‹ Tableau de Paris (volume 2)Chapitre 163 sur 230 · CHAPITRE XXIX. — LE LONG DE LA SEINE (Suite · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIX. — LE LONG DE LA SEINE (Suite

tous les talents nécessaires pour construire un monument aussi important , on lui adjoignit un conseil composé de Leveau, deDorbay, et du peintre Lebrun. Colbert présidait les séances de ce conseil, qui se tenait deux fois par semaine. Perrault se mit donc à 1 œuvre ; mais les dépenses excessives des bâtiments de ^ ersailles, entrepris a la même époque, et surtout les Irais occasionnés par les guerres, firent suspendre les travaux du Louvre.

La régence dédaigna de purifier les richesses éphémères créées par le système deLaw en les employant à l’achèvement de nos édifices nationaux. Louis XV voulut continuer le Louvre. Gabriel et Soufllot furent chargés successivement d’en diriger les constructions d’après les projets de Perrault. On bâtit alors le troisième ordre de la face intérieure derrière la colonnade, le fronton de la cour du midi, celui du nord, et le vestibule qui donne sur la rue du Coq. Mais bientôt le palais fut livré aux favoris , et ils s’y formèrent des habitations à leur taille. Rien ne fut respecté : on perça

les murs principaux pour faire des distributions nouvelles, les poutres des planchers furent coupées pour livrer passage à des tuyaux de cheminées , puis les voûtes, les piliers, soutiens de l’édifice, furent altérés et mutilés. Des maisons particulières s’élevèrent et obstruèrent la cour. Louis XVI voulut réparer tous ces abus et achever le Louvre , lorsque les troubles politiques survinrent. La république, elle, n’avait pas le temps d’élever des palais.

Napoléon résolut fie terminer un palais à la construction duquel avaient concouru sept rois ses prédécesseurs. Les travaux furent repris, mais l’Empire disparut et le Louvre resta inachevé.

Sous le règne de Louis- Philippe, il fut souvent question d’opérer la jonction du Louvre avec les Tuileries; mais ces projets furent toujours ajournés. Quand la République fut proclamée en 1848, un décret ordonna la continuation des travaux. Ce décret, comme tant d’autres, ne fut pas exécuté. Enfin, c’est à Louis-Napoléon qu’était réservé l’honneur de mettre

la dernière main à ce grand palais du Louvre; la pose de la première pierre des constructions à élever pour l’achèvement du Louvre fut faite le 23 juillet 1 832, par le ministre d Etat, M. Casabianca. On sait quelle est la destination des édifices dont on vient de poser les fondements. La même enceinte renfermera, avec la demeure du chef de 1 État, trois ministères, les télégraphes, 1 imprimerie nationale. Donner à ces administrations diverses tout le développement nécessaire en conservant à la place du Carrousel une étendue proportionnée à la grandeur des bâtiments qui l’environnent; niveler cette place sans enfouir, malgré l’infé riorité du sol, les soubassements de la galerie de Henri II, compléter le musée par de vastes salles destinées aux expositions annuelles de peinture; couvrir le défaut de parallélisme du pavillon de l’Horloge et du pavillon opposé; revêtir les constructions nouvelles d une forme qui soit à la fois en harmonie avec 1 architecture du Louvre et avec celle des Tuileries; voila le problème qu’il s’agit de résoudre. L’archi¬

tecte chargé de cette vaste exécution est M. Yisconti.

On ne se contente pas d’achever le Louvre, on vient de terminer la restauration de cet édifice.

La partie la plus ancienne de la galerie du Louvre qui longe la Seine, et le bâtiment en équerre qui la rattache au vieux Louvre, étaient restés, extérieurement, dans l’état où les avaient laissés Charles IX et Henri IV. On achève en ce moment de sculpter la façade de l’une, et on a complètement restauré le second, où se trouve la galerie d’Apollon, qui vient d’être rendue à la France avec toute sa magnificence. Au-dessous de la galerie d’Apollon est celle du musée des antiques, placée dans l’axe de la porte d’entrée du musée. Cette galerie fit partie des appartements d’Anne d’Autriche. Elle en fit décorer les plafonds de peintures par Romanelli, de l’école de Pietre de Cortone. Ces peintures faciles, d’un style plus agréable que correct , appellent elles-mêmes la restauration dans certaines parties. A l’extrémité de la galerie est une grande fenêtre à arcade, qui aboutit à un balcon dominant le quai, et à laquelle de néfastes

l’ose (le la première pierre de l'achèvement du Louvre.

