‹ Tableau de Paris (volume 2)Chapitre 177 sur 230 · LE LONG DE · texte numérisé non relu

LE LONG DE

LA SEINE (Suite).

IÆS TUILERIES.

La Sablonnière. — Pierre des Essarts et l’hôtel des Tuileries. — Catherine de Médicis achète la maison des Tuileries. — Origine du château des Tuileries. — Philibert Delorme et Jean Bullan. — Louis XIV termine les Tuileries. — Levau est chargé de ce Irai ail. — Historique du château des Tuileries. — Une fête sous Charles IX. — Ascension des physiciens Charles et Robert dans le jardin des Tuileries. — Louis XVI aux. Tuileries. — 20 juin 1709.. — Le 10 août. — La Convention aux Tuileries. — (tardions Volontaires des Toileries après Février îS-tS. — L’exposition de peinture aux Tuileries. —

Bal du 25 janvier 1859 an palais des Tuileries. — Séance d’ouverture de la session du sénat et du corps législatif, dans la salle des Maréchaux. — Théâtre du palais des Tuileries. — Les différentes représentations qui y ont eu lieu. — Description de la salle. — Le jardin des Tuileries. — Ses vicissitudes — Le Nôtre. — Les pommes de terre aux Tuileries. — La l'éte de l'Etre Suprême. — Charme du jardin des Tuileries. — Les hôtes des Tuileries. — La place de la Concorde. — L'Obélisque. — Le jardin des Tuileries \ u a \ol d’oiseau. — Les pelouses et les parterres des Tuileries. — Les bassins des Tuileries. — Les poissons rouges. — L’allée des Orangers. — La terrasse des Feuillants. — La terrasse du bord de l’eau.

— Sa fâcheuse transformation. — Le public du jardin des Tuileries. — Les enfants aux Tuileries. — La petite Provence. — Les allées mystérieuses. — Les statues.

La tuile qu’on employait à Paris se fabriqua d’abord au bourg Saint-Germain des Prés, sur l’emplacement qui a longtemps conservé le nom de la rue des Vieilles-Tuileries. Dans la suite , on éleva de l’autre côté de la Seine plusieurs fabriques de tuiles sur un terrain appelé, au quatorzième siècle , la Sablonnière. Près de ces fabriques , Pierre des Essarts occupait une maison , l 'hôtel des Tuileries , qu’il céda à l’hôpital des Quinze-Yingts. Charles VI ordonna, en 1 il 6, que toutes les tueries et escorcheries seraient transportées hors des murs de la ville, près ou environ des tuileries Sainct Honoré , qui sont sur la rivière de Seine outre les fossés du château du Louvre. Nicolas Neuville de Yilleroy, secrétaire des finances et audiencier de

France, possédait en cet endroit, au commencement du seizième siècle, une grande habitation avec cours et jardin clos de murs. Louise de Savoie, mère de François Ier, se trouvant incommodée, du séjour de son palais des Tournelles , environné d’eaux stagnantes, résolut de changer d’air; elle pensa à la maison de M. de Neuville , et vint l’habiter. La santé de Louise de Savoie ne tarda pas à se rétablir : cette circonstance heureuse engagea François Ier à faire l'acquisition de cet hôtel; le propriétaire reçut en dédommagement la terre de Chanteloup, près de Montlhéry. Louise de Savoie s’ennuya bientôt (les grands s’ennuient partout) dans sa nouvelle habitation, et cette princesse fit don de son hôtel à Jean Tiercelin,

maître d’hôtel du Dauphin, et à Julie du Trot, sa femme.

Henri II, blessé dans un tournois par le comte de Montgommery, mourut à l’hôtel des Tournelles, qui devint, à partir de cet événement, comme un lieu de malédiction, et fut aussitôt abandonné par Catherine de Médicis. Par lettres-patentes du 28 janvier 1563, Charles IX ordonna la démolition de l’hôtel des Tournelles.

Catherine de Médicis fit l’acquisition de la maison des Tuileries, de plusieurs propriétés voisines et d’un grand terrain qui appartenait à l’hôpital des Quinze- Vingts. Elle fit alors jeter les fondements d’un nouvel édifice ; les jardins furent entourés d’un mur, à l’extrémité duquel, et sur le bord de la Seine, on fit cons-

V uc générale des palais du Louvre et des Tuileries, réunis d’après le plan des constructions actuelles.

Réduction d’un dessin à l’aquarelle.

traire un bastion, dont le roi posa la première pierre en 1566.

Pour se procurer les fonds nécessaires à celte construction, Catherine fit vendre à Paris plusieurs terrains vacants, et notamment ceux des hôtels des Tournelles et d’Angoulème. Philibert Delorme et Jean Bullan furent chargés de fournir les plans de l’édifice. On éleva d’abord le gros pavillon placé au centre de la façade. Ce pavillon était couronné par un vaste dôme circulaire, et couvert en ardoises. Depuis on a changé la forme de ce dôme, qui est aujourd hui quadrangulaire.

