CHAPITRE XXI. — LE LONG
DE LA SEINE (Suite
La quantité exacte du liquide est aussitôt indiquée par un tube en verre gradué , appliqué extérieurement à la cuve.
La fabrication des alcools forme une branche importante de production et de commerce. La production totale peut être évaluée de 120 à 130,000 pièces de 6 hectolitres chacune. La consommation en France est de 75,000 pièces de trois-six ; plus 20,000 pièces environ pour les coupages. Paris entre à lui seul, dans cette consommation, pour 1,000 fûts par mois.
Voici, d’après les rôles d’exercice, l’emploi des 12 millions d’hectolitres qui sont annuellement produits en France :
Consommation des propriétaires
récoltants . 9,000,000 hect.
Déchet pour transport , perte en
magasins . 5,900,000
Fabrication d’alcool . 6,400,000
Fabrication de vinaigre . . . 500,000
Exportation . 1 ,200,000
Quantité atteinte par l’impôt . . 15,700,000
Différence livrée à la fraude . . 3,300,000
Total. . . 42,000,000
Le département de la Seine ;st un des centres principaux lu commerce des vins. Il y jpère annuellement sur un cantal de 120,000,000 de francs jour les vins , et de 30 à 10,000,000 de francs pour les spiritueux. C’est donc une vaeur totale de 150 à 160,000,000 le francs en circulation poi r œtte branche decommerce. Les leux places principales de ce nouvement sont Bercy et l’enrepôt de Paris. Mais Bercy >père sur des quantités dociles au moins , ainsi que le ;onstate ce relevé, fait en 1814 var l’administration des conributions indirectes :
11 est sorti de l’Entrepôt, en 1844 :
Pour la consomma-
ion de Paris . ,326,577 h. 13 I.
Pour l’extérieur. . 452,227 >'93 »
Total.. . . 778,805h.05 1.
Il est sorl i de Ber- ;y, en 1844 :
Pour la consommaion de Paris . 619,272 1t. 24 1.
Pour l’extérieur. . 976,952 » » »
Au total. . . 1,596,224 h. 24 I.
Cette supériorité de Bercy sur l’Entrepôt s’explique par les facilités qu’offrent aux négociants les dispositions de la berge et du port de cette commune, tandis pie l’ordre et la régularité indispensables àl’adminis- ;ration de l’Entrepôt semblent autant d’entraves qui m éloignent un commerce actif et indépendant de sa nature. Les diverses phases de ce commerce ont eu également une action incontestable qu’il est intéressant d'étudier.
Sous l’empire, à l’époque de la création de l’Entrepôt par Napoléon, tout le commerce de l’approvisionnement en vins se trouvait entre les mains d’une vingtaine de négociants, qui, sous le nom de marchands forains, achetaient en gros toute la récolte d un département, et la vendaient immédiatement aux détaillants de Paris.
L’établissement de l’Entrepôt modifia profondément cet état de choses 5 et lorsque la paix vint donner un nouvel essor aux transactions commerciales, il devint le principal marché des vignobles de France. Les années 1816 et 1817 furent la période de prospérité de l’Entrepôt. On se disputait la location des caves à peine construites. Ces caves étant insuffisantes, le commerce reflua sur Bercy, dont les principaux propriétaires, MM. Nicolai et Louis, surent exploiter ha¬
bilement. la position. La loi du 28 avril 1816, rendue sous leur influence, dégagea le commerce des formalités gênantes qui l’avaient contraint à se jeter dans l’Entrepôt et favorisa la concurrence de la commune rivale , qui n’a fait depuis que s’accroître jusqu’au point où nous la voyons aujourd’hui.
Le personnel des commerçants a subi également de grandes modifications. Les anciens marchands forains, qui avaient autrefois le monopole de l’approvisionnement, sont devenus aujourd’hui de simples mariniers, constructeurs de bateaux. Us sont remplacés par les marchands en gros, spéculateurs qui achètent aux vignobles, et par les commissionnaires, banquiers entremetteurs des petits propriétaires. Ceux-ci revendent aux marchands en demi-gros, qui fournissent aux riches maisons bourgeoises, et alimentent le commerce de détail, qui comptait, au 1er janvier 1845, 6,266 marchands de vin.
Enfin, le service des huiles d’olive complète l’établissement de l’Entrepôt. Le bâtiment qui leur est affecté borde la rue Cuvier, et forme l’extrémité orientale du périmètre. Son importance est minime, comparée aux deux catégories des spiritueux. Le maximum des quantités d’huile entreposées a été, en
X 11e intérieure d’un cellier à \ in
1846, de 1,500 fûts. Ce nombre a décru cùaque année ; il n’était plus que de 800 fûts en 1843, et il 11’est plus que de 400 aujourd’hui.
