CHAPITRE XXIII
LE LONG DE LA SEINE (Suite).
Notre-Dame a eu la meilleure part des déblayements modernes de la Cité. Autrefois elle avait sur sa gauche l’archevêché , sur sa droite le cloître , et son parvis était encombré par l’Hôtel-Dieu, deux églises et plusieurs maisons. Le palais qui s’appela plus tard l’Archevêché avait été construit en 1161 par Maurice de Sully: il était le siège de l’ofticialité, devant lequel avaient lieu les duels judiciaires; il servit de citadelle au cardinal de Retz pendant les troubles de la Fronde, fut reconstruit en 1697 par le cardinal de Noailles, et embelli en 1750 par l'archevêque de Beaumont; l’Assemblée constituante y siégea à partir du 19 octobre jusqu'au 9 novembre 1789 : la Convention nationale en fit une annexe de l’Hôtel-Dieu ; ses bâtiments et ses jardins bordaient la Seine et se prolongeaient jusqu’à la pointe orientale de File par une promenade réservée appelée le terrain ISotre- Dame. L’Archevêché fut saccagé parla populace le 14 février 1831 : ses murs furent renversés , les livres de la bibliothèque ( des livres précieux), furent jetés dans le fleuve avec les meubles , les ornements et les habits pontificaux. Pendant tout un jour, la Seine charria des richesses qui heureusement ne périrent pas toutes. Depuis cette époque, l’archevêque de Paris a habité un hôtel particulier; cet hôtel est situé aujourd’hui rue Grenelle-Saint-Germain. C’est l’ancien hôtel de l’ambassade d’Autriche.
Le cloître était compris entre l'église, la rivière et une ligne tirée de la rue de la Colombe au parvis; il renfermait dix rues, les deux églises Saint-Jean le Rond et Saint-Denis du Pas, l’une appuyée au chevet, l’autre au côté droit de Notre-Dame, et qui lui servirent successivement de baptistaire, la chapelle Saint-Aignan les écoles épiscopales, des maisons, des jardins. Ce cloître était un des domaines du chapitre, de ce chapitre de Notre-Dame dont nous avons déjà parlé et qui donna à l’Église six papes, vingt-neuf cardinaux et une multitude d’évê ques; avec le cloître et l’archevêché, la cathédrale ressemblait à une forteresse occupant toute la partie orientale de la Cité , forteresse ceinte de grosses murailles et ouverte seulement par trois portes fortifiées.
A la place de l’archevêché, démoli dans un jour de fureur populaire, est une vaste promenade plantée d’arbres, ornée d’une jolie fontaine dont le style gothique se marie avec le style du grand édifice. Le cloître a été ouvert par des quais et des rues. L’église Saint-Jean le Rond, sur les marches de laquelle d'Alembert enfant fut exposé, a été détruite en 1748; l’église Saint-Denis du Pas, en 1813.
Cette église Notre- Dame a eu pendant longtemps des revenus considérables. Dès le sixième siècle, elle possédait de grands domaines aux environs de Paris, dans le diocèse de Sens et dans la Touraine. En 1222,
Philippe-Auguste, pour l'indemniser de l’établissement des Halles, du Châtelet et du Louvre, dont une partie appartenait au domaine de l’évêché, lui assigna des rentes sur la prévôté de Paris. En 176-4,
15 Cent, la LIVRAISON- — 53'‘ ET 54' Liyr.
Louis XIV érigea le bourg de Saint-Cloud en duché-pairie, en faveur de François de Harlay, alors archevêque de Paris. Ses successeurs ont porté le titre de duc et pair île Saint-Cloud jusqu à l’époque de la révolution.
Pendant longtemps le chef de l’Église de la capitale ne fut que le suffragant d’un prélat d’une petite ville. Ainsi, tant que Paris n’eut que des évêques, l’archevêque de Sens résidait toujours à Paris. Le siège de Paris fut enfin érigé en archevêché en 1622. L’oncle du fameux cardinal de Retz, Jean-François de Gondy, fut sacré en qualité de premier archevêque de Paris, le 13 novembre 1622.
Jusqu’en 1790, le revenu des archevêques de Paris s’élevait à 200,000 livres. Ils avaient dans leur dépendance directe, ou pour mieux dire dans leur propriété, les trois églises collégiales de Saint-Marcel, de Sainte-Opportune, de Saint- Honoré, lesquelles étaient vulgairement appelées les filles de l’archevêque. Le diocèse comprenait vingt-deux chapitres, trente et une abbayes, soixante-six prieurés , cent quatre-vingtquatre couvents, quatre cent soixante-douze cures, deux cent cinquante-six chapelles, trente quatre maladreries.
