CHAPITRE XXII. — LE LONG DE LA SEINE (Suite
table voyage dans le pays des chimères. Nous voudrions que ceux d’entre eux qui se sont laissé aller à toutes sortes de rêves poétiques, sur l’aspect séduisant que devait présenter les naïades de Paris au milieu de leurs ébats les plus folâtres , pussent être
Pendant.
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d’ailleurs avec une simplicité de bon goût qui fait honneur à son propriétaire, et nous devons le féliciter de n avoir pas transformé son établissement en une sorte d Alhambra de sapin, à 1 imitation de ses confrères h s entrepreneurs de bains d hommes. La disposition
Pendant.
Une naïade.
lées aux longues tresses des nymphes de l’antiquité. L’école de natation de File Saint-Louis est décorée
pinterieure est toutefois la même que dans |jles bains destinés au sexe le plus fort. Il y ,Jes cabinets en pente, des échelles pour j- descendre, des cordes pour se suspendre. J >ans les bains de File Saint-Louis on conduit les pensions de demoiselles, et l’on a remarqué que les jeunes filles montrent généralement pour ces ébats un goût plus vit et plus passionné que les jeunes garçons. Les femmes nagent moins que les hommes ; cependant plusieurs d’entreelles donnent des têtes et plongent. Il est vrai (pie la profondeur de l’eau exclut toute idée de danger sérieux.
Il y a dans les écoles de natation un maître de nage et les femmes qui font le service des cabinets s appellent des Marinières.
Bien que la clientèle des bains de Vhô- Irl Lambert ait, ainsi que nous l’avons dit, une physionomie différente de celle des établissements rivaux, on y rencontre pourtant encore en assez grand nombre les héroïnes de la galanterie et du plaisir opulent, et surtout des noms habitués aux feux de la rampe et aux bravos publics. Mais la surtout on se divise en deux camps, les femmes renommées font bande à part; toutefois, on doit le dire, les autres ne viennent pas les chercher. Qui se ressemble s’assemble, a dit le plus juste des proverbes.
L’égalité la plus parfaite règne d’ailleurs au milieu de toutes ces femmes appartenant aux diverses illustrations de la scène, des bals nommés champêtres et des drames réels dont le théâtre se trouve aux sommités <
admis un seul instant dans cet Éden si bien abrité contre les regards indiscrets ; quelques minutes d’examen suffiraient, et au 'delà, pour les ramener au sentiment de la plus vulgaire et de la plus prosaïque vérité. Un grand artiste, Daumier, s’est chargé de déchirer, à l’aide de son âpre (d énergique crayon, le voile des illusions décevantes, et nous nous empressons de renvoyer les cerveaux trop inflammables à la collection du Charivari. En attendant, il nous suffira peut-être de décrire scrupuleusement le costume des baigneuses.
Qu’on se figure une sorte de camisole froncée au cou, à la taille, dont les basques, descendant jusqu’aux hanches, recouvrent la ceinture d’un pantalon fort ample , également froncé et coulissé. Si la camisole monte jusqu’au cou, le pantalon descend jusqu’à la cheville, et tous les deux sont, ainsi que le serre-tête qui complète cette parure, taillés dans une grosse étoffe de laine brune , bleue ou noire, et roide comme de la tôle, afin de mieux dissimuler les contours. Les coquettes ont imaginé, pour égayer cet uniforme grotesque, des ornements plus ou moins ingénieux, mais également laids , entre autres une sorte de ruche ( en langage technique, une chicorée) qui consiste en un mban de couleur dont elles bordent l’habillement complet. Quelle mythologie ne reculerait pas devant une pareille description? et l’on voit tout de suite quelle 'norme différence sépare la prétentieuse chicorée de îos baigneuses, des roseaux et des algues vertes mê-
Bains Lambert, éeole.de^natatiou pour les dames.
Aux bureaux de l'Illustration, rue de Richelieu, 60.
15 Cent. LA LIVRAISON. — 51e Livr
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tier d’Antin; et même les rares individualités qui I d’une vie retirée, ne s’écartent pas trop des ceinn’aspirent qu’à la gloire modeste du ménage et | tures dorées, qui se livrent en leur compagnie à
Kntr’acte.
si la distinction apparaît au sortir de l’eau, quand ces baigneuses se pressent autour des tables du café annexé à l’établissement. Règle générale, celles qui sont
Baigneuse.
Ronde de naïades.
inscrites en plus gros caractères sur le livre trompeur de la mode se dirigent de préférence vers les plateaux chargés de rhum, de punch, et d’autres liqueurs
Pour une maladie de nerfs.
d’innocents ébats, à des danses aquatiques ressemblant peu à leurs danses sur la terre ferme. A peine
Après.
masculines, tandis que les réputations intactes se contentent de la classique eau sucrée, et 11e vont guère au delà du petit verre d’anisette.
Baigneuse.
Avant de passer dans la Cité, je ne dois pas oublier l’Arsenal, ce vieux monument qui a joué un rôle si important sous nos rois, et qui, après avoir remisé les canons, les fusils à mèches, les sabres, les piques et les épées, n’a plus aujourd’hui pour hôtes que des livres. L’Arsenal est situé sur la rive droite du lleuve, un peu au-dessus de File Saint-Louis. Le plus ancien arsenal que nous ayons eu en France était établi au Louvre. Les comptes des baillis en font mention en 1215. D’autres documents authentiques constatent qu’en 1391, la troisième chambre de la tour du Louvre était remplie d’armes. Plusieurs autres dépôts de guerre furent ensuite successivement établis à la tour Saint-Paul, à la tour de Lilly, à celle du Temple et à la Tournelle.
