écrivant, dit-il , j'ai fait ce qui était lé plus respectueux ; j'ai voulu de préférence me faire entendre de vous dans votre palais, de peur que si cela était nécessaire, vous n'eussiez à m'entendre dans l'église.
Théodose ne céda pas d'âbôrd à cette lettre; et Ambroise, revenu d'Aquilée, et célébrant FofBce devant l'empereur, lorsqu'il parla sur TÉvangile du jour, fit une allusion manifeste à la grâce qu'il avait demandée ; puis laissant l'allusion pour l'appel direct, il adjura Théodose d'embrasser dans son affection l'Église tout entière. On ne peut lire sans un vif intérêt la lettre où le pieux évêque raconte à sa sœur ce qu'il a dit , et la promesse obtenue par sa persévérance. Rien ne montre mieux le pouvoir de
AC QUATRIÈMB SIÈCLE. Si 5
la foi nouvelle et l'état de Teropire. Évidemment tout cédait à la religion , et elle dominait jusque sur la loi ci-vile. Mais si cette puissance était excessive sur quelques points, dans d'autres épreuves qu'amenait le pouvoir absolu d'un chef militaire, elle était protectrice, et suppléait ce qui manquait d'ailleurs ; une occasion d'exercer cet ascendant se rencontra pendant le séjour de Théodose en Occident.
Ce fut alors qu'Ambroise , aussi hardi envers le con* quérant qu'il l'avait été pendant la faible mmorité de Valentinien, osa le punir du meurtre de Thessalonique. Moins heureux que Flavien, Ambroise ne réussit pas à prévenir le sanguinaire courroux de l'empereur. Il s'était éloigné de lui, se croyant sûr du pardon de Thessalo-* nique; et il apprit tout à coup le -massacre de sept mille* habitants.
Dans sa douleur, il évita la présence du prince, et lui écrivit avec autant de modération que de force : « Il a été cotnmis dans la ville de Thessalonique un attentat sans exemple dans l'histoire. Je n'ai pu le détourner, mais d'avance j'ai dit combien il était horrible ; et toi-même en avais lainsi jugé, en faisant de tardifs efforts pour révoquer tes premiers ordres. Au premier moment où il a été connu , un synode d'évéques gaulois était assemblé. II n'en est aucun qui l'ait appris de sang-froid , aucun qui n'en ait gémi. Dans la communion d' Ambroise, ton action n'a trouvé personne pour l'absoudre *. » ' L'évoque continuait eh rappelant le crime et la p*énitence de David; il invitait Théodose au même repentir, en lui annonçant qu'il ne pourrait désormais être admis dans le temple, et qu'il ne devait pas s'y présenter. « Je
1. « Non erat facti tui absolutio io Ambrosii communione. » {Sanct. Àwbroni Oper., t. II , p. 836. )
te le conseille; disait-il, je t'en prie* je t'en conjure; c'est une trop grande douleur pour moi, que toi, qui donnais l'exemple d'une rare piété, qui montrais le modèle le plus élevé de clémence, qui souvent ne laissais pas succomber les coupables ,- tu ne t'affliges pas d'avoir laissé périr tant d'innocents. » Puis, il ajoutait avec une admirable dignité qui ne ressemble pas aux prétentions de suprématie de Grégoire VII, mais à la pieuse douleur d'un chrétien auquel le sang fait horreur : « Je n'ai contre toi nulle haine ; mais tu me fais éprouver une craiote ; je n'oserais pas offrir le divin sacrifice, si tu voulais y assister. Le sang d'un seul homme injustement versé me te défendrait, le sang de tant de victimes innocentes me le permet-il ? le ne le cMs pas; je t'écris .de ma main ces paroles que tu liras ^eul. .»
Théod^se ne s'en rendit pas moins à Téglise de Milan , et fut arrôtë^sur le seuil du temple par Àmbroise , qui lui en défendit Centrée. Les écrivains ecclésiiastiques ont placé dans sa bouche un discours moins évangélique et moins simple que sa lettre à Théodose \ Il ne se trouve pas dans ses ouvrages ; quoi qu'il en soit , rien n'est plus authentique et plus mémorable que cette exclusion de l'Ëglise imposée par un pontife au monarque couvert du sang de S€^s sujets. L'ambition a souvent abusé de cet exemple. Mais si l'on se rep9rte au temps de Théodose , à cette. époque où la souveraineté despotique et militaire n'agissait que par le glaive, on bénira la mémoire du vertueux pontife, dont la voix pouvait seule s'élever dans l'esclavage du monde. ^Peut-être seulement Ambroise laissa-t-il trop facilement croire à ïhéodose que quelques mois de retraite et de prières pouvaient expier un si grand crime.