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La plupart des embarcations qui sillonnent la Seine sont construites de manière à recevoir des voiles.
Canot marchant à la voila.
Quelques-unes cependant sont manœuvrées avec 1 aviron. La voile a plus de grâce, mais elle offre plus de
Embarcation’chavirée.
danger. Trop souvent de novices canotiers, adaptant des voiles à leurs bateaux, ont fait, comme Icare, un
périlleux plongeon. Les prudents navigateurs, qui comptent plutôt sur leurs forces que sur celles du vent, ont quelquefois recours à la godille , c’est-à dire à un aviron placé à f arrière du canot, et eniployé seul à le faire mouvoir.
Outre les courses et les expéditions oii les canotiers parisiens déploient leur intelligence et leur audace, ils ont certaines réunions solennelles dont le souvenir se présente sans cesse a leur imagination. Sans parler des grandes régates, ces luttes nautiques, ils voient chaque année revenir la brillante fête d’Asnières, fête accompagnée de musique militaire, de femmes parées et de nombreux applaudissements pour les héros du canotage. Les fêtes d’Asnières sont les plus grandes panathénées des équipes de la Seine. Dans la b die saison, lorsque1 le soleil, à son déclin, couvre* d’or et de pourpre la nappe du lleuve, des canots partant du pont d’Arcole se dirigent vers Bercy. Dans leur marche triomphale, les navires harmonieux déchaînent dans l’air les voix retentissantes, des instruments de cuivre. Lorsque les curieux attroupés sur la rive ont cessé de voir les canots, ils entendent encore de loin les symphonies sonores.
Ils abordent ainsi au grand pont de Bercy, Bercy, la ville du vin et des cabarets. A chaque pas, des gens heureux qui ont fêté la vigne, à chaque maison une enseigne. Ici, ce sont des marronniers touffus qui abritent des tables chargées de brocs et de verres; là, ce sont des berceaux mystérieux au fond desquels vous entendez le bruit des bouteilles qui se heurtent et des bouchons qui sautent. Chacune de ces maisons aux volets verts est un temple ouvert au culte des ivio-
gnes. Mais ce n’est pas dans ces tavernes borgnes que se réunissent les canotiers véritablement dignes
RAUl MÆT
Canot marchant à la gmlillc.
de ce grand titre; ils ont leur taverne à eux, la Taverne des Canotiers, ma foi! et qui est appréciée de
Une régate.
quiconque a pénétré une seule fois sous ces latitudes culinaires et ^bachiques. Dans cette maison , à l’abri
des indiscrets, assez isolée pour permettre aux joyeises réunions de s’ébattre sans scandale , se rencontrent toutes les douceurs que peut ambitionner un
marin fatigué, mouillé, affamé ou altéré. Tout chef d équipé, tout matelot, le simple mousse même, trouvera sous ce toit hospitalier des sièges moelleux , des
habits de rechange et des bouteilles pleines de vin naturel. Du pont de Grenelle au pont deContlans, il n’est pas une auberge qui puisse lutter avec la Ta-