CHAPITRE XXIX. — LE LONG DE LA SEINE (Suite
oii pullulent, comme pourrait le dire un congréganiste, les œuvres de démon dues au ciseau séducteur et perverti des Jean Goujon, des Cousin, des Germain Pilon, et autres illustres maîtres. Le musée de la Renaissance contient des œuvres de la statuaire du moyen âge, et des œuvres presque contemporaines; demain, peut-être, ou y mettra une ou plusieurs figures de Pradier. Là aussi, on peut suivre avec fruit le mouvement artistique qui s’est opéré en France depuis le quinzième siècle jusqu'à nos jours; car, à part les deux esclaves de Michel- Ange, ce musée est presque exclusivement rempli d’œuvres nationales. Nous pouvons d’ailleurs affirmer, sans crainte d’être démenti, que si le colosse de l’Italie n’existait pas, l’école française de sculpture, depuis Jean Cousin jusqu’à Loudau et Caffieri, peut s’appeler la première école du monde pour les temps modernes. C’est dans ce musée de la Renaissance que se trouvent les trois Grâces de G. Pilon, le tombeuu de Diane de Voiliers de J. Goujon, le Milan de Crotone et Y Andromède du Pujet; puis les bustes merveilleux de Coysevox et de G. Coustou.
A côté du musée de la Renaissance, on trouve le musée de sculpture égyptienne. L’art égyptien se trouve mal à l'aise dans une salle ; il faut l’horizon immense des plaines africaines à l'austérité îles lignes, au caractère rigide et mystérieux de ces figures. Toutes les statues mutilées des Pharaon et des Sésostris, des dieux et des sphynx gigantesques, ont l’air attristé par l’étroite prison oii les intempéries de notre climat nous ont forcés de les renfermer. Le granit, en effet, qui résiste pendant des milliers d’années aux morsures du soleil , n'est point à l’c-
1 asp. cratère, d’après l’antique.
vre ont faites depuis trois ans, sur les avantages que l’art a pu en retirer, et sur la marche qu’il nous semble préférable de suivre en pareille occasion.
Nous ne devons plus compter sur le gain des batailles pour enrichir le Louvre des œuvres importantes qu’il nous faudrait posséder pour que toutes les écoles y fussent représentées; d’un autre côté, notre musée, loin d’être pauvre en tableaux, en contient, sans contredit, un trop grand nombre, et nous pourrions citer plus d’une toile indigne de l’honneur auquel on a bien voulu l’admettre. L’école espagnole, ainsi que nous l’avons déjà dit, est maintenant trop réduite. Nous ne possédons rien de l’école anglaise, école peu riche en réalité, mais qui pourtant compte des maîtres comme Beyralds, Hogarth, Wilkie et Lawrence. Nous n’avons pas de tableaux d’Albert Durer; nos Salvator Rosa ont été ravagés ainsi que d’autres chefsd’œuvre, notamment la Charité d’Andrea del Sarto, par les restaurateurs attachés à la direction des musées. En revanche, nous possédons une collection peutêtre trop riche des maîtres de la décadence italienne , tels que Pietre de Cortone, Guerchin, Albane, et surtout les salles du Louvre sont véritablement encombrées par les peintres français de la fin du dixseptième siècle. Ne serait-il pas possible d’enrichir notre musée sans qu’il en coûtât un sou au budget, par voie d’échange avec les musées de province, de l’étranger, avec les galeries des amateurs célèbres? Nous comprenons parfaitement que le Louvre tienne à honneur d’avoir une collection complète des peintres français, et qu’il estime à un plus haut prix que les musées allemands ou italiens des artistes de second ou de troisième ordre: mais à quoi bon étaler
preuve de la pluie et des brouillards qui le rongent peu à peu.
Nous ne nous arrêterons que pour le mentionner seulement, au musée mexicain.
Il nous répugne d’ailleurs de voir le Louvre, ce sanctuaire consacré aux plus grands génies des civilisations qui font la gloire et l’orgueil de l’humanité, donner asile à des friperies barbares qui intéressent bien plus les archéologues officiels que les artistes.
