CHAPITRE XXV. —LE LONG DE LA SEINE (Suite
expliquent. La direction de ce bureau agit de deux manières : d’abord elle fait choix, parmi les agents officiels, des plus capables et des plus adroits, et, sous un déguisement quelconque, les envoie à la recherche dans les différents milieux sociaux. Moyennant quelques gratifications, cette mission difficile et délicate est parfaitement remplie. La seconde source d'informations provient des rapports adressés irrégulièrement par une foule de personnes qui exercent ostensiblement une profession quelconque, et qui touchent à cet effet des indemnités et des primes variant suivant l’importance de la déclaration et la position sociale du dénonciateur. Cet argent est pris sur les fonds secrets mis annuellement à la disposition de la police. Dieu seul et le directeur du bureau des renseignements connaissent le nombre et les fonctions de ces mouchards de tout étage, depuis l’espion en gants jaunes et en bottes verniesjusqu’au prisonnier ou mouton, qui gagne quelques sous à dénoncer ses compagnons de captivité ou à les faire parler.
11 est temps de revenir au Palais de justice, et de pénétrer, suivant le style classique, dans le sanctuaire de Thémis ou dans l’antre de la chicane, si l’on préfère cette dernière version, qui a pour elle l’autorité des deux classiques par excellence de notre littérature. L’intérieur du Palais de justice, on s’y attend bien, n’a pas moins subi de modifications que l’extérieur : aussi présente-t-il la plus singulière diversité d’époques, d’ornements et d'architectures. Ainsi la galerie Saint-Louis, qui conduit à la chambre des requêtes, oii siège la cour de cassation, offre les boiseries sculptées, les pendentifs et les peintures murales habilement restaurées, que l’on admire dans quelques rares châteaux demeurés intacts depuis le moyen âge; on y remarque
Lre des requêtes elle-même, son apparence rappelle toutes les salles imaginables où se rend la justice : une estrade semicirculaire pour les juges, une autre pour le ministère public et le greffe, la barre de
l’avocat, le bureau de l’huissie
r; puis une
Avant l'a- (lienc?i
une statue de saint Louis, sauvée sans doute du grand incendie de 1618, et des fresques représentant les anciennes gloires du parlement sous le patronage des deux législateurs, Justinien, auteur du Digeste, et Charlemagne, père des Capitulaires. Quant à la cham-
barrière au milieu de laquelle se trouve généralement le calorifère officiel et l’espace réservé aux curieux. En parlant des séances de la cour d’assises et de la police correctionnelle, nous reviendrons sur quelques différences qui distinguent ces tribunaux particuliers. La chambre des requêtes renferme, indépendamment du Christ et du buste du chef de l'État, un grand tableau qui représente l’anecdote si connue du paysan du Danube : on ne voit pas très-bien pourquoi a été choisi ce sujet.
Quelques-unes des autres salles ont une certaine illustration, qu’elles doivent surtout à des souvenirs historiques : ainsi la troisième chambre des requêtes, où siégeait la cour prévôtale, et la salle des assises, dans laquelle se tint le tribunal révolutionnaire qui condamna à mort Marie-Antoinette. Mais la plus remarquable est, sans contredit, la salle des Pas perdus. C est, dit-on, la plus vaste que l’on connaisse en France. Elle n’a pas moins de deux cent vingt-deux pieds de long sur quatre-vingts de large : deux grandes ouvertures cintrées, pratiquées aux deux extrémités supérieures de chaque nef, et un certain nombre d’œils-de-bœuf espacés sur les flancs des voûtes, servent à lui donner du jour. Dans cette salle viennent aboutir une infinité de couloirs et de galeries qui en font un véritable labyrinthe; et sa physionomie reste toujours des plus variées par les d’allées et venues de gens, tels que plaideurs et plaideuses, avocats en robes, greffiers, avoués, huissiers, qui la traversent dans tous les sens pour aller, soit
Salle des Pas-Perdus.
15 Cent. LA LIVRAISON. — 56' Livr.
20 C. par la poste.