‹ Tableau de Paris (volume 2)Chapitre 115 sur 230 · CHAPITRE XIX. — LE LONG DE LA SEINE (Suite · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIX. — LE LONG DE LA SEINE (Suite

celants, pour être exposés «à l’admiration des visiteurs.

La bibliothèque est ouverte au public, en été, de onze heures à trois heures, tous les jours, excepté le dimanche ; en hiver, les mardi , jeudi et samedi aux mêmes heures. Elle fut fondée en juin 1 T‘.)3, parle décret de réorganisation du Muséum, et entièrement consacrée aux ouvrages traitant des sciences physiques et naturelles. Elle se compose actuellement de vingt-huit mille volumes ainsi classés :

Histoire naturelle générale et topographique, botanique, physique, chimie, minéralogie, géologie, paléontologie, physiologie humaine comparée, anatomie humaine, anatomie et physiologie comparées, zoologie, mémoires des sociétés savantes, journaux et recueils scientifiques et littéraires, voyages, collection de peintures sur vélin.

Cette collection de peintures est probablement la plus importante qu’il y ait au monde. Elle fut commencée en 1640 par les ordres de Gaston d’Orléans, pour servir à la description des plantes rares de son jardin de Blois. Après la mort de Gaston, Louis XIV acheta cette collection et la plaça à la bibliothèque royale , d oii, en 1 / 9 i, elle passa dans la bibliothèque du jardin des Plantes. Elle renferme maintenant plus de cinq mille vélins, distribués dans quatre-vingtonze portefeuilles. Commencée par le peintre Robert, elle tut continuée par Auhriet, mademoiselle Passeporte, Bessa, Chazal , Iluet, Joubert, Maréchal, Meunier, Oudinot, Prêtre, Redouté, mademoiselle Riché, Turpin, van Spaendonck, de Wailly, Werner et quelques autres.

En sortant des bâtiments situés sur la rue à laquelle l’illustre Buffon a donné son nom, on retrouve avec plaisir les belles allées de marronniers et de tilleuls du jardin, après avoir parcouru les nécropoles de la science, après avoir passé quelques heures au milieu des débris de toutes sortes, débris humains, débris d’animaux, débris de végétaux, c'est, avec une profonde volupté qu’on respire le grand air imprégné de parfums, et qu’on repose son regard sur des groupes animés de jeunes mères et d’écoliers pétulants. Sans se dissimuler le prix infini des collections qu’on vient de visiter, on se dit tout bas qu’après tout, vivre ce n’est pas étudier, c’est marcher, c’est contempler les vivantes merveilles de la création au milieu desquelles l'homme a été placé comme le témoin de Dieu. Le soupir de bonheur, ou le cri d’admiration que nous

arrache la vue d’un beau paysage, d’un bel arbre, d une belle fleur, est plus agréable à l’Auteur du

La colonne de Daubenton.

monde, soyons-en sûrs, que l’effort de notre intelligence pour pénétrer ses secrets. L’Artiste suprême

Le cèdre du Liban.

aime mieux les naïfs et les simples que les raffinés acharnés à la critique de ses œuvres.

La fondation du iardin des Plantes remonte à 1036.

G est Guy de la Brosse, médecin de Louis XIII, qui en conçut la première idée, et la fit goûter à ce prince. Toutefois on ne songeait alors qu’à la culture des plantes médicinales. Peu à peu la collection devint plus considérable. Tournefort l’enrichit, au retour de ses voyages dans le Levant; Bernard de Jussieu et Sébastien Levaillant, par leurs courses et leurs savantes herborisations en France.

Guy de la Brosse, premier intendant du jardin «lu Roi, fit sa première leçon publique en 1040. Après lui, cet établissement fut négligé; mais il se releva parles soins de Valut et de Sayon, qui le repeuplèrent d un très-grand nombre de plantes qu’ils avaient fait venir des pays étrangers, du Languedoc, de la Provence, des Alpes et des Pyrénées, et dont le catalogue se monta, en 1065, à plus de quatre mille, sous le titre de Horlus regius. A partir du 7 janvier 1099, la surintendance du jardin du Roi fut affectée au premier médecin du roi. En 171 S, elle fut donnée à Pierre Chirac, premier médecin du régent. En 1732, le roi nomma surintendant du jardin, 1 )ufay, de l’Académie des sciences. Enfin, en 1739, Buffon prit en main l’administration de ce grand domaine, et tout se perfectionna, s’agrandit, prit une forme majestueuse. Des voyageurs envoyèrent à l'envi au Muséum les richesses naturelles des quatre parties du monde. La science de la culture devint plus générale et plus certaine par les travaux assidus de Thouin. Daubenton et Jussieu soumirent à une savante classification les végétaux, les minéraux et les animaux.

