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CHAPITRE XXVII. — LE PONT-NEUF

Chiffonnière.

Chiffonnier.

Marchande d’amadou.

On ne vous montrera pas cette enfant à genoux devant une corbeille, image de l’industrie maigre, en haillons, transie, grelottante : la petite marchande d’allumettes chimiques, ou plutôt chimériques, à un sou le paquet, à deux sous la boite.

passant àl aveugle qui, assis contre le parapet du pont, cumule deux professions pour remplacer les yeux qui lui manquent. Il fabrique des chaussons de lisières, et chante la romance sentimentale à l’adresse des âmes charitables. On ne lui connaît pas de chien, et ildédai-

Plus loin, la marchande d'amadou offrant à tout le monde qui passe sa classique marchandise dont personne ne veut plus; quelques âmes compatissantes viennent au secours de cette industrie surannée et laissent tomber quelques menues pièces dans le tablier de la pauvre femme.

Ah ! mon Dieu ! j’allais oublier le joueur d’orgue, cette machine à pleurer la Bretagne ou la Normandie; le joueur d’orgue est le propagateur des opéras en vogue, et c’est lui qui consacre, sans qu’on s’en doute, la réputation des compositeurs. C’est par le joueur d’orgue que les populations faubouriennes connaissent Rossini, Meyerbeer, Halévy, Auber, Donizetti, des fragments de Guillaume Tell, des Huguenots, de lu .luire, de la Muet le de Partie i, de la Favorite. Du reste, il n’est pas un industriel qui ait plus que celui-là le privilège d’agacer les nerfs du bourgeois parisien.

Il viendra vingt jours de suite sous votre croisée vous bercer aux sons de la même ritournelle ; il vous fera prendre en horreur un air que vous adoriez huit jours auparavant. Des pétitions ont été adressées au préfet de police pour qu’il exilât de la capitale ces instrumentistes nomades, mais elles ont été repoussées avec perte. 1!

faut que tout le monde vive, même ceux qui font mourir d’ennui toute une population. Le plus généralement le joueur d’orgue a reçu le jour en Auvergne ; c’est un porteur d’eau parvenu.

Puis, quand tous reposent, les riches sous leurs édredons, les pauvres sur leur grabat glacé, l'industrie nocturne descend de la rue Mouft’etard et s’empare de la ville : elle parcourt les rues la hotte sur le

15 Cent. LA LIVRAISON. — 63 Livr.

dos, le crochet à la main, et dispute aux chiens affamés les choses sans nom dont se compose son commerce. Après une nuit passée dans ces fouilles mystérieuses , le chiffonnier, fier de sa lourde charge, va rejoindre sa femme, qui, plus diligente ou plus heureuse dans ses recherches, a empli sa hotte avant lui,

L’aveugle fabricant de chaussons de lisière.

et l’attend assise sur une borne, près de la porte du j marchand de liqueurs qui va bientôt s’ouvrir.

J’oubliais encore la boutique à un sou, objets de la convoitise incessante des enfants privés de ce signe monétaire.

Et pour peu qu’il nous en reste un , donnons-le en

Aux bureaux de l’Illustration, rue de Richelieu, 60,

gne de jouer de la clarinette; il a presque un état.

Saluez aussi le marchand de vulnéraire, non pour son costume qui lui donne l’air d’un chambellan ayant évu des malheurs, mais en considération de son art. Il n’a manqué à cet homme, pour jouer un rôle dans la société de son temps, que d’inventer la pâte Regnaukl; on le traite de charlatan, il le sait et laisse dire; il croit à la vertu. . . à la vertu de son vulnéraire ordinairement suisse, qu’on peut employer sans crainte à toutes sortes d’usages :

élixir incomparable , vous dirat-il avec bonhomie, eu égard à ses propriétés inoffensives; et, pour vous prouver sa foi dans son breuvage, il offrira de le boire à votre santé.

Il s’agit maintenant d’une industrie née d’hier ; nous voulons parler de la mise en couleur sans frottage des appartements.

Le jeune artiste que vous voyez représenté dans cette gravure, et qui au premier abord ressemble tant au pulcinella napolitain, porte sur son costume les insignes de sa profession. Il a une coiffure en forme de pot à couleur ; sur sa blouse et son pantalon on aperçoit des plaques rouges qui figurent des carreaux octogones. La petite propriété parisienne a-t-elle besoin de donner un nouveau vernis à son carrelage déteint par un frottement trop prolongé, en quelques secondes l’homme aux carreaux et au pot a couleur opère la métamorphose à l’aide de son siccatif brillant; la préparation nouvelle n’a pas besoin , comme l’ancienne , d’être longuement frottée pour reluire. Le siccatif sèche à la minute. C’est le metteur en couleur des appartcmentsqui, aux élections de 1849, improvisa sur tous

PARIS. TYP. ue FIUM1N didot, 56, rue Jacob. 23 C. par la poste.

les murs de la capitale les candidatures inattendues de Chromo , Duro, Phane, dont les noms athéniens semblaient promettre trois archontes à 1 Assemblée législative. Chromo, Duro, Phane n’ont pas été nommés, mais ils ont servi à faire connaître et à populariser une invention et une industrie qui voguent maintenant à pleines voiles, poussées par la brise du puf J.

C’est tout au bout du pont, de chaque côté du quai, que se rencontre le bouquiniste, noir et sinistre industriel dans l'honnête acception du mot, sorte de croque-mort littéraire qui ensevelit dans ses cases de sa-

La boutique a un sou.

car nous sommes à deux pas de l’Institut. Grande et muette leçon sur la vanité des choses littéraires de ce monde !

Le bouquiniste étale sa marchandise sur le parapet des quais, depuis le pont du Carrousel jusqu’au pont Saint-Michel ; on l’aperçoit aussi sur le quai du Louvre, sur le quai de l’Horloge, aux deux angles du Pont-Neuf qui font face à la statue d’Henri IV, sur le Pont-au-Change, sur le quai aux Fleurs, et dans mille petites ruelles noires et boueuses du vieux Paris. Cet estimable commerçant semble être le contemporain

Le bouquiniste et le bouquineur.

pin, comme dans des bières funéraires, tant d’œuvn avortées, créées pour l’immortalité. Le bouquiniste e

pose comme une ironie sa collection de livres trépassés dans le voisinage même des écrivains immortels,

de ses bouquins les plus vénérables par leur âge et leur vétusté; il a même avec eux plus d’un point de

Le marchand d’eau de Cologne et de vulnéraire suisse.

Le joueur d’orgue.

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