‹ Tableau de Paris (volume 2)Chapitre 127 sur 230 · CHAPITRE XXIII. —LE LONG DE LA SEINE (Suite · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIII. —LE LONG DE LA SEINE (Suite

qui effrayent l’imagination. Textes anciens, chartes enfouies sous la poussière des siècles, dessins oubliés, effacés, inintelligibles, débris informes pour tout œil autre que celui d'un archéologue consommé, ils ont tout compulsé, tout interrogé, et sont arrivés à l’achèvement de leur projet au moyen de cet admirable esprit d’induction qui faisait reconnaître à Cuvier tout un animal antédulivien à la seule inspection d’une dent ou d’une vertèbre.

Et encore les créations de la nature sont-elles soumises à une merveilleuse logique qui manque trop souvent à la pensée humaine, qu’il faut poursuivre à travers les méandres capricieux tracés par l’esprit des civilisations variables et diverses. En effet, ramener tout le monument à son plan primitif, voire même à ce style unique d’une des époques qui se lisent sur sa construction, était une prétention absurde et irréalisable. 11 fui •

Grande salle du chapitre de la sacristie.

porte! si l’art est rétabli dans tout son pittoresque.

Outre cette restauration de l’ancien, il fallait ajouter du nouveau. En effet, Notre-Dame , qu’on nous permette d entrer dans ce détail canonique, est à la fois cathédrale et paroisse :

comme cathédrale, il lui fallait une grande sacristie; comme paroisse, une sacristie des messes.

Cette construction étant reconnue nécessaire , le style dans lequel elle devait être conçue ne faisait pas un doute : nos deux architectes l’ont parfaitement compris, et ont fait de la nouvelle sacristie une œuvre entièrement originale. Entre cette sacristie et celle de la paroisse se trouve enclavée une charmante petite cour, ornée d'un cloître ogival, dont les murailles intérieures sont destinées à recevoir des peintures comme le Campo SantodePise. Nous ne connaissons pas d’endroit plus propice à la rêverie que cette petite cour, oti l’on peut se croire en plein treizième siècle.

lait se transformer avec lui, retrouver le style simple, sévère et fort du treizième siècle pour la façade occidentale, le style plus fleuri, plus flamboyant, plus capricieux du quatorzième pour les façades du nord et du midi, et pour les différentes parties de l’abside qui menaçaient ruine; il fallait enfin ne pas hésiter à tailler dans le vil pour faire justice des grossiers anachronismes de Sonfflot, des profanations du maçon Parvy, du vandalisme des mauvais jours de la Révolution, de l’Empire et de la Restauration.

Nos deux jeunes artistes sont sortis à leur honneur de cette tâche inouïe : les fenêtres des tours , dégagées des horribles phalanges qui les obstruaient , respirent a pleins poumons; les grandes portes en menuiserie, d’un goût lourd et détestable, sont remplacées par d’autres semblables à celles des deux belles entrées de la façade, dont la serrurerie si élégante et si riche restera longtemps une des gloires de la serrurerie gothique. On replace paisiblement dans leurs niches depuis si longtemps désertes le Christ, les apôtres, les saints, les rois, qui complétaient si heureusement l’ornementation de cette façade.

Outre la façade occidentale, où les travaux se poursuivent avec la plus grande activité , le côté méridional de l’église, celui qui longe la Seine et les jardins de l’ancien Archevêché, est tout entrepris, à commencer 'du transept jusqu’à l’extrémité de l’abside. Des arcs-boutants ont été repris à neuf et dégagés d’un lourd empâtement en maçonnerie dont on les avait revêtus pour les consolider; on était arrivé à un résultat tout contraire en dénaturant leur forme. Les restaurateurs précédents avaient fait disparaître, sous de petites dalles minces attachés avec dex doux , les pierres de ces arcs-boutants rongées par l’âge ou par les intempéries. Cette méthode guérissait le mal à peu près comme un emplâtre guérit une plaie, et entretenait dans les parties attaquées de nouveaux et constants clapiers d’humidité et de détérioration. 11 a donc fallu reconstruire entièrement ces frêles et solide s supports de l’édifice. De tous côtés , pinacles et pyramidions mutilés sont remplacés, et il va sans dire que la forme indiquée par les aiguilles frustes est religieusement copiée et restituée dans celles qu’on taille soit sur place , soit aux pieds du monument. On avait pensé un moment à donner aux pierres neuves, au moyen d’une teinte factice, l’aspect de vétusté des anciennes. Ce petit artifice ne sera pas employé. L’air, la pluie et la poussière auront bientôt fait justice de cette nuance passagère, et les vieilles pierres auront avant peu déteint sur leurs voisines. Les fouilles qui ont été nécessitées par les travaux de restauration sont venues réfuter une erreur accréditée par le temps: il était généralement cru que Notre Dame s’élevait au dessus du sol du parvis, sur un perron de treize marches. Les marches dont il s’agit conduisaient à la berge voisine, vers l’emplacement où se trouve actuellement le petit pont de l’Hôtel-Dieu. Avant peu, ou reconstruira presque entièrement aussi le portail si efflorescent de la façade occidentale : aujourd’hui, quand on le regarde d’en bas, il menace ruine et, fait ventre de la manière la plus alarmante. Les tuyaux de descente qui donnaient au monument une certaine physionomie bourgeoise, seront remplacés par de belles et bonnes gargouilles à têtes de chimères, d’hydres, de guivres et de tarasques, qui verseront bravement l’eau sur la tête. Niais qu’im-

Verrièresdela sacristie. Saint Agilbert.

Verrières de la sacristie. Le cardinal de Condi.

L’histoire de cette église populaire et vénérée est liée à l’histoire de Paris, et même à l’histoire de France ! Que de fêtes y ont été célébrées ! que de baptêmes et de mariages royaux ! de Te Deum et de De P rofundis ! Que de générations ont passé sous ces sombres portails ! Que de drapeaux conquis par nos armes ont été suspendus sous ces antiques voûtes ! Tous nos rois y sont venus remercier Dieu de leurs victoires! tous se sont empressés d’ajouter quelque chose à sa splendeur.

Quand la révolution éclata, les Parisiens associèrent la vieille cathédrale à leur enthousiasme pour la liberté: on y chanta des Te Deum pour la prise de la Bastille, pour la nuit du 4 août, pour la séance du 4 février, pour l’acceptation de la Constitution. Bailly et la Fayette y firent le serment de consacrer leur vie à la défense de la liberté reconquise. Mais, en 1703, quand la commune de Paris tomba sous la stupide

Cour du cloître de la sacristie.

domination des hébertistes, Notre-Dame fut dépouillée de ces objets d’art et transformée en temple de la Raison. Après la cessation de ces saturnales, l’église fut fermée.

Le 18 avril 1802, une messe et un Te Deum furent célébrés pour le rétablissement officiel du culte catholique. Le 2 décembre 1804, dans cette basilique de Saint-Louis et de Louis XIV, où semblait empreinte toute la monarchie ancienne , Napoléon fut sacré, comme Pépin le Bref, de la main du successeur des apôtres.

LouisXVIlI, le3mai 1814, avant même d’aller occuper le palais des Tuileries, se rendit à Notre-Dame pour rendre grâce à Dieu de son retour sur la terre de France. En 1821, le duc de Bordeaux y reçut le baptême. Enfin, le 1er janvier 1852, Louis-Napoléon, président de la République, convoqua l'armée, la magistrature, les autorités civiles, à un Te Deum qui fut chanté dans la vieille basilique.

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