CHAPITRE XXIX
LE LONG DE LA SEINE (Suite).
fièrent le soin d’embellir leurs somptueux palais de Persépolis. Là, tous les bas-reliefs sont empreints du caractère de la sculpture assyrienne , et les nombreux points similaires sont si frappants, qu’il peut être considéré comme indubitable que les Persans se sont inspirés des monuments de Ninive restés debout et à découvert encore au cinquième siècle avant Jésus-Christ, au temps de la dynastie achéménide.
Parmi les questions intéressantes qui ont surgi en
même temps que les monuments découverts , il est assurément fort curieux d’y trouver celle qui concerne l’art pour lui-même ; mais les plus importantes se rattachent à tous les détails des usages royaux, de la vie militaire et domestique, en un mot, des mœurs assyriennes.
Ici, nous voyons le roi, en habits de gala, suivi de ses eunuques qui tiennent le chasse-mouches ou le parasol sur sa tête, qui portent ses armes; des guer-
Musée de Ninive. — Personnage conduisant quatre chevaux.
t iers lui font un cortège magnifique; et plus loin, on lui offre des présents, des meubles merveilleusement ouvragés, des chevaux, des peaux de bouc remplies d’or ou de vin, de petites images, des forteresses, emblèmes de celles qu’il a prises d’assaut: dans toutes les processions se déroule la pompe fastueuse d'une cour asiatique.
Lit, on voit encore le roi passer sur son char de bataille; des chevaux foulent aux pieds ses ennemis; sa flèche va les atteindre jusqu’au sommet de leurs tours; les béliers, les torches incendiaires, toutes les machi¬
nes de guerre sont en œuvre pour abattre les murailles et ouvrir une brèche aux assiégeants. Aux scènes de carnage succède le triomphe avec ses fêtes, et ce ne sont pas les moins curieuses : sur des tables, ornées de têtes de taureaux à griffes de lion , qui feraient honte à nos ébénistes, sont déposés des mets somptueux. Les invités au royal festin sont rangés autour, assis sur des sièges élégamment sculptés, et trinquent avec des verres d'un travail délicat, dont le pied figure une gueule de lion. — Des eunuques, serviteurs intimes du palais, font le service derrière les convives, et s’empressent à remplir de vin les vases vides, tandis que d’autres, armés de chasse-mouches, éloignent les insectes ailés qui pourraient troubler les plaisirs du repas. Toutes ces scènes rappellent parfaitement ce que l’Écriture raconte du festin donné par Assuérus aux grands de son royaume, et qui dura quarante jours.
Au milieu de ces tableaux de la vie intérieure du palais se dressent imposants , sévères, et avec toute la gravité roide de la convention religieuse, les dieux qui semblent, eux aussi, en être des hôtes familiers.
Tantôt ils affectent la forme d’un gigantesque taureau ailé à tête humaine, ou celle d’une figure d’homme ayant quatre ailes, et coiffé d’un bonnet sur lequel se dessinent plusieurs cornes; tantôt, conservant la figure humaine, ils terrassent un lion , ou bien, avec un corps d’homme, une tête et des ailes d’aigle, ils ont pour attribut une pomme de pin et un panier, symbole delà fécondité à laquelle ils président. Ces divinités, invariablement placées en dehors ou à l’entrée des diverses salles, semblent garder les abords du palais, et veiller sur le séjour du monarque.
L’état de la conservation des sculptures du musée ninivite est véritablement remarquable; quand on fait le compte des siècles qui auraient dû les effacer, on peut alors se faire une idée très-juste, et, il faut le dire, très-surprenante, du degré de perfection que l’art avait déjà atteint dans ces temps anciens, que nous nous étions habitués à considérer comme fabuleux, ou tout au moins barbares.
Estimons - nous donc heureux de voir les vingtcinq ou trente sujets différents de la galerie assyrienne représenter si dignement l’ensemble des admirables tableaux sculptés qui pourraient faire dire, si on l’osait, du palais découvert à Nivive, qu’il était le Versailles des princes assyriens.
Estimons-nous heureux encore, nous Français,
dans ce siècle où il semble que tout soit connu, et que le champ des découvertes soit devenu stérile, de posséder ces spécimens de la civilisation si reculée, que nous devons aux investigations et aux efforts persévérants de deux de nos compatriotes.
L’État a voulu consacrer cette belle et utile découverte par la publication de tous les éléments qui la composent. Sculpture, architecture, inscriptions, tout a été gravé, et forme déjà un des plus beaux
Musée de Ninive. — Buste de guerrier.
comme des plus curieux ouvrages d’archéologie.
