CHAPITRE PREMIER. — LES CHAMPS-ELYSÉES
tre Rassemblée en belle humeur, et vaut ordinairement à la vierge quêteuse quelques pièces blanches noyées dans une pluie de cuivre. — Ainsi finit la comédie.
Sur des tréteaux, un peu plus loin, le pitre et le compère exécutent la parade, et voici le dialogue qui s’établit invariablement entre ces deux personnages.
Le compère aborde le pitre :
— Vous cherchez une place , mon ami ?
— Oui, monsieur; pourriez-vous m’en indiquer une?
— Certainement. J’en connais une fort belle, et tout près d’ici.
— Laquelle?
— La place de la Concorde.
— Farceur !
— Comment? (Il lui donne un coup de pied; rires dans l’auditoire.)
— .Aie ! a'e! (Ces rires redoublent.)
— Plaisanterie à part, je vais vous en indiquer une très-bonne.
— Où cela?
— Chez un prince.
— Qu’y a-t-il à faire?
— Rien.
— Quelle chance! c’est moi qui fi rai tout l’ouvrage. (Il gambade et ge* i ulc.)
— Ne vous remuez donc pas tant ; vous (‘tes trop vif. (Il lui applique un soufflet; rires nombreux.) Si vous continuez, je vous donne un soufflet.
— Tiens! tiens! et celui-là donc?
— C’est un que je vous devrai.
(L’hilarité redouble.) Vous voulez enlrer chez un prince, mon gaillard ?
vous n’ètes pas dégoûté. Mais d’abord êtes-vous bien fainéant?
— Si je le suis? vous ne m’avez donc pas vu avec mon fusil de munition?
— Où cela?
— Dans la dernière révolution.
— Vous vouliez détruire les tyrans ?
— Pas du tout. Je cherchais tout bonnement pour le tuer, ce brigand, cescélérat, ce conspirateur...
— Qui, enfin?
— Celui qui a inventé l’ouvrage.
( Légère hilarité. )
Voilà qui est bien. Êtes-vous un jeune homme à faire douze repas par jour?
— J’en ferai vingt-quatre, s’il le faut absolument. ( Rires prolongés. )
— Non, non; douze, pas davantage : les temps sont durs, il faut savoir s’imposer quelques privations. (L’hilarité est à son comble.)
Cela se continue sur ce ton pendant une demiheure, puis l’interrogatoire est interrompu par l’apparition d’un troisième personnage en habit noir et en cravate blanche : physique des notaires du Gymnase. Il fait au public trois saints, et s’exprime en ces termes choisis :
«Messieurs et dames, nous avons l’honneur de vous inviter à venir honorer de votre visite deux des plus étonnants phénomènes ci-inclus ( frappant sur le tableau qui décore la tente) que la terre n'ait jamais produits. Ce sont deux jeunes gens, dont une demoiselle et son frère, nés en Angleterre tous les deux : la demoiselle, qui est âgée de vingt-sept ans , est ornée depuis l’âge de dix-sept de cette magnifique barbe noire que vous lui voyez au menton ; par une surprenante bizarrerie de la nature, son jeune frère est porteur d’une barbe aussi blanche que celle d’un Albinos. ( Avec onction : ) Messieurs et dames, très -souvent les annonces sont mensongères, mais nous n’avons qu’une chose à vous dire : venez contempler ces deux phénomènes britanniques. »
Après ces paroles, les tambours et les grosses caisses battent, et la foule s’élance sur l’escalier qui con] duit dans l’intérieur de la baraque, comme à l’assaut d’une barricade.
Rilboquet s’est décidément trompé le jour où il a dit : « L’art est dans le marasme. »
Un autre plaisir des Champs- Elysées que j’allais oublier. Entre deux rangs de chaises s’avance une calèche en miniat tire, traînée par des chèvres. Le capricieux animal a enfin subi le joug de l’homme. Les chèvres indociles, que Virgile aimait tant à voir penderies de rupe, au sommet des roches moussues, posent maintenant un pied réglé sur le sable fin des allées. Une petite fille rose et blanche s’étale comme une duchesse sur les coussins de la voiture. Sur le siège son frère, armé d’un fouet , tient les rênes , et se figure qu’il dirige le fringant attelage. L’automédon de dix ans n’ose tourner son visage ni a garn¬
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Le barymètre. — Voyons combien nous pesons.
Aux bureaux de l'Illustration, rue de Richelieu, SO
20 C par la poste
, YP. TE FIRMIN DIPOT
soirs d’été,, l'allée Gabrielle. Ce chemin est bordé par les jardins des aristocratiques hôtels du faubourg Saint- Honoré. Le jardin de l’ambassade ottomane tout resplendissant de lilas et de roses , puis le jardin de l’ambassade d' Angleterre, aux pelouses verdoyantes.
Tout à côté se détache à travers les grands
arbres le splendide hôtel clePontalba, un palais merveilleux , le plus riche peut-être, et à coup sûr le plus élégant de eet élégant