CHAPITRE XXIII.— LE LONG DE LA SEINE (Suite
État du chœur de Nolre-1
Le progrès des lumières oppose au [retour de ces déplorables excès une barrière insurmontable.
On ne sait rien de certain sur l’époque précise de la fondation de l’église métropolitaine de Paris. On a voulu faire remonter cette fondation à Childebert Ier,
lame et de 1’; r chevêche, après la mort de Maurice de Sully] ( dernières
tils de ( devis, vers 322. D’autres ont pensé, avec plus de raison, que les fondements de la métropole ont été jetés en 1010, sous le règne de Robert, successeur de Hugues Capet. Ceux qui attribuent à cette église une existence plus ancienne s'appuient sur deux faits his-
annees du douzième siècle]).
toriques : un concile fut tenu en 829 dans une église de la Cité, sous l’invocation de saint Étienne, et les Parisiens y déposèrent, en 825, le corps de saint Germain, lorsque les Normands assiégeaient la Cité. 1 Quelle qu’ait été l’époque de sa fondation, l'ancienne
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église de Notre-Dame tombait en ruines lorsque Mau- I vice de Sully, évêque de Paris, entreprit de la faire reconstruire. Les travaux commencèrent en 1103. Le |
| |15 Cent. LA LIVRAISON. — 52' Livr.
A uc generale [irise ou cote ne la nouvelle sacristie.
pape Alexandre III en posa la première pierre. En 1 182, le maître-autel fut consacré par Henri, légat du saint-siège.
Aux bureaux de l'Illustration, rue de Richelieu, 60.
L’édifice a cent trente mètres de longueur sur quarante-huit de largeur et trene- inq de hauteur; il se compose de trois portiques. Celui du milieu est le
PARIS. TYP. UK PIRMI.N ÜIDOT, 56, RUE JACOB. 20 C. par la poste.
plus élevé. Deux tours s’élèvent au-dessus des portiques latéraux. Celui de la tour septentrionale est décoré d’un zodiaque ; on y remarque onze signes. Le
douzième, celui de la Vierge, est isolément adossé
au pilier qui sépare les deux portes, et exécuté dans une plus grande dimension. Cette figure et son piédestal ont été rétablis depuis une trentaine d’années.
Les deux tours ont soixante-huit mètres d’élévation. Les portes, les portiques sont couverts d’ornements en fonte de fer, exécutés par un serrurier trèshabile, Bisconel. Cet ouvrage parut uu prodige; on ne voulut pas croire qu’il fût l’œuvre d’un homme, et on l'attribua au diable.
La tour du sud renferme le bourdon. Cette cloche pèse trente-six milliers. Elle fut fondue eu 1(580 et refondue en l(58(i. Elle eut pour parrain Louis XIV et pour marraine la reine sa femme. Le battant pèse neuf cent soixante-treize
On remarquait autrefois dans les chapelles plusieurs tombeaux, entre autres celui des dues d’Harcourt. On a placé dans une chapelle réparée, ou plutôt défigurée, en 1818, le mausolée du cardinal de Belloy, archevêque de Paris depuis le concordat de 1801. La belle statue de la Vierge, sculptée à Rome par Raggi, et qui ornait l’église des Carmes de la rue de Vaugirard, a été placée en 1818 dans une des chapelles de Notre-Dame. Au premier pilier de la nef était adossée la statue colossale de saint Christophe, érigée par le frère de Pierre Desessarts, surintendant des finances, décapité en 1413. Cette statue fut démolie en
Au bout de la nef, à droite de l’entrée du chœur, était la statue équestre de Philippe de Valois, représentant ce prince tel qu’il était en entrant à Notre- Dame pour remercier Dieu de la victoire rem-
Mais , à partir du dix-septième siècle, en voulant le restaurer, on gâte à plaisir le monument de Maurice de Sully. En 1(599, Louis XIV, pour exécuter le vœu de Louis XIII, brise le bas-relief du rond-point, détruit l’ancien maître-autel, les stalles en menuiserie du quatorzième siècle, et encastre dans le lourd revêtement de marbre que nous voyons les belles colonnes du chœur. En 1725, le cardinal de Nouilles fait refaire intérieurement la rose, une partie du pignon et les clochetons du midi, en modifiant tout profil et ornement. Il fait abattre les saillies et gargouilles qui ornaient les contre-forts, et les remplace par des tuyaux en plomb ; puis enfin il fait badigeonner l’église. En 17 41, les vitraux peints des fenêtres de la nef sont détruits; plus tard, en 1753, le chapitre de Notre-Dame fait briser les verrières du sanctuaire dont le père Dubreuil parle comme d’une merveille.
En 1771, arrive l’archi¬
livres.