Cette accumulation de prétendues richesses fera bientôt ressembler, si l’on n’y prend garde, notre magnifique musée à une boutique de bric à brac. Aussi bien est-ce ici le lieu de faire quelques réflexions sur les acquisitions quel’administfation des beauxarts et la direction du Lou-
D R t li O R t R T .
en si grand nombre des tableaux d’artistes dont nous ne devrions posséder qu’une ou deux toiles, comme spécimen de leur talent et dans l’intérêt de l’histoire de l’art?
Nous n’aurons, au contraire jamais trop de Poussin, de Chardin. Il faut recueillir présentement jusqu’aux moindres lin amen s de Prud’hon et de Géricault, cela se comprend de soi; mais il importe, pour l’honneur de notre école, de ne pas encombrer nos galeries des fadeurs de Lagrenée, de Coypel, de Natoire, des compositions théâtrales et ennuyeuses des élèves de David ou de Gérard, tandis que nous ne possédons qu’une seule esquisse de Watteau, et que, dans un récent incendie au ministère de l’intérieur, nous avons vu brûler un chef-
Tableau d’Hobbema récemment acquis par le Musée (lu Louvre.
d’œuvre de Marli, qui depuis longtemps aurait dû être placé dans la salle des Sept-Cheminées.
Au reste, qu'il s’agisse d’acquisitions ou d’échanges, l’administration doit surtout faire preuve d une extrême prudence, d'un respect de l’art poussé jusqu’aux dernières limites du scrupule, et se garder de ces engouements puérils d’amateurs qui ruineraient le budget des beaux-arts sans profit pour notre musée. C’est ainsi que nous avons acheté un Murillo, inférieur peut-être à ceux que nous possédions déjà, plus de six cent mille francs, somme énorme et pour laquelle nous aurions pu acquérir, avec le temps, une ou deux toiles de Velaquez, des peintures de Zurbaran, d’Alruzocano, un chef-d’œuvre de Sébastien del Piombo, ou de tout autre grand maître italien.
Ainsi, on a payé, à une vente de INI . de Morny, une tête de Balthazar Denner (il n’a jamais passé pour un maître auprès des connaisseurs sérieux), une somme très-forte avec laquelle on aurait pu avoir un admirable Watteau , qui faisait partie de la même collection. Nous aimons mieux les acquisitions faites à la vente du roi de Hollande, bien que nous eussions pu nous en passer. Nous voulons parler d’un portrait par Rubens dont nous donnons la gravure, en même temps que celles d’un tableau du Pérugin, et de quelques dessins achetés à la même vente.
Le paysage d’Hobbema, dont nous ne possédions pas une seule toile, a été acquis à peu près à la même époque.
Parmi les chefs-d’œuvre que renferme le musée du Louvre, nous indiquerons quelques-uns de ceux que l’opinion de la critique et des artistes a mis au premier rang. Nous commencerons cette nomenclature par les écoles italiennes.
École florentine. Cimabué : la Vierge aux Anges ;
M. le baron Devicq, portrait par Rubens, c/e; Anges, J é:us appara ;ssant à la Madeleine.
École romaine. Sébastien del Piombo : la Visita-
Angelico de Fiesole ;
le Couronnement delà Vierge et le Miracle de saint,
Dominique ; — Ghirlandajo Rodolphe : le Couronnement de la Vierge; — Léonard de Vinci : tous les tableaux de ce maître, et particulièrement ; la belle Eerronniere, la Joconde (portrait de Mona Lisa), la Vierge aux rochers ; — Fra Bartolommeo : la Salutation angéjique ; — Andrea del Sarto : tous ses tableaux : la Charité et deux Sainte-Famille ; — Le Bronzino : un admirable portrait, longtemps attribué à Sébastien del Piombo ; — Daniel de Volterre : David tuant Goliath ; — Georges Vasari : une Annonciation.
École vénitienne. André Mantegna : le.
