‹ Tableau de Paris (volume 2)Chapitre 162 sur 230 · LE LOU VUE · texte numérisé non relu

LE LOU VUE

Extérieur du Louvre. — Etymologie du mot Louvre.'— Origine du Louvre. — Une charte do Dagobert. — Louis le Gros entoure le Louvre de murailles. — François 1"' fait abattre et reconstruire le Louvre. — Sébastien Serlio et Pierre Lescot. — Le Vieux Louvre. — Henri II ajoute une aile. — L’escalier et la salle des cariatides. — Jean Goujon — Henri IV fait achever les bâtiments formant l’entrée du musée. — Louis XIII termine le pavillon de l’Horloge. — Ma/.arin charge Levau d’achever la façade du côté de la Seine. — Le plan de Leveau est repoussé. —

Le proj d de < lande Perrault. — Bernini appelé en France.— Honneurs prodigieux qui lui sont rendus. — Bernini retourne en Italie. — Claude Perrault se met a l’œuvre. —

Gabriel et Soufflet continuent les constructions. — Les favoris de Louis xv au Louvre. — Décret en 1848 pour l'achèvement du Louvre. — Pose de la première pierre le 25 juillet 1852. — M. Viseonti. — Restaurations faites au Louvre. — La fenêtre de Charles IX. — La galerie des maîtres. — Les chefsd’œuvre. — Les expositions. — Les physionomies au Louvre. — Le cabinet des Antiques. — Les différents musées. — L’orangerie du Louvre.

Nous allons d’un palais à un autre : après l’Hôtel de ville, le Louvre j après le palais de la bourgeoisie, le palais de la royauté. Quand la royauté voulut sortir de tutelle, un château s’éleva, prison toute préparée. Philippe-Auguste montrait aux grands vassaux révoltés son épée de Bouvines et la tour du Louvre.

Les historiens ne sont d’accord ni sur l’origine ni sur l’étymologie du Louvre. Les uns font dériver son nom d’un seigneur de Louves, sur le terrain duquel le premier château aurait été bâti; les autres des loups qui peuplaient la forêt voisine, laquelle forêt occupait l’emplacement de Montmartre; quelques-uns du vieux mot français ouvre , de sorte qu’on aurait dit plus tard Louvre, pour l’œuvre par excellence. Enfin, d’autres prétendent, avec plus de raison en apparence, trouver la racine de ce nom dans le mot saxon Lower, qui signifie château.

L’existence du Louvre remonterait à Dagobert, s’il fallait en croire une charte de ce roi citée par Duboullay dans P Histoire de l’Université. Plusieurs écrivains ont attribué la construction de ce château à Childebert Ier.

Enfin Duchêne, dans sa graphie manuscrite de Paris, dit que Louis le Gros fit entourer le Louvre de murailles, et qu’il y recevait le serment de fidélité des grands vassaux de la couronne. Si I on veut se faire une idée du vieux Louvre , on n’a qu’à voir ce qu’il nous reste du château de Vinc.ennes. 'François Ier, n’ayant, pu vaincre Charles-Quint les armes à la main, voulut le surpasser en magnificence, et devenir l’émule des Médicis et de Léon X. Il résolut d’abattre le Louvre et de construire sur son emplacement un nouvel édifice. L’exécution en fut confiée par le roi à un artiste italien, Sébastien Serlio. Celui-ci, à qui on avait montré un projet de Pierre Lescot, seigneur de Clagny, eut la générosité d’avouer au roi que le projet de Pierre Lescot l’emporlait de beaucoup sur le sien. Ce fut donc d’après les plans de ce dernier que fut commencé le palais nommé depuis le vieux Louvre, pour le distinguer des bâtiments qui furent élevés sous les règnes suivants.

Cet édifice ne devait s’étendre, dans le principe, que depuis le pavillon formant l’angle du côté de la rivière jusqu’à celui qui fait aujourd’hui le milieu de la grande cour. Ce palais, dans lequel on entrait par la salle connue sous le nom des Antiques, devait dre composé d une grande galerie ayant deux pavil¬

lons. Celui qui est du côté de la Seine était destiné à l’habitation, et l’autre, du côté opposé, était affecté à la chapelle et contenait le grand escalier. La façade principale, décorée de deux ordres d’architecture et d’un attique au-dessus, indiquait que le rez-de-chaussée était destiné au service du palais, le premier étage à l’habitation du souverain, et l’attique aux logements de la suite. Henri II fit construire cet édifice, l’augmenta d’une aile qui s’étend au midi du côté de la rivière. Cette aile devait êlre sans doute répétée dans la partie opposée en prolongement du pavillon du côté du nord. L’escalier et la belle salle des cariatides ont été bâtis également sous Henri IL Les sculptures sont dues au ciseau de Jean Goujon. Sous le règne de Charles IX fut construite la portion de bâtiment en aile qui existe aujourd'hui du côté du jardin de l’Infante, et en retour sur le bord de la rivière jusqu’au guichet du petit clocher.