En 1843, le musée s’était enrichi de statues chinoises et du cabinet légué au roi des Français par sir Franck Standish (de Londres). Les trois Chinois, rapportés de leur pays natal par un officier de marine, sont, dit-on, un mandarin et deux hommes du peuple, en bois sculpté, doré et peint. Il est, au contraire, hors de doute que ce sont trois divinités. On les avait placés dans la salle du Globe, au musée Charles X, où ils excitaient
VI usée de Ninne. — Personnage portant une antilope.
plus d’étonnement que d’admiration. Le prétendu mandarin , corpulent personnage , la tête inclinée , les mains jointes, assis sur une chaise , est doré de la tête aux pieds, à l’exception du dos , que recouvre une couche d’argent. Sa mitre orientale est enrichie de perles blanches et bleues; sa barbe se compose de quatre ou cinq mèc hes de crin 1 lanc qui flottent sur sa poitrine; sa taille est celle d'un homme adulte surchargé d’embonpoint. Les deux prolétaires, ou plutôt les dieux inférieurs, placés à ses côtés, sont de moindre dimension ; ils ont la peau verte et brune, les ha-
bits teints de plusieurs couleurs éclatantes, le corps demi-nu, et d'affreuses physionomies. Ces trois échantillons de la sculpture chinoise ne sauraient donner une grande idée des beauxarts du Céleste Empire ; mais on ne peut du moins leur contester le mérite de la singularité.
Nous avons parlé tout à l’heure, à propros du musée assyrien, de la civilisation et des arts de l’Assyrie. Les formes comparativement élégantes des dieux assyriens prouvent que ces statués ne sont pas une contrefaçon de la statuaire égyptienne. Rien ne montrera mieux aussi la différence qui existe entre ces deux civilisations, la civilisation égyptienne et la civilisation chinoise, que la comparaison des objets d’art de ces deux pays. Autant la statuaire égyptienne est roide, immobile et grave, autant est tourmentée, travaillée, fouillée et mouvementée la statuaire chinoise; c’est en quelque sorte la fantaisie de la barbarie. L'hlole chinoise et le Dieu guerrier dont le dessinateur donne un spécimen, montrera mieux que tous les raisonnements en quoi l’art chinois se distingue de l’art oriental primitif.
time dont on devait assurément lui savoir gré, mais qui n’a guère, ainsi que nous l’avons dit plus haut, de valeur intrinsèque. M. Franck, comme la plupart
Sculptures chinoises exposées au Musée du Louvre.
des amateurs , s’abusait sur le mérite des œuvres d’art qu’il avait recueillies; sa collection, qui émerveillait les visiteurs dé. Standish-Hall , déparait presque le royal palais du Louvre. Les rédacteurs du catalogue avaient dû substituer aux affirmations audacieuses, les : attribue à, école de, imitation de, genre de, formules équivoques, équivalentes à une négation. Néanmoins, au milieu des copies et des peintures apocryphes, on remarquait dans ic cabinet Standisli plusieurs tableaux, de la pdssessinn desquels
tion renfermait d’excellentes éditions des classiques grecs et latins, delà Bible et des Pères de l’Église; les savants ouvrages de L. A. Muratori, le Monas-
ticon de William Dugdale, la llritannia deCamden, tlie Costumes ofthe Ancient de llope, les Monuments de la Monarchie de Bernard de Montfaucon, et autres précieux recueils.
Après le musée assyrien vient celui des moulages en plâtre; puis, celui des statues grecques et romaines, dont nous ne possédons pas les originaux en marbré dans nos salles des antiques, qui contiennent d’ailleurs d’admirables chefs-d’œuvre et en aussi grand nombre que les plus beaux musées d Italie. Nous avons parlé de la Venus de Mi/o qui se trouve dans ces galeries; nous y trouvons aussile Gladiateur, V Hercule. Farn'ese, la Polyirjhie, la Diane de Gable, le Marsîas et bien d’autres merveilles capables d'irriter la bile de M. Gaume et de M. de Montalembert.
L’honorable M. Roux-Lavergne, rédacteur de l Univers, soutenant, il y a quelques mois, la thèse de ces deux messieurs contre l’art païen et celui de la renaissance, disait avec
Brûle-parfums en usage dans les pagodes chinoises.
Dieu guerrier chinois.
une franchise vraiment héroïque, que la vue de 1 ’ Antiope du Corrége le changeait en satyre. Puisqu’il est si prompt à la tentation, nous lui conseillerons d’éviter^ la vue du musée de la renaissance,
on pouvait nous féliciter: un Paysage avec figures, d Antoine A\ atteau ; quatre dessus de porte du château de Bcllevue , par Carie Van Loo; des tableaux de fruits et d animaux, par Sneyders; un portrait de A elasquez, quelques toiles de Murillo, et une dizaine de dessins. Le reste ne vaut pas l’honneur d’être nommé.
La bibliothèque qui faisait partie de la collec-
ldole chinoise.
La collection de M. Franck Standish qui remplaça le musée de marine, occupait sept salles entre les galeries des dessins et le musée espagnol. Le legs de cet amateur anglais était un témoignage d’es-