‹ Tableau de Paris (volume 2)Chapitre 109 sur 230 · LE J A KD IX DES PLANTES · texte numérisé non relu

LE J A KD IX DES PLANTES

Le labyrinthe et le belvédère. — La porte (l’Austerlitz. — Les carrés du Fleuriste. — Les fosses aux ours. — Sympathie du public pour l’ours Martin. — Martin, monte à l’arbre! — La graisse d’ours. — Les brebis d’Abyssinie et les moutons d’Islande. — Les rennes de Laponie et les pécaris. — Le palais des singes. — Confortable du palais des singes. — Le papion régnant. — Sa justice prévôtale. — La ménagerie des animaux féroces. — Les lions, les hyènes, les jaguars — Le repas des animaux féroces. — Les loups et les chiens domestiques. — L’éléphant. — Son caractère.

— Sa réputation usurpée. — L’éléphant des Indes. — Son goût pour la vie sauvage. — Extérieur et intérieur de la maison de l’éléphant. — Le crâne de l'éléphant. — Son manque de

mémoire. — La chasse à l’éléphant au fusil et an lacet. — La girafe. — Triomphe de la première girafe envoyée à Paris — Habit et robe à la girafe. — Le zèbre. — Le lion. —

Réfutation de la grandeur de sentiment du roi des animaux. — Le guépard. — Les civettes. — Civettes d’Abyssinie et d’Ethiopie. — Leur nourriture. — Le parfum

de la civette. — Moyen de le recueillir. — Le paradoxure pougonié. — L’alpaea. — L’autruche. — L’estomac de l’autruche. — Sa rapidité à la course.

Nous revenons à la Seine, d’où nous nous sommes éloignés pour faire une pointe sur les trois établissements dont la description précède, et nous nous trouvons en face de ce jardin des Plantes qui jouit en Europe d’une si grande célébrité. Ce jardin des Plantes a l’heureux privilège de charmer tous les âges et d’attirer toutes les classes de la société. L’enfant peut s’y ébattre au milieu de mille spectacles; l’ado-

Le hcivcocrc.

lescent et l’homme mûr y rencontrent mille objets d’étude; le vieillard voit s’étendre de solitaires allées propices à la méditation et à la rêverie.

Pour embrasser d’un seul coup d’œil l’étendue du jardin des Plantes, pour mesurer exactement du regard ce sol couvert d’une immense végétation, il n’est pas nécessaire de chercher au dehors quelque haut sommet ou quelque monument. Derrière ces sommets

Brebis d’Abyssinie.

massifs où le pin Larricio dresse ses tiges élancées, nous trouvons une éminence assez élevée pour satisfaire notre curiosité. C’est là qu’est le labyrinthe, dont le point culminant sert de belvédère aux amateurs de belles vues.

L’horizon qu’on découvre du haut du labyrinthe est un des plus beaux que l’on puisse contempler à Paris. Lorsque le soled étincelle dans l’espace et projette des gerbes de lumière sur les dûmes et les clochers des églises, sur les toits ardoisés de la grande

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ville, sur la nappe de la Seine, on reste un instant ébloui. Le regard plonge dans cette vaste étendue, puis se repose ensuite sur ces masses de feuillages qui se déroulent dans l’enceinte de ce magnifique jardin.

En entrant par la porte d’honneur, par la porte d’Austerlitz, ménagée au centre d’une belle grille circulaire, flanquée à droite et à gauche de marchands qui spéculent sur la voracité des ours, on pénètre dans cette partie du jardin réservée à la culture des plantes médicinales. Jetons un coup d’œil reconnaissant sur ces quatre carrés chers à Esculape et aux pauvres, et qui fournissent à ces derniers, grâce à la générosité de l’administration, d’abondantes tisanes. Un peu plus loin, les carrés du Fleuriste , avec leurs riches plates-bandes fournies des plus merveilleuses plantes créées par Dieu et perfectionnées par l’homme.

A gauche, nous laissons, en nous éloignant, les grands massifs que les écoliers remplissent du bruit de leurs jeux; nous laissons aussi un petit café-restaurant qui peut se vanter de posséder le plus rare ombrage qui existe à Paris. A voir ces robinia et ces mimosa, on se croirait transporté dans quelque jardin de Florence.

