ÉGLISE SAINT-GERMAIN L’AUXERROIS
Origine de l'église Saint-Germain l’Auxerrois. — Une inscription antique — Les reliques de saint Vincent. — Un legs de Bertrand, évêque du Mans. — Saint-Germain le Rond. — Le poème d’Abbon. — L’église Saint-Germain l’Anxeirois transformée en forteresse. — Sa juridiction sous le roi Robert. — Ecole dépendante de l’église Saint-Germain l’Auxerrois. — Réunion d< finitive avec le chapitre île Notre-Dame. — Le grand portail. — Les six statues du portail. — Réparations laites après ÎHBO. — Peintures du porche. — Critique sur la décoration des églises. — Intérieur de l’église Saint- Germain l’Auxerrois. — Disparate entre les diverses parties de l’édifice. — La tenture peinte. — Les chapelles. — La chapelle de M. Gigoux. — Les médaillons de sainte Geneviève. —
Peintures murales. — Les deux troncs dans l’église Saint-Germain l’Auxerrois. — La fresque de Saint-Martin. — Baptistère de M11" de Lamartine. La peinture sur verre.
Difficultés inévitables da«s son application. — Quelques mots sur l’historique de la peinture sur verre.— Vitraux de l’église Saint-Germain l’Auxerrois. — La fenêtre de MM. Galirnard et Lami de Nozan. — Eloge de cette œuvre. — Place Saint-Germain l’Auxerrois. — Hôtel du Doyenné. — Henri IV et Gabriclle d’Estrées. — /.ai net. — Hôtel de Ponthieu.
— Coligny et Maurevert. — Wauloo. — Le For-l’Evêque. — Les comédiens réfractaires. — La clairon au For-l’Evêque. — Le Journal des Débats. — Le café Momus.
A côté du Louvre s’élève l’église de Saint-Germain l’Auxerrois, à laquelle s’attachent peut-être les plus anciennes traditions du l’aris chrétien. Ce monument religieux est loin de présenter dans son ensemble l’unité qui distingue quelques autres paroisses moins célèbres; sous le point de vue historique, on y remarque, plus qu’à Notre-Dame, par exemple, les traces et comme les couches successives des recons¬
tructions et des réparations. Depuis sa première fondation, attribuée au roi Childebert, lils de Clovis, jusqu’aux derniers travaux, qui datent de Louis-Philippe, les transformations ont du être bien nombreuses ; l'édifice, altéré de siècle en siècle, ne conserve plus son caractère primitif. D’ailleurs il est bien moins intéressant comme architecture générale que comme échantillon des diverses époques, et aussi comme
souvenir toujours vivant de temps et d’événements si étranges et si divers.
On peut lire encore, en vieux caractères gothiques, sur le porche de cette église, l’inscription suivante, qui atteste son antiquité presque fabuleuse : « C’est Childebert, roi chrétien, et sa femme Ultrogothe, qui fondèrent cette église. » Et les images du prince mérovingien et de sa femme, fraîchement redorées et
|l » V-V -ElOf
i!: Il
MfljpiÉ
'Ml, l
BW’îril
iüli *' • ...
V ne extérieure de l’église Saint-Germain IV uxerrois.
revivifiées, semblent consacrer de nouveau cette tradition. En effet, si l’on en croit quelques historiens, l’église aurait été élevée par ce roi de Paris pour recueillir les reliques de saint Vincent, rapportées de Saragosse à la suite d’une campagne contre un roi visigoth d’Espagne, gendre de Clovis. Saint Vincent a été considéré, jusqu’au milieu du siècle précédent, comme le premier patron de cette église; ce n’estqu en I T iàque l’on a supprimé dans les offices l’invocation à ce saint diacre. La tradition rapporte d’une manière plus certaine que saint Landry, évêque de Paris, y tut inhumé vers Gô6, ce qui constitue déjà une assez belle
antiquité. Le corps du patron actuel y fut transféré sous le règne de Clotaire H, comme l’atteste Pacte suivant, d’un prélat, de Berirand, évêque du Mans, qui lègue une terre à cette église : « Je donne à la basilique particuli'Te de mon parrain spirituel l’évêque Germain, qui m’a élevé, et par son zèle m’a fait par venir, quoique indigne, au rang de prêtre, une terre que je possède auprès d Etampes, en don du roi Clotaire. Je désire que son corps, qui repose dans la basilique de saint Vincent, soit transféré dans l’église nouvelle que lui a fait construire autrefois le célèbre roi Ghilpéric, et que le revenu de ma terre soit affecté
à des prières perpétuelles pour obtenir le pardon de mes fautes. » Ce testament, daté de la vingt-deuxième année fin règne de Clotaire 11 , semble lever tous les doutes. En effet, on voit que le corps de saint Germain l’Auxerrois reposait dans 1 église de saint \ incent, devenue depuis 1 abbaye de Saint Germain des Prés, et que le roi Ghilpéric avait fait construire pour le recevoir une basilique nouvelle : la translation n’était pas encore opérée lors de lit mort du testateur.