C’était donc près du séjour des rois, dans le quartier le plus populeux, que la ville de Paris avait établi son dépôt d’armes. Hugues Aubriot, prévôt des marchands, avait amassé dans le monument appelé plus tard l’Arsenal une quantité de maillets de plomb pour en armer au besoin les Parisiens contre les ennemis; mais, en 1382, une troupe de gens enfonça les portes, s’empara des maillets et s’en servit contre le roi : de là le surnom de Mail/ottins donné à ces séditieux. En 1563, on lit transporter à l'Hôtel de ville une partie des armes des Parisiens, mais le dépôt le plus important était à l’Arsenal, appelé alors les Granges de l’artillerie de la ville. François Ier avait fait demander une de ces granges pour y établir une fonderie de canons: elle lui fut allouée d’assez mauvaise grâce ; il n’en obtint ensuite une seconde que sous la condition expresse de les rendre toutes deux aussitôt que la fonte serait terminée.
Une seule grange fut d’abord cédée à Henri 11, à la charge d’une indemnité qui fut toujours promise et jamais réalisée.
Devenu plus tard possesseur de tout l’enclos, Henri 11 y fit construire de nouveaux moulins à poudre et deux halles. Tout fut détruit par l’incendie du 28 janvier 1562. Charles IX éleva (h1 nouveaux bâtiments, qui, sous Louis XIII et Louis XIV, furent remplacés par des édifices plus élégants et plus réguliers d’après les dessins et sous la direction de Germain Batlrand. Mignard, à son retour d’Italie, couvrit de peinture le beau salon du grand maître de l’artillerie. Louis Xl\ voulut éloigner d’une population nombreuse et turbulente le foyer de tant d’éléments de destiuction, et lit établir de nouvelles fonderies et de nouveaux magasins a poudre sur des points plus rappiocliés de nos places fortes. Les fonderies de l’arsenal de Paris ne servirent plus que pour couler les sta¬
tues et les ornements en bronze destinés à décorer le parc de Versailles et des autres résidences royales. Ces fonderies, au nombre de deux, étaient encore celles qu’avait fait construire Henri 11 au mois de juillet 1549.
L’Arsenal se divise en sept cours qui communiquent entre elles. Cinq composent ce qu’on appelait le grand arsenal, les deux autres le petit. C’était dans
ces dernières qu’avait été établie l’administration générale des poudres et des salpêtres. L’arsenal avait un gouverneur particulier et une juridiction spéciale qu’on appelait le bailliage de l’Arsenal. L’un et l’autre ont été supprimés en 1788. La juridiction fut réunie au Châtelet.
Henri IV avait créé la place de grand maître de 1 artillerie de France en faveur de Sully. Sous les règnes suivants on supprima cette charge, et les attributions de grand maître et de capitaine général de l’artillerie de France furent réunies au ministère de la guerre.
La force armée de l’Arsenal se composait, d’une garde provinciale d’artillerie et d’une compagnie d'invalides. Ce fut, en 1338 que furent fondus en France les premiers canons. Jean d’Estrées en perfectionna le mode de fabrication en 1560.
Sur la porte principale de l’arsenal est encore aujourd’hui ce distique latin attribué à Nicolas Bourdon, élève de Passerat et professeur d’éloquence grecque au Collège de France:
Ætria hæc ffrni ico Vulcania lela ministral,
Tela giganteos debellatura fnrores.
L’administration des poudres et salpêtres est toujours à l’Arsenal; quant à la bibliothèque établie aujourd'hui dans ce monument de guerre, elle est remarquable par le nombre et le choix de ses livres. Elle avait été achetée aux héritiers de M. de Paulmy d’Argenson par M. le comte d’Artois, depuis Charles X. Mais la bibliothèque de Paulmy d’Argenson nt* fut que le noyau de la bibliothèque d’aujourd'hui. Pendant et depuis la révolution, elle a été considérablement augmentée. Elle -est ouverte tous les jours au public, depuis dix jusqu’à trois heures. Charles Nodier est mort bibliothécaire à l’Arsenal.
Sur l’emplacement du jardin de l’Arsenal on a bâti le grenier de réserve; un édifice très- utile sans doute mais d’un aspect fort triste et qui peut, tout d’abord, passer pour une prison. La première pierre du grenier de réserve fut posée en 1807. Cet édifice est formé d’une longue ligne de cinq pavillons carrés, liés par quatre grands corps de bâtiments.
Pour être complet, il faut signaler, derrière les magasins de réserve, une maison de fort humble apparence, sur laquelle est inscrit : « Capsulerie de guerre. » Rappelons en passant que la fabrication des capsules est une des plus dangereuses : elle compte autant de victimes peut-être que l’industrie du doreur ou du préparateur de céruse et de couleurs à base de plomb. Rien de plus fréquents que l’explosion inattendue et meurtrière fies poudres fulminantes qui entrent dans la capsule ; il suffit de la plus légère imprudence d’un ouvrier pour causer d’incalculables désastres. On raconte que chacun d’eux travaille isolément dans une espèce de loge, aux murs épais, et capables de braver toute explosion, de sorte qu’il n’expose (pie sa personne. Chaque loge porte inscrit le nom de ceux qui y ont péri par suite de leur imprudence, avec la date du désastre, et l’ouvrier ressent d’autant plus la nécessité des plus grandes précautions, à la vue du sinistre nécrologe qui frappe sans cesse son regard.