Daubenton fut un des plus célèbres naturalistes, une des plus grandes gloires du jardin des Plantes ; il était né le 29 mai 1710 a Montbard, qui est aussi la patrie de Buffon. Pendant cinquante ans qu’il a été garde du cabinet, Daubenton s’occupa constamment d’enrichir et d’ordonner cette collection, qui, par ses soins, est devenue la plus considérable et la plus précieuse de 1 Europe. Il lut un des rédacteurs de la première Encyclopédie. Les services que Daubenton rendit a la science comme professeur sont immences. Il est le premier qui ait été autorisé à faire publiquement un cours d'histoire naturelle. Une des chaires du Collège de France fut convertie en sa faveur en une chaire (h1 cette science.

Lorsque la Convention eut érigé le jardin du Roi en école publique sous le nom de Muséum d’histoire naturelle , Daubenton y fut nommé professeur de minéralogie, et il en remplit les fonctions jusqu'à

Le jardin des liantes, vu à vol d’oiseau.

sa mort. En 1799 il fut élu membre du sénat; mais il ne jouit pas longtemps de cette dignité : il mourut, frappé d’apoplexie, à une des premières séances auxquelles il assista. Une colonne de granit fut éle-

15 Cent, la livraison. — 47e Livr.

vée en son honneur sur un des tertres du jardin des Plantes.

Quant à Jussieu, qui aida Daubenton dans la classification des minéraux, des végétaux et des animaux,

Aux bureaux de l’Iliustration, rue de Richelieu, 60

il était le fils de Bernard de Jussieu, qui rapporta d’Angleterre dans son chapeau, dit la chronique, ce grand et beau cèdre qui est aujourd’hui une des merveilles du jardin.

PARIS. TYP. DE F1RMIN DIUOT, 56, RUE JACOB. 20 C. par la poste.

l’ABLEAU 1)E PARIS

Quand on voit quels hôtes vivent dans ce jardin des Plantes, on .se demande si Fon n a pas a craint re, chaque jour des accidents. Supposons une révolté parmi cette population carnassière? Supposez un lion qui s’échappe et se répande par la ville? \ oyez-vous d’ici se renouveler sur le quai des Tournelles 1 épisode de la mère de Florence? cependant la chronique n’a jtas eu encore à enregistrer des laits de ce genre. Nous voyons seulement dans le Jourrnd de l'Estoile, que, le 1 “2 juillet 1585, un loup rompit sa chaîne au faubourg Saint-Marcel, et, passant la rivn re a la nage, alla dévorer un enfant à la Grève, « chose prodigieuse et de mauvais présage » ajoute le journaliste. Le 20 mars 1850, le plus énorme loup de la ménagerie rompit sa chaîne dans la soirée , et s’élança dans les allées du jardin avet l’impétuosité et la rage de la liétc fauve; l'alarme fut donnée aussitôt, et lâchasse commença aux tlambeaux , rien n’y manquait : bois

touffus, terrain accidenté, fossés profonds. Cette chasse dura deux heures , enfin le loup traque de toutes parts se trouva acculé au mur du cabinet de géologie, et. l’on s’en rendit maître. Un gardien fut

assez grièvement blessé à la main.

Cette ménagerie, qui fait le bonheur et l’admiration du bourgeois parisien , n’a été établie au jardin des Plantes de Paris que depuis soixante et quelques années seulement. Ce fut Bernardin de Saint-Pierre qui proposa de joindre au cabinet et au jardin une ménagerie. Elle était toute trouvée : il n'y avait qu’a adopter la ménagerie qui existait depuis longtemps déjà dans le jardin de Versailles.

