‹ Tableau de Paris (volume 2)Chapitre 104 sur 230 · t... '! . .1.. l'nntiriiiitn -I · texte numérisé non relu

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Les débardeurs. — Ce que c’est qu’un débardeur? — Les maladies des débardeurs. — La grenouille. — Parent Duchâtelet. — Li

■iiôt de Bercy. Les dégustateurs-gourmets. — Les fritures et les matelotes. — Vue prise du port de Bercy. — Bicêtre, la Salpétrière

,,1 ci ic I.iam. HCI»,,. — - ap l’antinuité àl’éaard de la folie. — Arétée. — Celse. — Moyens de traitement employés pour la folie avant la Révolution. — La maison des tous, d’après

et Charente". - La folie. -Pmi .^qul Pinef Sa grande réforme. Los rages de Maréville. - Les anciennes cellules " . .

Kaulbach. — renon. ■ J- , Ml.,.irml|.t Êsquirol. — M. Ferrus. — I.es fous employés aux travaux manuels. — La terme Saint FanZn'y, ^nrAri^bens — Ateliers de métiers divers à Bicêtre. —Ecole de musique à la Salpêtrière. — Bibliothèque de Bicêtre gai dan. lei ’ œmnnm (]t,s aliénés. — Les idiots. — Le conseil d’administration des hospices. — \ ne generale des bu

d6des "folies furieuses. — Les chalets pour les folles agitées. — Cours et cellules de Bicêtre. —Le quartier de suret

‘s de Bicêtre et de la Salpêtrière. — Les rues ( l’En fer et des le Sainte-Anne. — Fermes de Montrouge et d’Ivry. — Les fous “’Eêtre. — L’orchestre vocal et le théâtre à Bicêtre-. — Cours es bâtiments nouveaux à la Salpêtrière. — Les cabanons sûreté. — Vue générale de l’hospice de Charenton.

Bercy comprend la Râpée, la Grande-Pinte et la vallée de Fécamp. L’importance de Bercy consiste surtout dans son commerce. Sur les deux rives régnent le mouvement et le travail. Un énorme train de bois passe, suivi de plusieurs autres; des ouvriers, nus jusqu a la ceinture, dépècent ces radeaux éphémères, et transportent sur le rivage les bûches qui s’amoncellent ensuite dans les chantiers. Rude labeur que rien n’interrompt, ni les chaleurs de 1 été, ni les froids précoces de l’automne, jusqu’à ce que la capitale ait la quantité de bois nécessaire pour se chauffer pendant une année. C’est ici le cas de faire quelques pas dans le domaine de la statistique. Environ quatre mille cinq cents trains descendent annuellement la Seine ; chacun de ces trains se compose de dix-huit coupons formant un décastère, ce qui fait quatre-vingt-un mille décastères, ou huit cent dix mille stères. Un stère égale une demi-voie, ou un mètre cube.

La consommation en bois, de Paris ([nous parlerons plus tard du charbon de terre), est donc de quatre cent cinq mille voies, ou huit cent dix mille mètres cubes, que nous amène la rivière.

Ici, c’est l’eau qui alimente le feu.

Un bourgeois de Paris, Jean Rouvet, qui vivait sous Charles IX, eut l'idée de faire venir le bois à Paris sans le secours d’aucun bateau, mais il ne put trouver un seul bâilleur de fonds pour mettre son projet à exécution , et il mourut de chagrin et de misère, comme tous les inventeurs. Un autre bourgeois, René Arnoul, prit l’idée abandonnée, et la mit en pratique. Les petites rivières qui forment la partie supérieure du bassin de la Seine traversaient d'immenses forêts en quelque sorte vierges. On y jetait les bûches, qui, abandonnées au courant, parcouraient ainsi sans frais un trajet considérable. Les bûches, arrêtées a l’endroit où les rivières tombent dans la Seine, étaient réunies en train et dirigées ensuite sur Paris. René Arnoul obtint de Charles IX, pour mettre ce plan à exécution, une concession par des lettres-patentes qui furent signées deux jours avant la Saint-Rarthélemy. C’est depuis cette époque que Paris, qui avait jusqu'alors manqué de combustible, cessa de frissonner. Le flottage du bois était trouvé.

Bercy est naturellement peuplé de débardeurs.

Le débardeur n’est pas ce qu’un [vain peuple pense...

Ce n’est pas cet être poétisé, idéalisé, qui est le héros de tous les bals masqués. Je voudrais que les débardeurs de l’Opéra pussent entendre une conversation de leurs collègues de la Râpée , ou seulement qu’ils assistassent a un de leurs repas.

Un poète a dit :

Qu’est-ce qu’un débardeur ? — Un jeune front qu incline

Un ravageur.

Sous un chapeau coquet l’allure masculine,

Un corset dans un pantalon,

Un masque de velours aux prunelles ardentes,

Les vrais dèbarbours.

Sous des plis transparents des formes irritantes, Un ange doublé d’un démon.

C’est une fantaisie, un prestige, un caprice,

Un murmure discret qui dans l'ombre vous glisse Un mot d’amour comme un rayon;

C'est un geste hardi, c’e.-l une main qui presse Un gant iont parfumé, c’est un pied de comtesse Dans le soulier de Cendrillon.

Généralement le débardeur (le vrai) prend un verre d’eau-de-vie à trois heures du matin. A neuf heures, il mange une gamelle entière de soupe et boit un litre de vin. A midi, repas léger : une livre et demie de pain et un cervelas; un demi-litre arrose ces comestibles. A six heures, diner et litre. Je ne parle pas des canons et des petits verres consommés dans l’intervalle d’un repas à l’autre.

Le débardeur est amphibie, mais il vit surtout dans l’eau jusqu’à la ceinture, déchargeant les bûches. Pour faire partie de cette recommandable corporation, il faut être doué d’un tempérament robuste. Hercule, Thésée, Samson seraient de très-remarquables débardeurs, s'ils n’étaient pas des demi-dieux.

Lps débardeurs sont exposés par leur profession à un grand nombre de maladies. Outre les fièvres aiguës, les pleurésies, les péripneumonies, la toux, la dyspnée et diverses autres affections de poitrine, il leur survient, assure-t-on, aux jambes des ulcères très-difficiles à guérir. Cependant un praticien célèbre, Parent Duchâtelet, qui s’était fait débardeur pendant quelque temps par amour de la science, affirme que ces ulcères soi-disant inguérissables ne sont qu’une affection peu dangereuse communes à d’autres professions, et qu’on désigne vulgairement sous le nom

de r/renouille. Parent Duchâtelet a vu un débardeur de soixante-douze ans qui, après avoir passé les trois quarts de sa vie dans l'eau , absorbait les litres de vin et les petits verres d’eau de. vie comme le premier charpentier venu. Il n’avait même jamais été aifecté de la grenouille.

A côté des débardeurs, il y a les déchireurs de bateaux, ainsi nommés parce qu’ils mettent en pièces les bateaux qui descendent chargés de bois; puis la Seine voit aussi des hommes au teint livide, aux traits amaigris, aux vêtements délabrés, entrer dans la vase jusqu’aux genoux. Ils agitent de vastes sébiles en bois, dans lesquelles ils lavent la boue comme s’ils avaient affaire au sable du Joaquin ou du Sacramenlo. Ces gens-là cherchent de l’or, et surtout des clous, des boutons île guêtre, des épingles, des fragments d’ustensiles de toutes sortes. Pour extraire les parcelles de métal, ces malheureux, surnommés les ravageurs, entrent dans ce Pactole fangeux, y restent depuis le matin jusqu’au soir.

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