C'est au treizième siècle notamment qu’il faut rapporter la construction de la magnifique façade occidentale, c’est-à-dire la plus j| belle et la plus complète partie du monument. Le style de cette façade est plein de grandeur et d’unité, et la similitude des profils qui décorent, depuis le bas jusqu’au sommet des tours, ce superbe frontispice de pierre, ne peut laisser douter qu’il n’ait été construit d’un seul jet, sans interruption.
La cathédrale de Reims est la seule dont la façade présente un pareil caractère d’unité. Cependant les tours restèrent inachevées, et les flèches en pierre qui devaient les terminer, et dont on voit parfaitement | la naissance dans les constructions intérieures, ne furent jamais élevées.
Sur toute la largeur des portiques, on voit vingtsept niches; elles renfermaient, avant la révolution, les statues des rois de France depuis Cliildebert jusqu’à Philippe- Au-
ruste
Les trente - quatre
colonnes qui s’élèvent audessus, remarquables par leur longueur et leur ténuité, sont chacune d’une seule pierre.
L intérieur de l’église est vaste et majestueux;
tecte Soufflot, qui coupe et taille à tort et à travers.
En 1780, seconde couche de badigeon; en 1787, la façade occidentale est livrée à un sieur Parvy, architecte, qui simplifie avec une grande facilité les restaurations : il promène çà et là le marteau et le rabot, supprime toute saillie qui l’importune , gargouilles, chapiteaux, moulures, colonnes, crochets; tout ce qui est eftlorescent, mouvementé , accidenté , vivant , tombe sous les coups de ce terrible démolisseur.
Arrive la révolution française, qui brise les statues, et jette au vent un musée d’objets d’art. En 1818,
nouveau badigeon , nou¬
velle restauration , nouvelle injure faite à la vieille cathédrale.
En 1847, une nouvelle restauration fut entreprise; mais celle-là fut une res- De-
tauration intelligente
puis trente ans, le goût du
Porte du Norddu portail principal.
la nef, le chœur, les bas côtés sontdivisés par cent vingt gros piliers, qui supportent les voûtes en ogives Le pourtour supérieur de la nef, du chœur et des bas cotes forme une vaste galerie ornée de cent huit colonnes, chacune d’une seule pierre. L’église est éclairée par cent treize vitraux roses de la faça diamètre. Quarante-(
sans compter les trois Ces roses ont quarante pieds de , 2iruI chapelles entouraient l’édi-
hcea 1 intérieur; elles sont actuellei trente-deux.
-ment réduites à
Le chœur, pavé de marbre, a cent trente pieds de
long sur quarante-cinq de large. Derrière l’autel est le monument
appelé le vœu de Louis XIII, qui mit le royaume sous la protection de la Vierge. Ce monument lut exécuté par Coustou en 1723. Les statues de Louis XIII et, de Louis XIV
. , — s enlevées pendant la
révolution, furent rétablies en 181(5.
portée par lui, près de Cassel, sur l’aumée anglaise.
La charpente des combles, appelée la forêt , est construite en bois de châtaignier ; elle a trois cent cinquante-six pieds de longueur, trente-sept de largeur et trente de hauteur; elle est couverte de douze cent trente-six tables de plomb, longues de dix pieds, larges de trois, et dont le poids total est de quatre cent vingt mille deux cent quarante livres.
Il fallut deux siècles pour arriver à l’achèvement de cette reine des cathédrales de France, pour terminer les innombrables détails de sculpture que nos pères y ont prodigués, le triple portail et la triple galerie de sa façade, ces portails latéraux, ces trois grandes fenêtres a vitraux, toutes ces arabesques, ces dentelles, ces colonnettes, ces statues, ces pierres travaillées à jour, qui font de cet édifice un des plus précieux du moyen âge.
gothique, le sentiment de l'architecture du moyen âge se sont développés. Des hommes studieux et graves ont étudié en silence, et retrouvé, à force de travaux et de veilles, les traditions de cette noble architecture, depuis si longtemps oubliée.
On a pu apprécier, d’après ce que nous venons
de dire, l’importance et la difficulté d’une véritable restauration de notre église métropolitaine. L’urgence de cette restauration devenait de jour en jour plus sensible; mais quelle érudition assez éclairée, quel goût assez sûr pourraient guider les artistes chargés d’un travail si délicat 1 MM. Lassus et Viollet-Leduc n’ont pas reculé devant l’immensité de cette tâche : ils s’y sont voués avec la passion qui engendre les chefsd'œuvre. Ces deux architectes avaient déjà fait leurs preuves dans la belle restauration de Saint-Germain l’Auxerrois, et dans celle non moins remarquable et non moins difficile de la Sainte-Chapelle du Palais, exécutée sous la direction de M. Dubau, et à laquelle il manque aujourd’hui bien peu de chose pour que nous revoyions ce délicieux bijou architectural dans toute sa splendeur primitive. Tous les deux se sont engagés dans un labyrinthe de recherches et d’études