Depuis cette date, nous ne perdons plus la trace de la vieilli1 église. Elle fut désignée d’abord sous le nom de Saint- Germain le Rond, à cause de sa forme, et
on la trouve ainsi appelée dans le poème qu’Abbon a consacré aux exploits cl Eudes, comte d Ile de France, plus tard roi, qui défendit Paris contre les Normands. L’histoire nous montre ensuite Pépin le Bref enlevant en cérémonie les os du saint évêque, encore inhumés ii Saint-Vincent, et les transférant dans l’église élevée à leur intention, après une résistance de plus cl un siècle de la part des anciens dépositaires. Saint-Germain l’Auxerrois se trouvait alors tout a tait en dehors de la ville, et au milieu des domaines de l’évêque de Paris: aussi la basilique relevait de la métropole, et était tenue dans une étroite dépendance. Transformée en forteresse par les Normands qui assiégèrent de nouveau Paris, elle fut détruite par eux, lorsque Charles le Chauve eut acheté leur retraite : la rue des Fossés Saint-Germain l’Auxerrois conserve encore, dans son nom, le souvenir de cette occupation momentanée. Au commencement du onzième siècle, le roi Robert la fit rétablir sur un nouveau plan, et lui donna, outre le nom définitif qu’elle a conservé jusqu’à nous, une juridiction considérable et de précieux privilèges. Son domaine s’étendait depuis la rue Saint- Denis jusqu'à Saint-Cloud, en suivant la rivière; elle possédait des étaux de boucherie aux halles, et nommait à tous les bénéfices dépendants de cette vaste étendue.
Charlemagne avait établi une école dépendante de la communauté des chanoines de Saint- Germain l’Auxerrois. Cette école , reconstituée par Robert , acquit une grande célébrité , et fut approuvée par Maurice de Sully, le fondateur de Notre- Dame de Paris. L’école et le chapitre conservèrent pendant près de dix siècles leur indépendance et leur bonne intelligence avec la métropole : la réunion définitive avec le chapitre de Notre-Dame n’eut lieu qu’en 1730.
L’édifice lui-même ne présente pas moins d’intérêt comme vicissitudes historiques, que l’institution des chanoines et de l’école dont je viens de parler. Il ne reste plus rien du monument de Robert, à plus forte raison de celui de Chilpéric. Le grand portail, qui remonte à Philippe le Bel, doit à sa situation au fond du porche, d’avoir échappé aux -dévastations de 1793. Les figures dont il est orné sont au nombre de six : d’abord les deux personnes royales dont il a été question; puis un ecclésiastique, portant une simple dalmatique, qu’on croit être le saint diacre Wulfran, sainte Geneviève, un ange et un évêque, probablement saint Landry. La statue de saint Germain, qui était autrefois au trumeau séparant les deux battants de la porte, fut enlevée au dix-septième siècle et enfouie sous terre. Le vestibule qui précède ne date que de Charles ML Cette façade n’a jamais été terminée, comme on peut s’en convaincre à la seule inspection du monument: les parties supérieures et pyramidales y manquent entièrement.
Cette entrée, remarquable à plus d’un titre, avait été laissée dans un déplorable état de dégradation. Le gouvernement de Juillet, qui avait quelques torts à se reprocher relativement à l’église de Saint-Germain
l’Auxerrois, les répara grandement. Quelques vitres avaient été brisées par les balles des trois jours, et la croix du clocher lut descellée lors du sac de 1 Archevêché, dont le signal était parti de la vieille église, comme autrefois celui de la Saint-Barthélemy; on remit de superbes vitraux coloriés de façon à imiter les anciens chefs-d’œuvre des verrières au moyen âge, et on restaura l'édifice entier.
Dans cette réparation , faite presque toujours avec goût, qui a débarrassé les alentours de l’église des masures, des échoppes et des noires baraques dont elle ('tait, environnée, on ne peut guère blâmer qu’une grande prodigalité de dorures et de couleurs criardes. L’or, la pourpre, tout ce qui pare d’ordinaire les cafés et les boutiques de confiseurs, a été mis en usage : on a voulu refaire la sculpture polychrome et les brillantes enluminures du moyen âge. Qu’en est-il résulté? ce qui arrive toujours dans des circonstances analogues. C’est qu’au lieu de considérer les anciennes ligures de rois, d’anges et d’évêques comme des monuments d’un art dans l’enfance, le public passe sans attention, tenté' d’assimiler le vieux monument à nos frê¬
Porche de l’église Saint-Germain l’Auxcrrois, décoration du tympan.
les baraques, éclatantes d’ornements en carton-pierre.
