CHAPITRE XXXI
LE LONG DE LA SEINE (Suite).
Le palais des Tuileries servit, l’année suivante de salle d’exposilion de peinture.
Dans cette innovation, il y avait au moins progrès pour le palais : on voulait d’abord en faire un hospice; on en fit un musée. Mais il n’y avait pas bénéfice pour les beaux-arts; car si les malades s’y trou¬
vaient bien, les tableaux y étaient fort mal. Ce n’était là, du reste, que du provisoire, et c’était une excuse pour l’administration. Mais elle était louable de l’initiative quelle avait prise, en transportant l’exposition ailleurs qu’aux anciennes galeries du Louvre, où elle avait le double inconvénient de priver très-longtemps
le public de la vue et de l’étude des chefs-d’œuvre des grands maîtres anciens, sacrifiés à la médiocrité, pour ne pas dire plus, des artistes vivants, et, d’autre part, de les exposer à des causes de détérioration, soit par suite des accidents possibles pendant la pose des tableaux, soit même par le fait seul des tentures qui les
recouvraient et les maintenaient dans un espace oii l’air ne se renouvelait pas.
Un fois cette nécessité admise de ne plus faire l’exposition des peintres vivants dans les galeries du Louvre, le château des Tuileries, étant inoccupé, méritait peut-être, à cause de sa situation centrale, la préfé-
L’exposition des tableaux aux Tuileries.
rence sur tout autre monument public, qui eût certainement offert au même degré que lui le défaut de convenances dans la distribution. Ce manque de convenances n’existe-t-il pas d’ailleurs au Louvre luimême? Ses croisées avaient été ouvertes pour éclairer un cortège de courtisans, de pages et d’officiers; il ne
faut pas s’étonner si le jour auquel elles donnent accès offusque parfois d’une manière fâcheuse les tableaux qui leur font face, et si les vierges immobiles de Raphaël ou les nymphes de Titien s’en accommodent moins bien que ne pouvaient le faire Gabrielle d’Estrées ou madame de Montespan à leur passage.
Grand escalier du palais des Tuileries. — Sortie du bal donné le 25 janvier 1852