Les bâtiments qui forment l’entrée du musée fu¬

rent achevés par Henri IV, qui , le premier, eut la pensée de réunir le Louvre aux Tuileries. Ce prince ajouta une salle de spectacle dans l’espace occupé aujourd’hui par le grand escalier. Il acheva également la partie qui borde la rivière. Louis XIII termina le pavillon de l’Horloge et la façade de ce côté. Il entreprit les deux autres corps de bâtiments au nord et au levant, et prolongea celui du midi. Le plan carré de la cour du Louvre, telle qu’on la voit aujourd’hui, est l’ouvrage de Henri IV etde Louis XIII. Le cardinal Mazarin concourut aussi à l’achèvement du Louvre. Le ministre chargea l’architecte le Veau d’élever la façade du côté de la Seine. Colbert, appelé au ministère et à l’intendance des bâtiments du roi, n’approuva pas les projets de Levau pour l’agrandissement, du Louvre. Sans repousser toutefois le plan de cet architecte, Colbert crut devoir ouvrir un concours pour cette grande entreprise. Ce fut pour la première fois qu’on suivit en France une marche aussi solennelle et aussi juste dans l’érection d’un

monument. Le modèle en bois de Levau fut exposé et condamné d’une voix unanime. Parmi les autres projets, un dessin fut remarqué; il ne portait pas de nom d’auteur. On sut bientôt qu’il était du médecin Claude Perrault, qui, par goût, s’occupait d’architecture. Ce projet, que favorisa tout à coup l’opinion générale, avait aussi frappé Colbert. Les autres artistes, jaloux de ce beau travail, firent entendre au ministre qu’un tel plan n’était qu’un charmant dessin fait uniquement pour éblouir les yeux , mais qu’au fond il était d’une exécution impossible, et ne supportait pas un examen approfondi. Ces observations ébranlèrent le ministre. Pour se tirer d’embarras, Colbert résolut de prendre l’avis des meilleurs architectes d’Italie. Soit par hasard, soit par intention perfide, ce fut le dessin de Levau qui fut envoyé. Les artistes étrangers, au lieu d’examiner l’ouvrage, donnèrent plusieurs plans. Celui de Bernini obtint la préférence, et Louis XIV demanda aussitôt l’habile architecte dont il venait d’admirer le travail. Bernini arriva en France.

On lui fit une réception magnifique et digne d’un prince du sang.

Des officiers envoyés par la cour apprêtaient les repas de l’Italien sur la route. L’artiste était complimenté et recevait des présents dans toutes les villes où ilpassait. Quand il approcha de Paris , on envoya au-devant de j lui] M. de Chantelou, maître d’hôtel du roi. Ce seigneur, qui savait l’italien, reçut l’ordre d’accompagner Bernini pendant tout le temps que cet artiste daignerait séjourner dans la capitale. Les honneurs prodigieux qu’on lui rendit excitèrent la jalousie des artistes français. Cette jalousie se changea bientôt en haine, lorsqu’ils entendirent Bernini louer avec emphase, et à l’exclusion de tous les autres, les monuments de son pays. Il citait à tout propos Michel-Ange, et disait: Si corne cliceva il Michel Amjelo lluonarotti. Les nombreux ennemis de Bernini surent relever ses défauts, ses ridicules, raillèrent sa personne, l’abreuvèrent de dégoûts, et firent si bien, qu’après huit mois de séjour en France, Bernini demanda sa retraite , et retourna en Italie , comblé d’honneurs et de pensions , mais forcé d’abandonner aux architectes français un champ que sa réputation lui avait acquis et que lui fit perdre sa vanité. Colbert favorisa alors ouvertement le projet de Perrault, et le fit approuver par le roi ; mais, dans la crainte qu’un médecin ne pût réunir

Vue extérieure du Louvre.

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