Cette ménagerie se composait tout simplement de cinq animaux étrangers : 1° le couagga , une espèce de cheval zébré à la tête et aux épaules ; 2° le babal , un petit bœuf qui tient du cerf et de la gazelle : il avait été envoyé, en 1783, au roi de France par le dey

d’Alger; 3° le pigeon huppé de File de Banga, admirable oiseau d’un plumage bleu, couronné d une superbe aigrette en forme d’auréole ; 4° le rhinocéros

de l’Inde ; 5° le lion du Sénégal.

Tout le reste de la ménagerie avait été dévasté dans les jours les plus tristes de la révolution. Un beau matin l’émeute était entrée dans cette ménagerie, avait ouvert les cages, et lancé dans le jardin, et même dans la ville de Versailles, des loups, un dromadaire, des singes, puis chacun s’était mis à faire la chasse de ces animaux à coups de fusil. Le peuple voulait se donner un plaisir de prince.

Grâce aux intercessions de Bernardin, il fut décidé qu’une ménagerie serait établie au jardin des Plantes, que la ménagerie de Versailles y serait transportée, et

aussi la ménagerie du Raincy.

Parmi les animaux de la ménagerie de Versailles, il y en avait un, le lion, à qui on avait donné pour

Evasion d’un loup au jardin des Plantes.

compagnon un chien braque : le chien et le lion étaient les meilleurs amis du monde. Ils jouaient ensemble, non pas comme deux lions, mais bien comme deux chiens. Nous avons vu plus tard l’exemple d’une amitié aussi étroite entre un autre lion et un autre chien. Vers 1838, un vieux lion qui se trouvait à la ménagerie ne pouvait se passer du chien qui était son compagnon de cage. Un jour, on enleva ce chien à ce lion ; celui-ci poussa des rugissements terribles, battit ses lianes avec sa longue queue, se précipita contre les barreaux, puis tomba finalement dans une profonde mélancolie, refusant de toucher aux aliments que lui présentait son gardien. Au bout de quelques jours on lui rendit son ami, et il reprit sa joyeuse humeur d’auparavant. Nous pourrions citer bien des traits semblables.

C’est particulièrement depuis trente ans que le Muséum et le jardin des Plantes sont parvenus au degré de magnificence qui les distingue parmi les

établissements du même genre que Fon cite en Europe. Le nombre des professeurs est devenu plus en rapport avec la somme des connaissances modernes. Non-seulement des corps de sciences, mais des subdivisions de ces sciences, ont en des professeurs titulaires.

Mais, pour enrichir ce jardin des Plantes et ce Muséum, que d’efforts, que de dévouements il a fallu! « La vie, a dit .Iules Janin, n’a été donnée à l’homme que pour la pouvoir sacrifier, comme ou donne une dernière preuve d’obéissance et de respect, a ses espérances et à ses convictions. Tel s’est, fait tuer a Austerlitz, à Wagram, à Waterloo, pour avoir son nom écrit dans le bulletin impérial : qui ne comprendrait pas que, pour compléter son herbier, un jeune savant de trente ans aille chercher la peste et la mort sur les montagnes de I Himalaya. Celui-ci veut bien prendre ii lui tout seul toute une batterie de canons qui tonnent, mais il fuirait épouvanté s il lui lallait aller

dérober dans son antre les petits d’un tigre et de sa femelle. I tien merci ! de quelque genre que soit la' gloire que Fon cherche, c’est toujours de la gloire. » Et il cite à ce sujet le nom des intrépides missionnaires de la science, M. de Godefroy, mort à Manille, dans une émeute; M. Havet, mort à Madagascar, épuisé de fatigues; et le plus célèbre de tous, cet intrépide naturaliste, ce grand écrivain, cet es prit plein de charme, Victor Jacquemont, mort à trente ans dans l’Inde, au bout du monde. Pauvre Jacquemont !

Parmi les hommes qui ont le plus fait pour la gloire de la science et du Muséum, celui dont le nom vient tout de suite sur les lèvres, c’est Cuvier, le grand Georges Cuvier, puis Geoffroy Saint-Hilaire. Après ceux-là MM. Flourens, de Jussieu, de Blainville, Isidore Geoffroy Saint-Hilaire, Milne-Edwards, Valencienne, Brongniart, Gaudichaud et quelques autres occupent une place très-distinguée.

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