Cependant la consommation du département de la Seine est d'environ de 300 à 350 hectolitres d’huiles de graines, œillette, navette et colza, par jour. Ce qui représente une valeur de 12 à 13,000,000 fr. par année, plus 1 ,000,000 fr.pour l’huile d’olive. Mais Rouen reste le principal marché pour cette denrée , et c’est sur cette place que s’approvisionnent les négociants parisiens, au fur et à mesure de leurs besoins.
Nous avons parcouru les diverses branches du service de l’Entrepôt, après en avoir d’abord apprécié l’ensemble. Ce vaste développement de constructions est aujourd’hui à peine terminé, car elles n’ont été achevées qu’en 1835. La dépense s’est élevée de 30 a 35,000,000 fr.
Le revenu est comparativement modique. Le produit des locations des caves et celliers, qui forme le revenu de l’Entrepôt, n’était, en 1838, que de 321,904 fr. 35 c. 11 ne s’est élevé, en 1844, qu’à 335,159 fr. 89 c. Ce n’est donc au plus qu’un pour cent du capital dépensé. La perception des droits sur les marchandises entreposées a été, pendant la même année, de 9,831,502 fr. 96 c., savoir : pour les droits
d’octroi, 4,982,938 fr. 41 c., et pour les droits d’entrée , à 4,848,504 fr. 55 c.
Toutefois, malgré les améliorations qui ont été successivement introduites dans l’organisation de l’Entrepôt par l’administration municipale, I infériorité de cet établissement, comparativement aux localités rivales, ne résulte pas seulement des nécessités spéciales et des tendances du commerce ; il faut reconnaître que les diverses parties de l’Entrepôt ne sont pas toutes disposées de la manière la plus convenable pour les besoins du service. Ainsi, les portes des caves sont trop étroites, et les fûts de forte jauge ne peuvent y entrer de roulée. D’un autre côté, les vastes magasins de l’Yonne et de la Marne ont été construits comme si on avait dû y emmagasiner des fourrages. Ils ont une telle hauteur, qu’ils causent aux locataires une déperdition considérable, par suite de l’évaporation des liquides. Cette évaporation , ayant toujours lieu en raison du vide qui existe dans les magasins, est en général dans les caves de 2 à 3 pour 100, et dans les celliers, de 7 à 8 pour 100. La température atmosphérique a également une grande influence. Des alcools mis en magasin par un froid de — 10° ne présenteront aucune déperdition, et perdront 20 pour 100 d’évaporation s’ils sont entrés en juin ou juillet.
Cet inconvénient est sans remède; mais il serait facile d’améliorer une autre partie du service, en réduisant à 12 mitres la largeur des rues de circulation, qui est aujourd’hui de 22 mètres, et en disposant a l’usage des trottoirs en avant des magasins le surplus de la largeur. Cette disposition permettrait de contre-balancer les avantages du port de Bercy, eu livrant aux négociants en avant des celliers un espace libre pour les transactions faites immédiatement sur le carreau du marché avant l’emmagasinage des fûts.
Une autre amélioration qui assurerait la prospérité de l’Entrepôt serait la construction dans son intérieur d’un local ou les négociants de vins et spiritueux pourraient se réunir pour traiter leurs affaires en commun. Ce projet, est en ce moment à l’étude, et tout fait espérer que l’administration en décidera l’exécution. Mais un des progrès les plus utiles pour l’Entrepôt serait d’arriver à rendre plus commodes et moins longs les moyens de communication entre le port annexe et l’établissement meme, au moyen peut-être de quelque voie ferrée souterraine ; il résulterait évidemment de grandes dépenses de ces travaux, mais on en verrait promptement les heureux résultats.
Ces améliorations compléteraient celles qui ont été déjà signalées à l’administration municipale par le conservateur actuel de l’Entrepôt, M. Sari, qui s occupe avec une louable sollicitude des intérêts de 1 établissement important dont la direction lui est confiée. L’Entrepôt doit déjà beaucoup a son activité, et nous avons obtenu de son obligeance un grand nombre d’utiles renseignements dont nous avons profité dans le courant de cet article. Au reste, quelle que soit la suite qui sera donnée a ces projets utiles d amélioiation, l’ Entrepôt des vins 11e peut manquer de sattiibuer une part importante dans le mouvement du commerce fies spiritueux, qui prend chaque jour un plus grand développement. 11 y tiendra toujours sa place comme un des monuments les plus intéressants et les plus vastes que l’administration ait élevés dans la capitale à un commerce spécial.
15 Cent, la LIVRAISON, — 49p ET 50e Livr.
Aux bureaux de l’Illustration, rue de Richelieu, CO,
A RI S. TYP. DE FI RMI N DIDOT, 50. RLE JACOB- 2?) par la peste.
CBiagiitre XXII.
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