A droite, nous avons dépassé sans mot dire les nombreux carrés qui font partie de l’école botanique, dont ils ne sont séparés que par une longue tîle de marronniers. Ces espaces, où l’on peut apprendre tant de choses étrangères à la plupart des Parisiens, sont ouverts au public le lundi, le jeudi et le samedi de chaque semaine, de trois heures à cinq heures.

En suivant le Ilot des promeneurs, nous arrivons devant une des plus grandes curiosités du jardin des Plantes, devant la fosse ou plutôt devant les fosses aux ours. On se ferait difficilement une idée de l'adoration qu’ont pour ces robustes saltimbanques, qui se livrent à des exercices si variés, le badaud, le soldat et le bambin. On a beau narrer ii ces avides spectateurs les effrayantes histoires qui vivent dans le souvenir du populaire, leur raconter comment, une certaine nuit, une de ces gracieuses bêtes dévora un malheureux vétéran qui avait osé pénétrer dans la fosse, attiré par l’appât trompeur d'une pièce d’or, laquelle n’était que le bouton d habit d’un collégien ; j comme quoi un autre quadrupède de la même famille j étouffa, en plein jour, un monomane; comme quoi... ils n’écoutent rien et ne veulent rien entendre. Le ; ours ont toutes leurs sympathies, ils les contemplent avec délices et leur jettent une profusion de gâteaux et de petits pains. Martin montant à l’arbre (les ours du jardin des Plantes s’appellent tous Martin), tel est l’idéal poursuivi par le flâneur du jardin des Plantes.

Si le redoutable acteur ne s’émeut pas de toutes les agaceries qui lui sont faites, s’il résiste a tous les cris et ii tous les gestes provocateurs, en un mot, s’il refuse de grimper à l’arbre ou plutôt au mât garni de nœuds planté au milieu de sa fosse, le Parisien, qui a quelquefois fait un long trajet pour venir jouir de ce spectacle, se retire plein de mélancolie. 11 est comme Titus ; il a perdu sa journée.

Dans ce palais consacré aux animaux féroces, les ours ont trois appartements. C’est dans un d eux que vécut l’ours Martin, premier du nom, la perle des ours, l’ours modèle dont on parlera pendant plusieurs générations, tant il avait de grâces naturelles, tant il s’asseyait complaisamment sur ses énormes pattes de derrière, tant il montait lestement après 1 arbre de- |

charné de sa cour, l’adroit montagnard qu’il était. J’ignore ce que les administrateurs ont fait de sa chair, qu’un célèbre romancier eût sans doute convertie en biftecks; je ne sais a quel usage a servi sa graisse si vantée par les coiffeurs ; mais ce dont je suis certain , c’est que sa mémoire ne périra tpas. Elle est

-Les canes uu Fleuriste.

vivante dans l’imagination des mille spectateurs qui se renouvellent sans cesse devant la rampe de cette salle de spectacle.

Pour aller des plantigrades aux quadrumanes, du quatrième ordre des mammifères au premier, nous n’avons que quelques pas à parcourir. Rebroussons chemin. Voici à droite un parc oii paissent des brebis d’Abyssinie et des moutons d’Islande. Bien que ces

...cillons ù’îslaude.

animaux soient nés a quelques milliers de lieues les uns des autres, ils mangent fraternellement à la même table ; touchant exemple donné aux hommes par des moutons! A gauche, sur notre route, nous apercevons des rennes de Laponie et des pécaris ; puis , au détour d’une allée au bord de laquelle des ruminants aux formes étrangères lèvent leurs têtes paisibles , nous apercevons le palais des singes, non moins po-

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polaire peut-être que la fosse aux ours , et qui nous plaît par le contraste , comme le vaudeville après le drame.

Le palais des singes est une création nouvelle. Autrefois la ménagerie ne possédait que quelques échantillons de cette famille si curieuse et si digne d’observation.

Aussi ces individus étaient loges comme si leur ressemblance avec l’homme ne leur avait pas donné le droit d’aspirer à une habitation plus confortable. Aujourd’hui, messieurs les singes sont logés connue des seigneurs ; ils ont maison d’hiver et maison d’été. Dans cette élégante rotonde, à travers laquelle le soleil pénètre sans résistance, ils ont tout ce qui rend la vie heureuse aux bêtes : une certaine dose d’indépendance, de l’air, des aliments sains et de la paille fraîche.

Un gros papion a usurpé la souveraineté de cette république hétérogène, et maintient le bon ordre.

