‹ Tableau de le̓loquence chrétienne au IVe siècleChapitre 96 sur 158 · Sanct, Hieron, Oper,^ t. IV, p · texte numérisé non relu

Sanct, Hieron, Oper,^ t. IV, p

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entière, à pouisser des oris ^i ^ frapper ipa poitrine, jusqu'au moaient où Dieu renvoyait la paix dai^s mon àme. Je redoutais Tasile même de ma cellule; il me semblait coœ^pliçe de mes pensées. Irrité contre moi-même, je m'enfonçais dan$ le désert; et si ja découvrais quelque vallée plus profçnde, quelque cime plus escarpée, là je me jetais en prière, là je mettais mon corps aux fers. Souvent, le Seigneur en est témoin, après çles larmes abondantes, après des regards longtemps élancés v£rs le ciel, je me voyais transporté parmi les chœurs des anges, et, triomphant d'allégresse, je >chantais : Nous accourons vers toi, attirés par Tencens de. ta prière, n .

Une telle peinture annonce asscK ^irrésistible ascendaBl desaint Jérôme. Cette ftme, plus tourmentée d'ellerméme qu'elle ne pouvait Tétre par le mon(|e , se lassa de la solitud^, et chercha pour ainsi dire à se reposer dans les agitations de la vie commune. 11 revint au milieu des controverses d'Antioche, et fut ordonné prêtre,; mais, ^rayé des soins du sacerdoce, il reprit la vie. dure et libre du désert. Il voyagea dans les sables de la Syrie et de \^ Judée, changea de solitudô et de cellule, erra parmi les ruines des anciennes cités Israélites , s'arrêta quelque temps à Bethléem, s'appliquant avec ardeur à Tétude de Thëbreu , et compientant les livres saints, par le spectacle (Jes lieux qui les avaient inspirés.

La fatigue de cette ^étude lui faisait souvent regretter la délicieuse et facile* préoccupation qu'il avait autrefois trouvée dans les langues grecque et. romaine. 11 conservait, dans sa cellule de Bethléem, les diefsrd'œuvre de Téloquence profane qu'il avait rassemblés jadis avec beaucoup de soin , pendant son séjour à Roiïie et dans les Qaules. C'était le seul trésor qu'il eût apporté avec lui dans l'Orient. Le charme de ces lectures le ravissait encore ; et son christianisipe jaloux s'effrayait d'un sembla-

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ble enthousiasme. C'était à ses yeux un danger nouveau , une tentation de Tespril, non moins redoutable que celle des sens. On a dit avec raison que Tunjvers est gouverné par «des livres ; cette puissance ne fut jamais plus visible que dans la lutte* des deux civilisations, pendant les premiers siècles du christianisme; et rien ne peut en donner une idée à la fois plus singulière et plus vraie que saint léràme racontant qu'il luttait par la pénitence et la prière contre le charme de la littérature profane.

Ce récit indique un état remarquable de Tesprit hu^ main, et ce qu'il peut offrir de bizarre fait partie de la vérité : « Homme feible et misérable , }e jeânais aVant de lire Cicéron. Après plusieurs nuits passées dans les veilles, après des larmes abondantes que m'arrachait le souvenir de mes fautes, je prenais Platon. Lorsque ensuite, revenant è moi, je m'attachais à lire les prophètes, leur dis* cours me semblait rude et négligé. Aveugle que j -étais , j'accu^is la lumière I > ^

Jérôme raconte que cette anxiété fut suivie d'une fièvre violente qui consuma toutes ses forces et le jeta dans une eft*ayante léthargie.

« Alors, dit-il, je me crus transporté eh esprit devant le tribunal du juge suprême, qui semblait entouré d'une si vive et .si éblouissante clarté, que, retonibé sur la terre, je n'aurais pu jamais y fixer les yeux. Une voix me demanda qui j'étais : «Je suis un chrétien, répondisr-je. ir Tu mens j dit le juge suprême, tu es un cicéronien et non « pas un chrétien; où est ton trésor, là est ton cœur. »

Ce rêve ou cette allégorie singulière n'offre-t-il pas une bien vive image de la puissance du génie sur les imagina^ tioBS ardentes et studieuses? Jéréme ne nous donne-t-il pas ici le secret de ce paganisme sans conviction, qui se prolongea dans l'empire au milieu de -la victoire et des bienfaits du christianisme ?

