CHAPITRE XXVIII
LE LONG DE LA SEINE (Suite)
palais de la bourgeoisie, et ce fut à l’Hôtel de ville que Louis -Philippe d’Orléans vint chercher la couronne.
Après la lutte, on comprit que le sang des criminels ne devait pas souiller plus longtemps les pavés de cette place, et l’on transporta à la barrière Saint- Jacques l’instrument du supplice , qui ne se dresse plus maintenant que vis à vis la prison de la Roquette.
En 1848, l'Hôtel de ville fut pendant deux mois battu par la foule qui stationnait sur la place , accueillant , soit par des applaudis-
M. de Lamartine harangue le peuple à l’Hôtel de ville.
sements , soit par des cris improbateurs, les décrets que frappaient incessamment les membres du gouvernement provisoire. L’Hôtel de ville fut pendant ces deux mois le vrai palais de la révolution ; c’est devant l’Hôtel de ville que M.
de Lamartine , et ce sera l’éternelle gloire de son nom, fit reculer ledrapeau rouge.
«Si vous m’enlevez ledrapeau tricolore , sachez-le bien, s’écria dans cette circonstance M.
de Lamartine , vous m’enlevez la moitié de la force extérieure de la France , car l’Europe ne connaît que le
viction et de mon patriotisme: c’est que le drapeau tricolore a fait le tour du monde avec la République et l’Empire, et que le drapeau rouge n’a fait que le tour du Champ-de-Mars, traîné dans le sang du peuple. »
Tout fut dit. La foule s’arrêta et se tut; elle se retira silencieuse , domptée , et retint elle-même, au milieu des coups de fusil , l’innombrable armée qui se disposait à aller vider l’arsenal de Vincennes. La parole de M. de Lamartine avait valu une armée, et la parole, chacun le sait, était la seule armée du moment : le Gouvernement ne pouvait opposer comme digue à ces Ilots toujours tumultueux que son autorité siégeant dans un des salons de l’Hotel de aucun poste n’empêchait de pénétrer les dé¬
drapeau de ses défaites et de nos victoires dans le drapeau de la République et de l’Empire.
En voyant le drapeau rouge , elle ne croira voir que le drapeau d’un parti !
C’est le drapeau de France, c’est le drapeau de nos armées victorien ses, c’est le drapeau de nos triomphes, qu’il faut relever devant l’Europe ; la France et le drapeau tricolore, c’est une même pensée, un même prestige, une même terreur au besoin pour nos ennemis.
« Songez combien de sang il vous vaudrait pour faire la renommée d’un autre drapeau ! »
La foule, subjuguée par l’ascendant de cette magnifique parole , hésitait pourtant en core ; il s’agissait de lui porter un dernier coup. — Lamartine
« Le drapeau rouge, d’ailleurs, je ne
Salon de réunion du gouvernement provisoire à l’Hôtel de ville.
continue : jamais, et je vais vous dire dans un seul mot pour- | morale ; l’adopterai quoi je m’v oppose de toutes les forces de ma cou- | ville, où
Proclamation dos i