souvenirs historiques ont donné une triste célébrité. On prétend que de cette fenêtre Charles IX tira sur les huguenots pendant les massacres de la Saint-Barthélemy. Pour consacrer la mémoire de ce forfait, le conseil général de la commune de Paris rendit, en l’an III, un arrêté portant « qu’un poteau de pierre serait placé à cet endroit, et qu’il y serait attaché une inscription infamante. » Pendant six ans, tout Paris put lire l’inscription suivante, que Bonaparte, premier consul, fit enlever plus tard : C’est de cette fenêtre que l'infâme Charles IX, d'exécrable mémoire, a tiré sur le peuple avec une carabine. Il y a dans cette tradition plus d’une chose contestable. D’abord, elle n’est appuyée que sur l’autorité suspecte de Brantôme. Il dit qu’ après s’être laissé entraîner par la reine à ce massacre, « il y fut plus ardent que tous; si que, lorsque le jeu se jouait et qu’il fut jour, et qu'il voyait aucuns dans les fauxbourgs de Saint-Germain qui se remuoientet se sauvoient, il prit un grand harquebus de chasse qu’il avoit, et en tira tout plain de coups à eux, mais en vain, car l’harquebus ne tiroit si

loing. » Quoi qu’il en soit de cette inutile fusillade à travers la Seine, et quand bien même Charles IX n’en serait pas coupable, sa mémoire ne serait pas moins odieuse. Loin de désavouer les massacres de la Saint- Barthélemy, il s’est vanté en plein parlement que c’était par son ordre qu’ils avaient eu lieu. D’un caractère faible, dissimulé et cruel, il ordonne de massacrer un parti sur lequel s’appuyait la veille sa politique de bascule, ou plutôt celle de l’Italienne Catherine de Médicis, sa mère; il laisse lâchement égorger des amis avec qui il avait passé la soirée à jouer, ne sauvant que le médecin Ambroise Paré, parce qu’il ne pouvait se passer de ses soins pour une maladie difficile à guérir, et dont il devait se préoccuper d’autant plus, que son grand-père François Ier en était mort. Toutefois, il faut reconnaître que dans l’inscription rédigée en l’an ni par la commune de Paris, l’histoire est faussée par ce mirage particulier à l’époque, pour laquelle César était un tyran et son assassin Brutus un libérateur affranchissant sa patrie, tandis qu’en réalité Brutus était l’homme de l'aristocratie et des

privilèges, et que la démocratie était du côté de César. Ainsi, dans Charles IX tirant des coups d’arquebuse sur les huguenots, l’inscription semble ne voir qu’un roi tirant sur le peuple. Or, il ne faisait que ce que le peuple faisait lui-même; il était avec la majorité du peuple , et il en était applaudi quand il allait au gibet de Montfaucon, avec sa mère, ses sœurs et la cour, voir le cadavre de l’amiral de Coligny , pendu par les pieds. La vérité suffit à rendre le nom de Charles IX un nom exécré parmi ceux des rois de France; il n’est pas besoin pour cela de lui mettre un masque.

Si rien ne saurait protéger le souvenir de ce jeune homme de vingt-deux ans, un des bons poètes de son temps, et doué de quelques qualités qui furent étouffées par sa mère , de la juste exécration de la postérité ; s’il est vrai même que Charles IX tira sur les huguenots , ses sujets , d’une fenêtre de son palais, du moins la fenêtre du Louvre qu’on accuse d'avoir été le théâtre de cet attentat en est complètement innocente, et il y a à cela une excellente raison : c’est qu’alors elle n’existait pas. Au milieu de la confusion et de l’incertitude entre les époques où ont été construites les diü'érentes parties du palais voisines du pavillon dont nous nous occupons ici , il y a lieu de reconnaître que la galerie s’étendant du vieux Louvre au bord de la Seine au-dessus du jardin de l’Infante,

et construite par Catherine de Médicis et Charles IX, ne s avançait pas jusqu’au point où elle se termine

aujourd’hui sur le quai ; aussi celte première portion de la façade sur le jardin est-elle d’un autre style que

Restauration des fenêtre et balcon dits de Charles IX, au Louvre.

celle qui lui a été ajoutée, et qui comprend les trois dernières fenêtres de la galerie des antiques du côté

du quai. Cette extrémité fut ajoutée par Henri IV, comme l’attestent les H conservés par la récente restauration de la façade dans la frise entre le rez-dechaussée et le premier étage ; on prétend même que le chiffre d’Henri IV y était réuni à celui de Gabrielle d’Estrées, mais ces chiffres enlacés n’existent aujourd’hui que sur la façade de la galerie, qui, à partir du pavillon, s’avance dans le sens de la Seine vers les Tuileries; et ce n’a pas été une des moindres singularités de notre temps que de voir ces entrelacs amoureux, monuments honteux de la faiblesse de nos rois , non-seulement scrupuleusement restaurés, mais encore sculptés à nouveau par la république de

Le balcon du haut duquel Charles IX avait tiré sur les huguenots de l’autre côté de la Seine aurait donc été en arrière, par rapport au balcon actuel, de toute la longueur de trois travées ajoutées par Henri IV ; et celui dont nous reproduisons ici la nouvelle restauration est innocent de ces affreux souvenirs de guerre civile et de religion ; aussi l’architecte qui a présidé dernièrement à sa décoration y a-t-il introduit un nouveau chiffre entrelacé AL, et qui, cette fois, peut s’avouer hautement, car sans doute c’est celui d’Anne d’Autriche, qui fit décorer les appartements de cette portion du Louvre avec tant de magnificence, et de son fils Louis XIV.

Ces chiffres se répètent sur la grille, sur le pavé de marbre et sur les lambiis. Ce n’est pas une épigraphie très-intelligible à première vue que ces différents

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