Aussitôt qu’il entend une querelle, il accourt, sépare les combattants, rosse les deux parties pour les mettre d’accord , et tout rentre dans l’ordre. Tous ces hôtes grimaciers vivent à leur guise. Êtes-vous un babouin à l’humeur atrabilaire? retirez-vous dans un coin, et boudez en paix. Êtes-vous au contraire un aimable magot doué d'un bon caractère et d’un esprit sociable?

voici une foule de curieux accourus pour vous rendre visite, et qui admirent vos grâces et ves gentillesses. Avez-vous de tendres inclinations pour la vie calme et intérieure ? choisissez une épouse parmi

lage avec tant de prestesse. Heureux peuple ! heureux animaux! Ils ont obtenu, grâce à leur effroya-

Le palais des singes.

toutes ces belles créatures aux longues queues qui dorment au soleil ou nui crimnent le long du treil-

Le papion.

ble ressemblance avec les badauds qui les contemplent, ce que la société ne peut encore donner à tous ses enfants : du pain et un toit.

Nous remontons du côté du jardin paysager, et nous nous trouvons devant la ménagerie des animaux féroces. Ces animaux, étant tous apportés de climats fort différents du climat de la France, résistent plus ou moins longtemps aux changements brusques de température, de nourriture et d’habitudes auxquels ils se trouvent soumis dans leur esclavage. Malgré les soins qu’on peut leur donner, beaucoup tombent malades et meurent après un temps assez court. Les animaux féroces sont renfermés dans des loges fort propres et munies de solides barreaux de fer. Une balustrade empêche les curieux imprudents de s’approcher trop près. Là vivent des hyènes , fort bonnes personnes qui donnent un démenti formel à tout ce qu’on a raconté sur leur férocité ; des lions de l’intérieur de l’Afrique, beaucoup moins dangereux que le jaguar du Brésil. Disons tout de suite, du reste, que la ménagerie des bêtes féroces est aujourd’hui dans un état voisin de l’indigence. L’etiquotte inscrite sur la loge est presque toujours fausse. On nous annonce un lion là où il n’y a qu’un ours; nous nous attendons à voir un tigre, et on nous montre un renard. Il n’est pas une de nos forêts des Alpes ou des Pyrénées qui ne soit plus richement approvisionnée.

Et cependant l’aspect de cette ménagerie est le spectacle favori du pauvre peuple, du peuple qui paye sa grosse part de cet établissement national , du peuple ignorant la science et qui ne juge de l’utilité de la ménagerie que par le plaisir qu’il éprouve à aller la visiter le dimanche en famille. Dans les deux pavillons de chaque côté sont, dans des cages plus petites et transportables, des animaux de l’ordre des carnassiers, mais (lue leur petite taille rend moins redoutables, tels que chacals, loutres, chats, etc.

C'est vers trois heures qu’a lieu le repas des

animaux féroces ; moyennant un franc donné au portier-gardien , on pénètre dans l’intérieur du bâtiment, et l’on assiste alors à ce banquet sanglant. Des masses de chair crue, broyées sous les dents des hyènes et des tigres, disparaissent en un clin d’œil, et ces animaux, levant leur gueule dégoûtante de sang, promènent sur les spectateurs des regards qui causent une certaine émotion, en dépit de la solidité des barreaux qui mettent le curieux à l’abri de toute atteinte.

11 est difficile de rester longtemps dans cette galerie : une odeur âcre, ou , pour parler plus correctement, une puanteur sans nom, vous prend à la gorge et vous force d’aller bien vite respirer le

grand air.

Derrière cette ménagerie des animaux féroces, sont des niches où l’on tient enchaînés des chiens domestiques de différents pays. Ces chiens vivent en très-bonne intelligence et multiplient même avec des louves; leurs métis ont euxmêmes la faculté de se reproduire, ce qui démontre jusqu’à l’évidence, contre l’opinion de Buffon, que le chien et le loup sont deux variétés dans la même espèce.

Parlons tout de suite des animaux curieux disséminés dans le jardin.

Voici l’éléphant qui prélève chaque jour une part proportionnée à son mérite, sinon à son volume, de l’immense gâteau qui se consomme par parcelles autour des ménageries. Depuis qu’il a quitté l’Afrique . sa patrie, il n’a pas un seul

La înv.iaaerie.

mauvais tour à se reprocher. Son cornac lui impute, au contraire, une complaisance et une dél o maire té

Louve blanche.

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