Prestige étonnant de Tétoquence et de la poésie ! ces grands hommes de la Grèce et de Rome faisaient vivre si longtemps après eux des fictions décréditées de leur temps. Leur style , qui avait servi d'ornement à ces fables, en était devenu, pour ainsi dire, le corps et l'essence. C'était leur imagination qu'on adorait; 'et le polythéisme n'était plus qu'une forme de littératuire. Mais, dans ce dernier domaine, obligés d'entrer encore en partage avec l'éloquence nouvelle des orateurs sacrés, il n'avait plus qu'un petit nombre de sectateurs obstinés : le monde était chrétien. •

Jérôme, qui semble redouter si fort pour lui-môme l'enthousiasme contagieux de la littérature pro&ne, remarque ailleurs avec joie combien son empire s'était rétréci. «Quel homme, dit*il , lit maintenant Âristote? Combieu de gens connaissent les écrits ou le nom de Platon? A peine quelques vieillards oisifs qui les relisent dans un coin ; mais nos grossiers apôtres , nos pécheurs d'hommes sont connus, sont cités dans tout l'univers. »

Tandis que Jérôme étudiait le texte sacré de l'Ëcriture et des prophètes, et qu'il trouvait dans cette poésie sublime l'enthousiasme dont son àme avait besoin, un événement important pour la religion le rappela en Itafie.

Le pape Damase avait assemblé dans Rome un concile, pour régler les débats élevés sur l'élection de Flavien , évêque d'Anlioche. Les évéques d'Orient s'y rendirent. Jérôme , qui était venu à Constantinopîe entendre Grégoire de Nazian^e^ en partit pour accompagner à Rome Paulin d'Anlioche et le célèbre Épiphane, évéque de Chypre. Il reparaissait dans Rome avec l'éclat d'une vertu éprouvée, la maturité de l'âge et du génie, et la réputation du grand travail qu'il avait entrepris sur les livres sacrés. Consulté comme un docteur de la foi, ses décisions exercèrent plus d'empire que jamais. Il relrou-

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vait dans la routo des vertus les plus austères quelques Romaines qu'il avait autrefois détachées de Torgueil de leurs grandeurs.

Cette direction des âmes, qui fut si fort en usage dans le siècle de Louis ÎIV, et que La Bruyère a si bien ca* ractérisée, semblerait donner une idée du pouvoir absolu que Jérôme exerçait sur Vesprit de ces illustres Romaines. Mais la différence des temps et des mœurs dément cette comparaison. Il ne s -agissait pas alors d'inspirer, au milieu des délices d'une civilisation régulière et paisible, quelques vertus conciliables avec les faiblesses de la grandeur et de la richesse; il ne s'agissait pas de conduire, par une molle tyrannie, les consciences erronées d'un courtisan, d'une favorite. A cette première époque du ehristianis0ie, les grands sacrifices , les privations éclatantes étaient le seul signe d'un progrès dans la vie spirituelle. L'état même de la société, cet état violent et précaire , entre le joug du pouvoir absolu et les invasions des barbares, dcmnait un plus grand exercice à toutes les vertus. La religion, c'était le dévouement au malheur, dans l'époque la plus malheureuse du monde. Servir Dieu, c'était réclamer une part plus grande de périls et d^ souffrances, dans le naufrage commun de la société.

N'était-ce pas un admirable spectacle que de voir les héritières des noms les plus glorieux de Rome idolâtre, les filles des Scipion, des Marcellus , des Camille, se consacrant aux œuvres de charité ^ et sacrifiant leurs trésors, leur beauté, leur jeunesse, pour secourir des malades et des pauvres, comme si v par une digne expiation , la Providence eût voulu faire sortir les plus humbles consolatrices de l'humanité, du milieu de ces familles dont la gloire avait opprimé le monde?

