BEST- LELOIR
quartier. Voyez cet autre jardin tout hérissé de ronces, de plantes parasites , et qui rappelle les forêts vierges :
il a pour propriétaire un homme trois et quatre fois millionnaire qui a trouvé plaisant de placer en face de l’avenue un tombeau en fonte qui rappelle dans l’ensemble et les détails celui d’Héloïse et d’Abélard. A deux pas, l’hôtel Sébastiani, où se joua, en 1847, ce drame lugubre qui jeta la consternation dans Paris et dans toute la France. Un peu plus loin, les sentinelles échelonnées de distance en distance vous avertissent que vous êtes devant une demeure officielle. Voici l’Élysée, le palais du Président de la République. Ce palais de l’Élysée, dont la construction remonte au dernier siècle, fut habité, sous la Restauration, parle duc de Rerry. Pendant les dix-huit années du règne de Louis- Philippe il offrit l'image de la plus désolante solitude.
Allez maintenant vers le Cours-la-Reine , cette promenade à la mode au dernier siècle, et qui aujourd’hui n’est plus qu’un chemin banal ouvert aux célérifères de Passy, aux vélocifères de Saint- Cloud, aux gondoles de Versailles, et à tous les omnibus qui partent de la barrière des Bons- Hommes pour jeter les voyageurs dans les différents quartiers de la capitale. Là un autre spectacle vous attend :
à quelques pas est la Seine.
Devineriez- vous ce que font ces grappes de têtes humaines, suspenduesau parapetdu pont, avec toutes les variétés de coiffures que com-
che ni à droite tant il est pénétré de l’importance de ses fonctions. Cependant les deux Amalthées cheminent paisibles et résignées à leur abjection, en songeant qu’en amusant les enfants elles sont encore dans leur rôle de nourrices. L’équipage enfantin conquiert toutes les sympathies.
Les deux chèvres marchent ordinairement au pas , mais quelquefois, à un coup de fouet intempestif du jeune cocher, elles se fâchent, s’emportent, et se mettent à capricoler au milieu de la promenade. Il faut entendre alors le cri des mères épouvantées. Heureusement le danger n’est jamais bien menaçant : le loueur, d'une main , retient son attelage par les cornes, et de l’autre il soutient la calèche qui commence à pencher, et les enfants descendent après avoir subi toutes les péripéties d’une chute qui n’a pas eu lieu ; les mères se remettent de leur émotion, et le public qui a fait tout de suite cercle autour de l’accident , se retire après s’être donné gratis la distraction de voir des chèvres prendre le mors aux dents. Seuls, les enfants du riche peuvent se permettre cette distraction à tant l’heure; les autres enfants contemplent de loin la calèche coquette ou la suivent d’un œil envieux. Que ne donneraient-ils pas eux aussi pour s’asseoir sur ces coussins de soie ! Quel que soit votre désir de redevenir enfant , il n’est pas probable que vous le poussiez jusqu’à vouloir vous donner le plaisir de la locomotion par les chèvres.
Ce plaisir, que vous n’osez prendre, procurezle à un de ces pauvres enfants dont le cœur palpite rien qu’en entendant sonner les grelots qui pendent au cou de l’attelage. Plus tard il se souviendra qu’il a eu , lui aussi , son jour de fortune et qu’il a roulé carosse.
Je ne peux abandonner ce côté des Champs- Elysées sans parler un peu de cette ombreuse allée si charmante et si odorante dans les beaux
Le nécromancien populaire.
Le physicien en plein vent.
L’attelage de chèvres