‹ Tableau de Paris (volume 2)Chapitre 130 sur 230 · Chapitre XXIV · texte numérisé non relu

Chapitre XXIV

U', LONG DE LA SEINE (Suite).

l/IIOTEl.-MEU.

Los lits dii l’hospice au dixl’Hôtel-Dieu. — Le bureau

Fondation de l’Hôtel-Diou — Saint Landry et F.rehinoald. — La paille de Philippe-Auguste. — Saint Louis. — ' Les bienfaiteurs de l'Hôtel-Dieu. — Devise de l’Hôtel-Dieu. —

ciitième siècle — ' ’etat de l’HÔtel-Dieu eu 1790 — Mercier et l’Hôtel-Dieu. — Réformes et améliorations laites a I Hôtel-Dieu depuis 1/89. — Les aliènes sont retires de i nmn-uini. - ■ (• mm ‘ central des b’osni’ees Necker Cocliin Beaujon. — Les lits à plusieurs places sont supprimés. — Le bâtiment est dégagé et assaini. — Les dames religieuses de Saint-Augustin à l’Hôtel-Dicu 'i a mortalité à Y Hôtel-Dieu — Ses 1200 lits. — Annexe de l’Hôtel-Dien. — Les salles de convalescence. — La propreté de l’Hôtel-Dieu. — Les Irais cent mille journées annuelles de l’Hôtel-Dieu — statistique des décès. — Uupuytren. — Les consultations gratuites à l’Hôtel-Dieu. — Les visites. — L’administration actuelle des hospices. — Le bureau central d’admission — le système d’alimentation à l’Hôtel-Dieu. — Les cinq portions. — I.es cinq jours aux cinq portions. — Richesses des hôpitaux en France. — Revenu de ceux de ‘paris — Le nombre des lits et des malades dans les hospices de la capitale. — Dépense totale et dépense moyenne. — La Mo ne le. — Ses mystères. — Le peuple à la Morgue.

L’Hôtel-Dieu, le plus ancien hôpital régulier de l'Europe, aurait été fondé, d’après une tradition qui ne paraît pas très-certaine, vers le milieu du huitième siècle, par saint Landry, huitième évêque de Paris, avec l’aide d’Erchinoald, maire du palais. 11 prit de l’accroissement sous Philippe-Auguste; mais, si l'on en juge par un don de ce roi, les malades n’y étaient pas traités avec luxe : « Pour le salut de notre âme, dit-il, nous accordons, pour l’usage des pauvres demeurant à la Maison-Dieu fie Paris, toute la paille de notre chambre et de notre maison toutes les fois que nous quitterons cette ville pour aller coucher ailleurs. » Saint Louis fut plus généreux, et ses libéralités permirent de donner annuellement des secours à plus de six mille malades et de faire desservir la maison par trente frères, vingt -cinq sœurs et quatre prêtres: aussi est-il regardé comme le véritable fondateur de l’Hôtel-Dieu. Presque tous les rois suivirent l’exemple de saint Louis, en dotant cet hôpital, et jusqu’en 1789 do riches particuliers furent aussi ses bienfaiteurs : le chancelier Duprat,

M. de Pomponne, de Lelièvre , premier président du parlement , et quelques autres.

La devise de l’Hôtel - Dieu était : Medicus et hospes. La nuit, le jour, les malades , les pèlerins , les mendiants pouvaient venir frapper à ses portes ; elles s’ouvraient à toutes les souffrances. Aussi l’étendue des bâtiments et le nombre des lits furent-ils insuffisants pendant les douze premiers siècles deouis sa fondation. Sous le règne de saint Louis, on y comptait neuf cents malades; sous Henri IV, treize cents; sous Louis XIII, dix-huit cents; sous Louis XIV, dixneuf cents. En 1709, on prétend que le nombre s’en est élevé au chiffre fabuleux de neuf mille; et déjà, en 1093, les lits n 'étaient que de vastes campements encore trop étroits, oit l’on entassait à la fois douze ou quinze malades. Ainsi donc, pour une réception de neuf mille infirmes, l’établissement ne possédait que mille lits, six cents grands et quatre cents petits.