Le pavillon central, les deux bâtiments latéraux et les pavillons qui s’élèvent à leur extrémité composaient alors, et composèrent pendant longtemps le château des Tuileries. Les diverses parties de cet édi-

15 Cent. LA livraison. — 75« et 76e Livr.

fice sont couvertes d’un comble en ardoises d’une grande élévation, comme on en voit sur la plupart des édifices de Paris bâtis au seizième et au dix-septième siècle. Ces combles énormes, qui s’accordent mal avec les ordres grecs auxquels on les associe, doivent évidemment leur origine aux combles des forteresses féodales.

Les bâtiments latéraux du pavillon du centre présentaient, du côté du jardin, à droite et à gauche, deux terrasses découvertes, supportées chacune par douze arcades. Sous la Restauration, la terrasse de droite fut transformée en galerie vitrée, conduisant du pavillon central à la chapelle. Depuis 1830, on a couvert cette terrasse de constructions nouvelles, élevées audessus et à Heur des douze arcades du rez-de chaussée, et servant de lieu de promenade pendant le mauvais

Aux bureaux de l’Ulu9tration rue de Richelieu, 60.

temps. C’est, M. Fontaine qui a été chargé de ce travail.

Ces terrasses en galeries avaient à leur extrémité un pavillon carré moins élevé que le pavillon du centre. C’est à ces deux pavillons que se terminait alors tout l’édifice des Tuileries.

En 1664, Louis XIV chargea Levau de terminer le palais des Tuileries, c’est-à-dire de le défigurer. Tel qu’il était alors, l’édifice était complet. Le pavillon du centre fut exhaussé ; ou le décora de deux ordonnances, l’une corinthienne, l’autre composite, et d’un attique avec cariatides. On ne laissa subsister des constructions du premier architecte, Philibert Delorme, que l’ordonnance du rez-de-chaussée, ordonnance composée de colonnes et, de pilastres a tambours de marbre, et dont les sculptures sont très-finement exécutées.

PARIS. TX'P. DE FIRM1N DIDOT, 56, R VE JACOB. 20 C. par la poste.

Les deux terrasses placées sur la façade du jardin furent conservées dans leur forme originelle ; mais on changea la décoration des façades des bâtiments qui sont au fond de ces terrasses, et les trumeaux de ces façades furent enjolivés de gaines et de bustes.

Ce fut aussi sous le règne de Louis XIV que fut décoré l’intérieur de la galerie qui unit le palais des Tuileries au palais du Louvre. Legrand roi fit sculpter les bas-reliefs des pavillons d’angles des Tuileries, ainsi que tous ceux qu’on voit sur les frontons de la galerie.

Les tristes événements qui se sont passés aux 1 uileries semblent avoir imprimé sur les pierres de ce palais une teinte lugubre. Ce fut au palais des Tuileries, quatre jours avant le massacre de la Saint Barthélemy, (pie la reine Catherine de Médicis donna une fête dont nous empruntons les détails aux mémoires de l’état de la France sous Charles IX. «Premièrement, en ladite salle, à main droite, il y avoit le paradis, l’entrée duquel était défendue par trois chevaliers armés de toutes pièces, qui étoicnt Charles IX et ses frères. A main gauche, étoit l’enfer, dans lequel il y

avoit un grand nombre de diables et de petits diablotaux, faisant infinies singeries et tintamares, avec une grande roue tournante dans ledit enfer, toute environnée de clochettes. Le paradis et l’enfer étoient séparés par une rivière, qui (‘toit entre deux , sur laquelle il y avoit une barque conduite par Caron, nautonnier d’enfer. A l’un des bouts de la salle et derrière le paradis étoient les Champs-Elysées, à sçavoir un jardin embelli de verdure et de toutes sortes de fleurs ; ef le ciel empirée, (pii étoit une grande roue avec les douze signes du zodiaque, les sept planètes et une infinité de petites étoiles faites à jour, rendant une grande lueur et clarté par le moyen des lampes et (lambeaux qui étoient artistemcnt accommodés par derrière. Cette roue étoit dans un continuel mouvement, faisant aussi tourner ce jardin dans lequel étoient douze nymphes fort richement parées. Uans la salle se présentèrent plusieurs troupes de chevaliers errants (c’étoient des seigneurs de la religion, qu’on avoit choisis exprès) ; ils étoient armés de toutes pièces, vêtus de diverses livrées et conduits par leurs princes (le roi de Navarre et le prince de Coudé), tous

