‹ Tableau de le̓loquence chrétienne au IVe siècleChapitre 97 sur 158 · SantU Bierm» Oper., t. IV, p · texte numérisé non relu

SantU Bierm» Oper., t. IV, p

La mort du pontife Damase, en privant saint Jérôme d'un admirateur et d'un appui , vint encore favoriser la haine de ses détracteurs. U céda , et résolut de retourner dans son Immble cellule de Bethléem. Rien n'est plus touchant et plus grave que ses adieux à l'une des illustres Romaines dont il avait mérité la pieuse confiance. Après avoir repoussé en quelques mots les calomnies de ses dé> tracteurs: « Noble Asella, dit-il, c'est ainsi que je vous écris à la hâte,, au moment de m'embarquer, triste et les yeux pleins de larmes.; je rends grâces à Dieu d'avoir été jugé digne d'être haï par les honomes,. Insensé ! j'ai voulu chanter le cantique du Seigneur sur une terre étrangère , et, abandonnant le mont Sinaï, j'ai recherché le secours de l'Egypte. J'avais oublié l'Évangile, qui nous apprend qu'au sortir de Jérusalem, le voyageur est dépouillé, meurtri , laissé pour mort. Mes ennemis ont jeté sur moi la honte d'un faux crime; Mais je sais qu'à travers la bonne ou la mauvaise renommée , on arrive également au royaume des cieux.

«c Saluez Paula et Eustochie, qui sont toujours, en dépit du monde , mes soeurs en Jésus-Christ. Saluez Albina leur mère, Mârcella, Marcellina, Félicité, et dites-le»r : « Nous serons tous un jour devant le tribunal de Dieu , où < chacun montrera la conscience qu'il a eue pendant sa « vie. » Adieu, modèle de la vertu la plus pure, souvenez-vous de mm, et, par vos prières, apaisez les flots sur ma route. »»

Embarqué au port de Rome, où Tavaient accompagné de nombreux amis, Jérôme retourna par un long circuit dans l'Orient, descendit dans l'île de Chypre , pour jouir de l'hospitalité d'Ëpiphane revenu d'Italie longtemps avant lui, revit également Paulin dans Antioche, et arriva enfin à Jérusalem, qu'il appelait désormais sa patrie. t.'Égypte, cette terre de la science et de la solitude, manquait encore

AU OUATRIKUlâ âIÈCL£. 333

au long noviciat de Tinterprète des livres sainte. Il repartit bientôt de Jérusalem pour visiter la Tbéhaîde et Alexandrie, parcourut les déserts de Nkrie, sans tout admirer dans la vie des solitaires, et vint écouter le savant aveugle Didyme qui , dans la chaire de Técole chrétienne qu'avait illustrée Origène, portait avec les dogmes de la théologie les souvenirs de la philosophie grecque, et quelque chose des sciences cultivées par Hipparque et Ptolémée. Sous ce maître auquel Jérôme donne, par plaisanterie, le nom de voyant^ que les Hébreux réservaient à leurs prophètes^ il apprit ce .qu!il ignorait encore, après renseignement de Constuntinople et.de Rome; et, pressé d'en faire usage pour son grand travail sur FÉcriture sainte , il revint dans sa chère Bethléem. Il y reprit avec ardeur cette étude de la langue hébraïque qui , après avoir été dans sa j(8unes$e une sorte de frein et de pénitence imposée à son imagination trop ardente, fut une des occupations de sa vie, et fit en partie le caractère de son éloquence. Il acheta chèrement alors les leçons d'un savant Israélite, qui n'osait le voir que dans la nuit, par crainte d'irriter ses compatriotes ' en leur paraissant livrer à un chrétien , à un étranger, les mystères de Tidiome sacré. Ce secours et une opiniâtreté de travail plus grande que Timpatience qu'il éprouvait parfois, le rendirent enfin mi^tre de cette langue difficile, dont les rudes aspirations remplacèrent , dit-il , pour lui , rharmonieuse éloquence qu'il avait tant aimée. Jaloux de devenir l'interprète des monuments de la foi au lieu on elle était née» il ne sortit plus de Bethléem, ou du moins de la Judée; mais, de Rome, on accourait vers lui. Quelques-unes de ces femmes illustres dont il avait inspiré la piété , Paula et sa fille Eustochie arrivaient à Bethléem et y fondaient plusieurs monastères. C'était une colonie romaine transplantée sur cette terre barbare et sacrée. Paula, avant même de quitter Rome, avait étudié la

334 TABLEAU DS L'ÉLOQtJfiNGB CHRÉTIENNE

langue hébraïque. -C'était dans cette langue qu'elle redisait à Bethléem les chants du Psalmiste, et elle la parlait, sans aucune trace de prononciation romaine. Sa fille Eustochie partageait son ardeur de savoir, (ïôfnnie sa charité. Bientôt se réunirent près d'elleis des religieuses de patries et de conditions diverses, riches et pauvres, mais soumises à la même réglé et au travail commun. Cependant , Jérôme traduisait de la langue grecque les homélies d*0rigène et les traités de DMyme , revoyait , pour en multiplier leâ copies correctes, là version célèbre des Septante, et poursuivait la traduction l$titie de la Bible entière, -en y mêlant des préfaces et des commentaires empreints de Féloquence du te*tè original. De savants hommes venaient le consulter dltalie , d'Espagne et d'Afrique. Attentif à toute nouveauté qui s'élevait dans la foi , il était dés premiers à là combattre; et, de Bethléem, il instruisait Rome. Il semble rtiôme porter dans cette mission une sorte d'âpreté contre la ville éternelle,' biéh qu'il en i^especte religieusement la primauté pontificale. Mais, soit le souvenir des calomnies qu'il avait encourues, soit le dégoût des scandales qu'il avait blâmés, soit là haine d'un chrétien contré ce qui restait encore de paganisme indélébile dans les magnificences du Capttole et du Forum, il ne peut presque nommer Rorhe sans colère. Bans son langage*, comme dans celui des dissidents, au xvi» siècle , Rome est Babytone, la pr^ostituée couverte de pourpre. B se plaint d'y avoir rencontré un sénat pharisien qui se préparait à te condamner, et il 'exhale sa pieuse joie d'avoir fui les jeux impurs des Lupercales, pour revoir l'hôtellerie de Marie, et la grotte où est né le Sauveur: Cette terré de Judée, ce soleil, ces souvenirs sacrés ont pour sott âme un charme irrésistible ; et on sent qu'iV ne saurait plus vivre ailleurs

Page 1