‹ Tableau de Paris (volume 2)Chapitre 144 sur 230 · H. VALENT IN · texte numérisé non relu

H. VALENT IN

Vol au bonjour.

n’est pas de mystère, il reconnaît tout de suite son homme, l’engage à se débarrasser du morceau de savon mousseux qu’il avait caché dans sa Louche,

tant de politesse : tout à coup elle s’aperçoit de 1 absence de son colljer ou du hochet de son enfant. Le monsieur si poli n’est autre chose qu un voleui au bonjour. Une autre fois, il entre hardiment dans un hôtel garni , monte , et ouvre sans plus de façon la première porte dont le locataiie a laissé la clef dans la serrure. Si le malheureux est endormi , notre homme fait main basse sur tout ce qui se trouve à sa convenance. Dans le cas contraire , il se présente connue tailleur, ou bien il va vers la pendule et la règle comme un horloger de profession. On en a vu qui se présentaient à d honnêtes étrangers avec plus d’audace encore : « Ah ! voila ce cher ami ! comme il est engraisse depuis qu’on ne l’a vu ! Quel bonheur de l’avoir enfin pu découvrir! » En vain l’ami improvisé se débat et proteste contre les embrassades ; il lui faut d’abord subir les transports, puis les excuses, et il s’aperçoit du motif réel de la visite seulement après que le visiteur est parti avec quelques dépouilles opimes.

Ces deux variétés de vol forment l’immense majorité de tous ceux qui sont soumis à l’appréciation du tribunal. Il en existe un troisième , qui a son point de départ dans la cupidité naturelle à l’homme; mais le vol à Vamèricame, car tel est son

nom, exigeant de la part de la victime une grande dose de naïveté, et de la part des filous une certaine mise en scène, se pratique plus rarement. Voici en

général ce qui se passe , avec quelques variantes, dans la plupart des cas. Le voleur, assisté d’un compère, avise quelqu’un, ordinairement de la classe

se montrer aussi rigoureuse contre ceux qui favorisent le larcin ;que contre ceux qui le commettent. C’est dans la masse des recéleurs que l’on pourrait

saisir les physionomies les plus originales : il y a là des types qui appartiennent à tous les commerces, même les plus honnêtes; mais on remarque sur les figures l’empreinte de la ruse et du crime qui se cache.

Viennent fréquemment aussi figurer sur ces bancs de la police correctionnelle ces faux malades ou estropiés, derniers rejetons des héros de la cour des Miracles, qui, par une plaie merveilleusement feinte, ou un membre habilement replié et caché, savent émouvoir le passant et lui soutirer la pièce qu’il doit employer à l’achat de médicaments indispensables, et qui ne paye que les visites faites chez le marchand de vin.

Tantôt c’est un malheureux jeune homme maigre et défait qui tombe subitement sur le pavé; il frappe le sol de la tête et des poings, une écume blanche et épaisse lui sort de la bouche. La foule accourt, quelques âmes compatissantes se penchent sur lui et donnent des soins au pauvre épileptique. Mais le sergent de ville approche, caché par le cercle entourant Le moribond qu’il saisit au collet; pour ce fonctionnaire à la nature peu sensible, il

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