‹ Tableau de Paris (volume 2)Chapitre 117 sur 230 · CHAPITRE XX. — LE LONG DE LA SEINE (Suite · texte numérisé non relu

CHAPITRE XX. — LE LONG DE LA SEINE (Suite

Distique sur le capitaine rapporteur.

A ingt-quatre heures de paysage hors de tour.

sont couverts de pattes de mouches hiéroglyphiques qui feront le désespoir des Champollion de l’avenir. Parmi les phrases décousues que je suis parvenu à déchiffrer, j’ai remarqué celle-ci, qui décelait une âme réfractaire tourmentée par le démon de la jalousie : O Clémence, que fai: -lu en ce moment? Un crayon sceptique avait griffonné au-dessous de cette exclamation partie du cœur, cette inconvenante réponse : Imbécile, elle te fait... Je n’achève pas... je veux croire que Clémence a été calomniée.

Dans les cellules de la maison d’arrêt, le pauvre diable de prisonnier n’a [tas même la moindre araignée à apprivoiser pour charmer les loisirs de la prison ; tout est nettoyé, balayé, épousseté avec un soin méticuleux et désespérant ; la paille humide est figurée par un lit confortable. Une cantine forme une annexe de la maison, et pourvoit à la nourriture des hôtes au plus juste prix. Le déjeuner est servi à dix heures. Après ce repas , le prisonnier est lâché dans un préau en été, dans un ehauffoir en hiver, oii il retrouve ses compagnons de captivité.

Les longues heures de solitude que l’on vient de passer impriment une énergie nouvelle aux instincts de sociabilité des prisonniers; déplus, l’administration humaine et prévoyante met à la disposition de ses pensionnaires des cartes et des rafraîchissements. Malheureusement quatre heures sonnent, et alors que des liens sympathiques se sont formés autour de la table , un impitoyable guichetier vient vous enlever à ces amitiés

improvisées dont il ne restera plus trace demain. Barbarie sans nom ! arracher deux joueurs de piquet unis par l'infortune, et briser impitoyablement la chaîne

Sixième l> dure faits divers.

fraternelle qui les retient autour d’une quinte! L’heure est venue de dire adieu à cet inconnu que le hasard a tait votre ami pour un instant, et de rem inter dans la

cellule pour vous livrer à une sixième lecture d’un numéro de journal.

Au milieu des banales cellules de la maison d’arrêt, il en est une qui a une grande réputation, la cellule n° ! 4 ou des artistes. Elle forme un petit musée très-curieux et trèsintéressant. Parmi les gardes nationaux récalcitrants, les artistes ont de tout temps marqué par leur invincible antipathie pour les loisirs du corps de garde. Celte répulsion fâcheuse pour la loi , heureuse pour l’art, a conduit à la cellule n° 14 une foule de peintres et de poètes qui font du paysage et des vers hors de tour. Ils ont consigné leur passage en ce lieu par de charmantes pochades, en artistes insouciants qui dépensent partout où ils se trouvent leur argent et leur esprit. Peintures, crcquades, poésies, caricatures, tout cela est confondu et compose un très-piquant assemblage; la satire domine, cela devait être. Le dessinateur a reproduit ici quel ques échantillons pris au hasard. Une boutade de Decamps, qui a si ingénieusement figuré l’incarcération d un bonnet à poil, vulgairement nommé ourson, dans lascènequi représente un ours couché. Un médaillon de Théophile Gautier montre un côté inattendu du talentdu poète. Français a payé sa contribution en peignant un de ces paysages donxet tranquilles tels que les rêvent les imaginations sereines. Devéria a fait figurer une sorte de génie dans cette demeure : ce n’est pas le génie de la liberté; c’est peut-être celui de l’espérance qui précède la liberté dans les désirs du prisonnier. Frédéric Bérat,

l’auteur de Ma Normandie, a griffonné une chansonnette; Alfred de Musset a écrit des vers charmants; Alexandre Dumas a improvisé un poème épique : chacun a laissé sa carte.

15 Cent. LA LIVRAISON. — 48* Livr.

Et maintenant , lecteur , n’oubliez pas ce vers qui pourrait être la de\ ise du garde national, et qu’llorace adressait sans doute à quelque réfractaire de la milice romaine :

Aux bureaux de l'Illustration, rue de Richelieu, 60.

Militiæ quanquam piger cl malus, ulilis urbi- Gomment se fait-il qu’un classique n’ait pas encore songé à conduire cette citation latine en prison... dans la cellule n° 4 4'?

paris, tvp. de firmin DiDOT, 50, HUE jacob. 20 C. par la poste.

Prison de la garde nationale. — Décoration de la cellu'e n° 14, dite des Artistes

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