Nous donnons ici des gravures qui représentent les compositions à la fresque de M. Mottez, compositions exécutées sous le porche de l’église. Ce n’est peut-être pas le lieu d’examiner si ce retour à l’architecture polychrome, abstraction faite de l’œuvre du peintre, est une chose bonne et utile. Les archéologues ont retrouvé sous le badigeon des traces de peinture à la cathédrale de Saint-Denis, à la Sainte-Chapelle, à Notre- Dame , dans les églises de Reims , de Soissons , etc. ; mais ces traces de peinture ont été vues surtout à l' intérieur. Là, ces capricieux ornements aux mille couleurs s’allient bien avec le jeu de la lumière à travers les verrières colorées, et leurs riches détails forment, dans les chapelles, une transition naturelle à la décoration des autels. Mais, à l'extérieur, le même système doit-il être appliqué aux gigantesques églises du moyen âge, que notre ciel chargé de frimas a bronzées depuis longtemps d’une teinte uniforme et sombre? Que sous le ciel de l’Ionie, sous celui de l’Egypte, on ait décoré de peintures des monuments d’une forme généralement basse et massive, cette gaie coloration,
destinée à rendre sensibles les diverses parties de l’architecture, était en rapport avec 1 éclat de la lumière et du ciel.
Le porche de Saint-Germain l’Auxerrois a dû être ajouté à la façade vers le milieu du quinzième siècle. Ce porche, le portail et les six statues de Jean Gausel, maçon tailleur de pierres , qui reçut 960 livres tournois pour ses travaux, furent-ils enluminés et dorés dans le principe? C’est ce qu’on ignore; mais, l’eussent-ils été , ce n’était nullement une raison pour recommencer aujourd’hui cette enluminure. Dans ces âges si loin de nous, moins encore par le laps des années que par la barbarie des mœurs, à cette époque désastreuse oii le pays déchiré par les factions, occupé par les Anglais, pillé, ruiné par les soldats d’aventure, était arrivé au dernier degré de misère, le peuple, au milieu de ses villes mal bâties, tristes, sales et infectes, ne connaissait d’autres pompes que celles du culte , d’autre spectacle que celui des cérémonies religieuses. C’était dans le temple seulement qu’il pouvait s’imaginer que toute poésie n’avait pas disparu de ce monde. Le sanctuaire de la Divinité était aussi celui des beauxarts. Là étaient les merveilles de l’architecture, là s’épanouissaient la sculpture et la peinture, là s’étalaient à ses yeux éblouis les métaux et les pierres précieuses, les riches et splendides vêtements. Sa foi naïve et son esprit borné s'abandonnaient sans réserve à tous , ces enchantements.
Mais aujourd’hui que les spectacles abondent partout , que l’art s’est vulgarisé, rapetissé, mêlé aux besoins de la vie commune, qu i!
court les rues, qu’il décore les boutiques, ne craignez-vous pas d’exposer jusque sur la place publique ce fastueux anachronisme à sa verve moqueuse? ne craignezvous pas que ce décor de l’église ne lui semble bien pâle à côté des décors des théâtres , ces arabesques gothiques peu délicates ou ingénieuses à côté de celles des cafés et des estaminets; et que ce luxe inutile, répandu sur ce vestibule du temple, n’ait d’autre résultat que de mieux faire ressortir à sa vue la grossièreté d’un art incorrect? Rétablissez dans leurs niches les statues de pierre, il les respectera comme parties intégrantes de l’église ; mais les figures bariolées, ces rois, ces reines d’or, ces diables verts... loin de lui imposer, n’auront même pas le faible mérite de l’étonner un instant : n’en voit-il pas à peu près autant tous les jours chez les marchands de jouets d’enfants? Cet or et ces peintures qui revêtent tout l'intérieur du porche font paraître plus noir et plus triste le reste de l’édifice. Cet étalage de richesses sur la porte d’une église donne une idée exagérée des merveilles qui attendent les fidèles une fois qu’ils seront introduits dans la nef, et ici elle est loin de répondre à ses espérances. Il y a là évidemment un contresens.
Nous venons d’exprimer avec franchise notre impression personnelle sur les décorations du porche de l’église de Saint-Germain l’Auxerrois, pensant, pour notre part, qu’on fera bien de s’en tenir à cet essai, et qu’on aurait tort d’étendre à d’autres églises ce système de décor pittoresque , qui, fût-il plus justifié