Christ entre les larrons ; — Giorgion : Concert champêtre ; — Titien : tous ses tableaux, surtout la Vierge au lapin, les Pèlerins d'Émaüs, le Christ porté au tombeau, l Homme au gant, (portrait), le tableau dit la Maîtresse du Titien; — Le Bassan : l'Adoration des bergers , les Apprêts de la sépulture de Jésus, etc. ; — Le Tintoret : le Paradis, portrait du Tintoret; — Paul Veronèse : tous ses tableaux, surtout les Noces de Cana, le plus grand tableau du Louvre et 1 un des plus admirables chefs-d’œuvre de la peinture ; Jésus chez Marthe et Marie, 1' /évanouissement d’Esther, etc.;
Canaletti : toutes ses vues de Venise.
École ombrienne. Le Pérugin : la Nativité, une Vierge avec V Enfant Jésus et
L’évanouissement de la vierge, dessin à la plume par Rapliaël.
Sainte Famille, tableau par le Pérugin.
lion de la Vierge; — Raphaël : tous ses tableaux, notamment la grande Sainte- Famille, la Vierge au linge, Saint Michel terrassant le dragon, portraits dits le Portrait du Maître d'unne et le Portrait, de Raphaël infant ; — J. Romain : la Nativité, la Vierge, F Enfant Jésus et saint Jean, Portrait de J. Romain. ; — Michel-Ange Caravage : l<t Mort de la Vierge, la Diseuse de bonne aventure, Portrait d'Alof de Vignacourt; — Piètre de Cortone : le musée contient un nombre considérable de ce maître facile et ingénieux, mais dont toutes les œuvres accusent la décadence de l’art; — Guaspre Poussin : Paysages historiques.
École bolonaise. Francia : Lin admirable portrait placé dans le Salon carré, longtemps attribué à Raphaël ; — Primatice : la Continence de Scip/on; — Louis Carrache : Apparition de la sainte Vierge et de F Enfant- Jésus à saint Hyacinthe ; ■ — - Annibal Carrache : Apparition de la sa mie Vierge à saint Luc et à sainte Cal lier inc; — Albane : le musée possède également un nombre considérable de tableaux de ce maître jadis trop vanté; — Le Dominiquin : Sainte Cécile, etc.
École lombarde. Le Corrége : Mariage mystique de sainte Catherine, Antiope; — B. Schidone : le Christ au tombeau; — Le cavalier Lanfranc : un
grand nombre de tableaux.
École napolitaine. Salvator Rosa : un Paysage, une Bataille, Apparition de l'ombre de Samuel à Saul.
Nous avons dit comment était représentée lecole espagnole.
Dans l’école allemande nous avons une Descente de croix, d’Holbein ; plusieurs de ses admirables portraits, entre autres celui d’Erasme; des tableaux de Van-Eyck, de L. de Cranach.
Mais nous possédons surtout une admirable collection de maîtres flamands et hollandais ( les maîtres primitifs de cette école exceptés). Nous indiquerons sommairement ici les plus célèbres de ces chefs-d’œuvre :
les Pèlerins d'Émaüs , le Charpentier, et quatre portraits de Rembrandt. Tous les tableaux delà galerie du Luxembourg, la Kermesse et ses portraits ; ceux de Van-Dyck, parmi lesquels le portrait de Charles II; les paysages de Ruisdaël, le * Buisson, le Nuage , etc. ; ceux de Winants et Huysmans ; les paysages et tableaux de genre de Berghem; le Passage du gué, de Wouwermans, de Karl Dujardin ; les animaux de Paul Potter , d’Albert Cuyp ; les paysages et animaux de Van de \elde, de Van derNeer, etc.; les marines de J. Van de Volve, Backüisen; les intérieurs de Peter de Hoog.
Et les Téniers, depuis Saint Pierre reniant son maître jusqu’à la 'Tentation de saint Antoine ; et Van-Ostade, le plus grand maître de tous ceux qu’on appelle les petits maîtres, et son Ecole de village, son chef-d’œuvre ; après Van-Ostade, Terburg, Metzu, Jean Steen, Peter Breughel; un tableau, un seul malheureusement, d’A. Brawer; les natures mortes de Sneyders.
Puis vient I’ecole française. Les portraits si fins et si naïfs à la fois de Janet [Henri IV, Charles IX); les grandes machines de Simon Vouet, les chefs-d’œuvre de ses illustres élèves, la Vie de saint Bruno, de