Les retraites de la duchesse de Longueville et de la belle La Yallière sont de faibles efforts, si on les compare

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aux voypges périlleux qu'entreprit cette Paula, qui, suivant Texpression de saint Jérôme, fille des Scîpions, descendue des Gracques, préféra Bethléem à Rome, et échangea l'or de ses palais contre une cabane de la Judée. Et lorsque Ton voit, quelques années après, Romesao cagée par Alaric, Fancien monde au pillage, et des familles romaines fuyant pour chercher un asile jusque dans cette même Palestine , où la piété les avait précédées et avait déjà construit des monastères , on ne peut se défendre de tout respecter dans Tenthousiasme religieux de cette époque , où Texcës môme du zèle semblait devenir une prévoyance de la charité. .

Pendant le séjour qu'il fit à Rome, saint Jérôme inspim chaque jour davantage aux femmes des plus opulentes familles cette active bienveillance, que les malheurs du monde rendaient si nécessaire.

Une femme de la maison des Fabius, Fabiola , instruite par ses pieux avis, consacra de grandes richesses à fonder les premiers hospices publics que Ton ait élevés dans Rome, et, se dévouant elle-même au soin' des malades et des pauvres, elle fit voir au monde une vertu nouvelle, que la civilisation profane ne soupçonnait pas, et dont l'héroïsme donne réellempnt aux femmes <5e je ne sais quoi de divin que Tantiquité croyait reconnaître dans leur voix et dans leurs regards.

Le recueil des écrits de saint Jérôme atteste qu*un grand nombre d'illustres Romaines puisaient ainsi d«is ses conseils les idées d'une charité sub|ime. Il leur expliquait les livres sacrés , et les animait aux vertus les plus austères ; il composait pour elles des épttres qui sont des traités de la plus pure morale.

Cet ascendant, exercé par un prêtre venu de l'Orient, aurait suffi pour exciter de nouvelles jalousies , et l'âpre vivacité de saipt Jérôme ne les diminuait pas. Il attaquait

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lui-même avee amertame lea vices de quelques prêtres de AQnie; car, suivant la loi de rhumanité, déjà l'orgueil, le luxe et rhypûcrisie se glissaient à la suite des vertus qui avaient étonné le monde. Déjà même il avait fallu des lois nouvelles pour réprimer des vices inconnus jusqu'alors. « ^ Voici une grande honte pour nous , écrivait saint. Jérôme : les prêtres des faux dieux, les bateleurs, les personnes les plus infâmes peuvent être légataires ; les prêtres et les moines seuls ne peuvent l'être : une loi le leur interdit , et une loi qui n'est pas faite par des empereurs ennemis de la religion , mais par des princes chrétiens. Cette loi même, je ne me plains pas qu'on l'ait faite, mais je me plains que nous l'ayons méritée ; elle fut inspirée par une sage prévoyance ; mais elle n'est pas assez forte contre l'avarice : on se joue de ses défenses par de frauduleux fidéioommis. »

Ailleurs saint Jépôme caractérisait plus librement encore d'autres vices du clergé de son temps : « J'ai honte de le dire , écrivaitril , mais il y a des hommes qui recUeiv chent le sacerdoce et le diaconat pour voir plus librement les femmes. La parure est tout leur soin ; leurs cheveux sont bouclés avec le fer ; leurs doigts brillent du feu des diamants; dexrainte.de Thuinidité, à peine efHeurent-ils la ter.-e du pied. Vous croiriez voir de jeunes époux, plutôt que des prêtres. » .

Ces peintures .satiriques, qui trouvaient plus d'une application dans Rome, irritèrent les ennemis de Jérôme; on réveilla d'anciennes calomnies sur ses mœurs ; l'enthousiasme donne facilement prise au^ attaques du vice et de l'envie : on accusa Jérôme dans ses amitiés ; on voulut attribuer à de coupables faiblesses caqui tenait à l'empire naturel d'une Sme éloquent^ et religieuse^

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