Le revenu du chapitre s’élevait à 180,000 livres, et il avait dans sa dépendance les quatre églises collégiales de Saint-Merry, du Saint- Sépulcre, de Saint-Benoît, de Saint Étienne des Grès, lesquelles étaient appelées les filles do Notre-Dame.
De temps immémorial , aux processions des Rogations, le clergé de Notre-Dame promenait la figure colossale d’un énorme dragon d’osier dont la vaste gueule béante engloutissait les gateaux et les fruits que la foule des fidèles s’empressaient d’y jeter. Cet usage s’est maintenu jusqu’en 1730.
On célébrait aussi dans cette église la fête des fous, celle des diacres ou diacres saouls; et sous l’épiscopat d’Eudes de Sully, il s’y commettait, dit-il, des abominations. Ce prélat voulut défendre ces profanations, mais il ne put y réussir. Ces fêtes ne furent abolies qu’au quinzième siècle.
L’archevêque actuel de Taris est Mgr Sibour, auparavant évêque de Digne. On sait dans quelles douloureuses conditions il fut appelé au siège archiépiscopal: Mgr Afl’re venait de mourir victime de son dévouement et de sa charité chrétienne. Mgr Sibour fut nommé archevêque de Paris par le général Eugène Cavaignac, chef du pouvoir exécutif, et il fut installé le 16 octobre 18 48.
Peu de temps après son installation, ce vénérable prélat fit un pèlerinage dans le quartier Saint-Antoine , sur la voie douloureuse parcourue le 23 juin par son noble prédécesseur.
Depuis lors, il n’a cessé de se mettre en contact avec les classes ouvrières ou nécessiteuses, auxquelles il sait adresser ces paroles bien senties qui soutiennent le courage et la patience, et sont comme des gages de conciliation fournis en vue d’apaiser les colères des partis.
20 C. par la postî.
Fontaine NotreOamr,
L’arclievêque visitant le faubourg Saint-Antoine.
Aux bureau* de l’Illustration, rue de Richelieu, 60 paris, typ. pe fiKMiN pipoT, 56, rue, Jacob-
IABLEAU 1)E PARIS.
La cérémonie de l’installation est calquée sur celle du progresse) qui se célèbre à Home lors de l'exaltation d’un nouveau pape. Le nouvel archevêque fait son entrée solennelle dans l’église métropolitaine, où se trouvent réunis pour le recevoir le chapitre et le clergé du diocèse. Arrivé à la porte de l’église, le prélat est complimenté par le doyen et archidiacre de Notre-Dame. Conduit ensuite processionnellement à l’autel, il récite les prières prescrites par le cérémonial, puis il se dirige vers la chaire. Après une allocution, il revient vers le chœur, où il reçoit à l’obédience tous les ecclésiastiques de son clergé, qui baisent l’anneau épiscopal et reçoivent sa bénédiction. Enfin, l’hymne d’actions de grâces terminée, le prélat est reconduit à sa demeure par tous les officiants.
L’archevêque actuel vient d’opérer dans le costume ecclésiastique et les ornements religieux une réforme qui met ces objets en harmonie avec le style des édifices religieux dont la restauration s’opère de toutes parts, sous l’influence d’une sérieuse étude de l’archéologie.
Cette réforme n’a pas sans doute été opérée au seul point de vue de l’art, elle indique aussi une tendance à ramener le clergé gallican au costume adopté par les premiers âges de
Nous donnons deux gravures qui représentent le nouveau costume avec lequel officie l’archevêque de Paris.
Le retour au siècle de saint Louis est complet et absolu : la chasuble est exactement copiée, pour la forme, sur celle de saint Dominique. Elle offre au cou une ouverture oblongue qui descend un peu sur la poitrine. Elle est ronde , couvre entièrement les bras, est relevée par eux avec une grâce parfaite et en faisant les plis les plus majestueux. Le fond de l’ornement est un superbe satin blanc, semé de broderies d’un choix et d’un détail exquis. Des croise ttes latines en argent et en or, relevées en bosse, alternent avec des quartes feuilles violettes et rouges en velours et en soie, bordées de fil d’or. Rien n’est plus harmonieux, plus gracieux et plus sobre à la fois" que cette décoration : la croix qui figure sur le dos est un splendide rinceau d’or et de feuilles de couleurs, qui monte, serpente et étend ses rameaux avec autant de délicatesse que de magnificence. Le même motif est reproduit par devant.
Deux médaillons brodés en soie plate , et d’un style sévère, occupent, l’un l’intersection de la croix , l’autre le milieu de la poitrine; ce sont deux bustes : Notre- Seigneur bénissant fle la droite, et tenant de la
M. Sibour, 'archevêque de Paris.
la foi , costume dont la forme s’est altérée ou tout au moins modifiée depuis l’apparition , au seizième siècle , de la célèbre compagnie de Jésus;
Cérémonie d’installation de l’archevêque de Paris.