On trouve dans un rapport de Bailly, Tenon et Lavoisier, les curieuses révélations suivantes sur l’état de I Hôtel-Dieu en 1789-90 : « Les commissaires ont « remarqué que la disposition générale de l’Hôtel- « Dieu, disposition forcée par le défaut d’emplacement « des salles, est d’établir beaucoup de lits dans les « salles, et d’y coucher quatre, cinq et même six ma- « lades dans un même lit. Ils ont vu les morts avec

« les vivants, des salles où les passages sont étroits, « oit l’air croupit faute de pouvoir se renouveler, et oit « la lumière ne pénètre que faiblement et chargée de a vapeurs humides. Les commissaires ont encore vu « les convalescents mêlés, dans les mêmes salles, avec « les malades, les mourants et les morts, et forcés de « sortir les jambes nues, été comme hiver, pour res- « pirer l’air extérieur sur le pont Saint-Charles; ils « ont vu, pour les convalescents, une salle au troi- « sième étage, à laquelle on ne peut parvenir qu’en « traversant la salle où sont les petites véroles; la « salles des fous contiguë à celles des malheureux qui « ont souffert les plus cruelles opérations, et qui ne « peuvent espérer de repos dans le voisinage de ces « insensés, dont les cris frénétiques se font entendre « jour et nuit. Souvent, dans les mêmes salles, des « maladies contagieuses avec celles qui ne le sont « pas; les femmes attaquées de la petite vérole avec

« les fébricitantes. La salle des opérations où l’on tré- « pâlie, oii l’on taille, où l’on ampute les membres, « contient également et ceux que l’on opère et ceux « que l’on doit opérer et ceux qui le sont déjà; on y « voit les préparatifs du supplice , on y entend les « cris du supplicié; celui qui doit l’être h* lendemain « a devant lui le tableau de ses souffrances futures, « et celui qui a passé par cette terrible épreuve, qu’on « juge comme il doit être profondément remué par « ces cris de douleur! Ces terreurs, ces émotions, il « les reçoit au milieu des accidents de l’inflammation « ou de la suppuration, au préjudice de son rétablis- « sement et au hasard de sa vie. La salle Saint-Joseph « est consacrée aux femmes enceintes. Légitimes ou « de mauvaises mœurs, saines et malades, elles y sont « toutes ensemble. Trois ou quatre, en cet état, cou- « client dans un même lit, exposées à l’insomnie, à la « contagion des voisines malsaines et en danger de « blesser leurs enfants. Les femmes accouchées sont « réunies quatre ou plus dans un lit, à diverses épo- « ques de leurs couches. Le cœur se soulève à la seule

« idée de cette situation où elles s’infectent mutuelle- « ment: la plupart périssent ou sortent languissantes.

« Mille causes particulières et accidentelles se joignent « chaque jour aux causes générales et constantes de « la corruption de l’air, et forcent de conclure que « l'Hôtel-Dieu est le plus insalubre de tous les hôpi- « taux, et que sur neuf malades il en meurt deux. »

On reconnaît dans ces citations le style des rapports de l’époque, et l’on serait tenté de croire cpie le tableau est chargé. Cependant il ne dit pas tout, et quelques-uns des abus qu’il signale subsistent encore.

Ajoutez aux brouillards infects du bras de la Seine qui baigne les murailles des salles, les miasmes (pii s’échappent d’une boucherie, d’une fonderie de suifs, et d’une fabrication de chandelles établies dans l’intérieur même de l’hôpital, et qui ne l’urcut supprimées qu’en 1790.

Non-seulement on plaçait alors plusieurs malades

dans le même lit , mais encore le ciel de ces lits était construit dételle façon et avec une telle solidité , qu’il servait comme d 'impériale, et recevait encodes mala- La portion d’air que chaque infirme avait à respirer dans les salles était à peine de deux ou quatre mètres cubes, tandis qu’il en aurait fallu pour l’hématose de douze à quinze; et au lieu de soixante centimètres d’espace nécessaires au moins pour que le corps puisse faire quelques mouvements , l’espace concédé à chacun atteignait à peine vingt ou vingtcinq centimètres.

Tous ceux qui , dans leurs écrits, parlent des hôpitaux de Paris, et de l’Hôtel-Dieu en particulier avant 1789, ne trouvent pas de mots assez expressifs pour peindre et faire ressentir l’horreur qu’inspirait alors ce hideux musée des souffrances humaines.

J’ai cité un rapport officiel présenté à l’Assemblée constituante. Voyons ce que dit de l’Hôtel-Dieu de 89 l’auteur du premier Tableau de Paris.

u J'irai à l’hôpilul, s'écrie te pauvre Parisien; mon père y est mort, f y mourrai aussi;el le voilà à moitié console ! »

u La maison de Di cul Et on a osé V appeler ainsi? Le mépris de Vhumanité semble ajouter aux maux qu'on y souffre!... »

Puis revient presque mot à mot l’expression des griefs de Lavoisier, de Tenon et de Bailly. A propos d’un incendie d’une portion de l’Hôtel-Dieu, Mercier

\ ne extérieure de l’Hôtel-Dieu.

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