lesquels taschant de gagner ce paradis, pour ensuite aller quérir ces nymphes, en étoient empêchés par les trois chevaliers qui en avoient la garde : lesquels, l’un après l’autre, se présentoient à la lice, et ayant rompu la pique contre lesdits assaillants et donné le coup de coutelas, les renvoyoient vers l’enfer où ils étoient traînés par des diables et diablotaux. Cette forme de combat dura jusqu’à ce que les chevaliers errants eussent été combattus et traînés un à un dans l’enfer, lequel fut ensuite clos et fermé. A l’instant descendirent du ciel Mercure et Cnpidon, portés sur un coq. Le Mercure étoit cet Étienne le Roi, chantre tant renommé, lequel, étant à terre, se vint présenter aux trois chevaliers, et, après un chant mélodieux, leur fit une harangue et remonta ensuite au ciel sur son coq toujours chantant. Alors les trois chevaliers se levèrent de leurs sièges, traversèrent le paradis, allèrent aux Champs-Elysées quérir les douze nymphes et les amenèrent au milieu de la salle, où elles se mirent à danser un ballet fort diversifié, et qui dura une grosse heure. Le ballet achevé, les chevaliers qui étoient dans l’enfer furent délivrés et se

Départ des volontaires qui avaient gardé les Tuileries, après le 24 février 1848.

mirent à combattre en foule et à rompre des piques. Le combat fini, on mit le feu à des traînées de poudre, qui étoient autour d’une fontaine dressée presque au milieu de la salle, d’où s’éleva un bruit et une fumée qui fit retirer chacun. Tel fut le divertissement de ce jour, d'oii l’on peut conjecturer quelles étoient, parmi telles feintes, les pensées du roi et du grand conseil. »

Jusqu’à l’époque de la révolution , le château des Tuileries ne fut le théâtre d’aucun événement important. Louis XIV avait abandonné cette habitation pour résider à Saint-Germain , puis ensuite à Versailles. Ses successeurs imitèrent le grand roi sous ce rapport. On donnait des fêtes périodiques dans le jardin des Tuileries. Une de ces fêtes fut attristée, le Ier février 1783, par un malheur: les physiciens Charles et Robert voulurent y faire une ascension aérostatique, mais le second périt victime de son audace.

Louis X\ I habitait Versailles lorsque le peuple ameuté alla 1 y chercher... Le roi vint occuper les I uileries le (i octobre 1789. Au mois de février 1790, le jardin des I uileries tut le théâtre d’une émeute causée par le départ des tantes du roi. Au mois

d'avril suivant, un nouveau rassemblement s’y forma pour empêcher Louis XVI d’aller à Saint-Cloud. Le 20 juin 1792, le peuple envahit les Tuileries pour présenter lui-même les pétitions au roi, qui fut coiffé du bonnet rouge. Cette triste journée servit de prélude à la sanglante révolution du 10 août. Cette fois, la foule pénétra dans le palais, le fer à la main. Les défenseurs du roi furent égorgés. Sous la république, les Tuileries prirent le nom de Palais-National. Sur Remplacement occupé par le théâtre, connu sous le nom de salle des Machines, on construisit la salle de la Convention; on y entrait par un perron qui donnait sur la terrasse des Feuillants. C’est dans cette salle que fut prononcée, le 20 janvier 1793, la sentence de la Convention qui condamnait à mort l’infortuné Louis XVI. La fameuse fête de l'Être Suprême eut lieu dans le jardin , le 9 juin 1791.

Le conseil des anciens remplaça la Convention aux Tuileries. Napoléon , consul et empereur, habita ce palais. La famille des Bourbons y demeura également pendant la restauration. Le 29 juillet 1830, vers midi, le peuple attaqua les Tuileries, et, les troupes royales vaincues , Charles X partit pour l'exil. La

branche cadette , qui resta dix-huit années aux Tuileries, finit comme la branche aînée : après un simulacre de combat qui eut lieu sur la place du Carrousel, le 2i février 1818, Louis-Philippe et la reine Marie-Amélie s’échappèrent des Tuileries, et se dirigèrent vers Honfleur, oit une barque les transporta sur un vapeur anglais, mouillé en rade du Havre.

Immédiatement après la révolution de 1848, des hommes armés s’étaient emparés des Tuileries; ils y restèrent pendant trois semaines environ. Ces hommes avaient jeté pendant quelques jours dans Paris une véritable panique. On avait répandu le bruit qu’en possession des Tuileries ils y pillaient tout et refusaient obstinément d’évacuer le château. Tout cela n’était pas complètement vrai. Ces hommes avaient veillé avec assez de fidélité sur le dépôt sacré dont ils s’étaient constitués les gardiens: aussi déclarèrent-ils qu’ils ne voulaient pas sortir du château comme une bande de malfaiteurs, mais comme une garnison fidèle. On entra en pourparlers avec eux pour les engager à remettre la garde du palais à la troupe régulière. Ils défilèrent alors devant l’état-major de la garde nationale, précédés d’un tambour, et un drapeau en tête.

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