‹ Tableau de Paris (volume 2)Chapitre 179 sur 230 · CHAPITRE XXXI. — LE LONG DE LA SEINE (Suite · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXI. — LE LONG DE LA SEINE (Suite

Le 23 janvier de cette présente année 1852, les Tuileries s’illuminaient pour la première fois depuis quatre ans; le président de la République, Louis-Napoléon, offrait un bal dans cette salle des Maréchaux qui portait encore les traces de la dernière révolution.

Le 20 mars de cette même année avait lieu dans ce palais l’ouverture de la session du sénat et du corps législatif. La salle des Maréchaux avait été disposée pour cette solennité.

Une estrade avait été préparée au fond de la salle

pour le président, ses ministres, sa maison militaire et le conseil d’Etat.

Une salve de cent et un coups de canon annonçait le commencement de la cérémonie. Le président de la République s’était rendu d’abord dans le salon de l’Empereur, oii il avait reçu le serment de ses ministres, ainsi que celui du vice-président du conseil d’État.

A midi et demi, le corps diplomatique, le corps législatif, le sénat et le conseil d’Etat, qui s’étaient réunis d’avance dans des salons séparés, furent intro¬

duits, et prirent place dans la salle des Maréchaux.

Le corps diplomatique occupait au côté droit une estrade qui faisait suite à celle du président.

En avant, et à droite, étaient placés messieurs les sénateurs, et à gauche messieurs les députés au corps législatif.

A une heure, le président de la République, précédé de sa maison militaire et suivi de ses ministres, prit place sur un fauteuil, au milieu de l’estrade; à droite du prince, et sur un fauteuil inférieur, était placé le prince Jérôme Ronaparte, président du sénat. L)er-

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Séance d'ouverture de la session du sénat et du corps legislatif, dans la salle des Maréchaux.

rière, à droite et à gauche, étaient assis ses ministres.

Après le discours prononcé par Louis-Napoléon, le ministre d’Etat annonça à l’assemblée que messieurs les sénateurs et messieurs les députés allaient prêter individuellement le serment prescri t par l’art . 1 4 de la constitution, et qu’après la lecture de la formule du serment, chacun d’eux, à l’appel de son nom, lèverait la main et répondrait : « Je le jure! »

Le ministre d’État lut la formule du serment, ainsi conçue : « Je jure obéissance à la constitution et fidélité au président de la République, » et fit alors l’appel nominal dans l’ordre suivant: le président du sénat,

le premier vice-prcsident, les trois vice-présidents, le grand référendaire, le secrétaire du sénat; les cardinaux, les maréchaux, les amiraux et les autres sénateurs, dans l’ordre de leur nomination, prêtèrent aussi le serment.

Le ministre d’État dit ensuite : « Messieurs les députés au corps législatif vont prêter le même serment . » Il appela successivement le président du corps législatif, les deux vice-présidents, les deux questeurs et les autres députés dans l’ordre alphabétique de leurs départements.

Après le serment prêté, le ministre d’Etat dé¬

clara, au nom du prince président de la République, que la session était ouverte pour l’année 1852, et que le sénat et le corps législatif étaient invités à se réunir le lendemain aux lieux respectifs de leurs séances pour commencer le cours de leurs travaux.

Le prince-président se retira, suivi de son cortège.

Une seconde salve d’artillerie annonçait à la foule la fin de la cérémonie.

La salle de spectacle des Tuileries s’illuminait, deux mois plus tard, à propos de la fête de la distribution des aigles. L’inauguration de cette salle date de Louis XIV et de la Psiyché de Molière, qui appartient

un peu aussi à la Fontaine et à Corneille. Le grand roi y fit jouer Bérénice pour la satisfaction d Henriette d’Angleterre : Vous m'aimez, et je pars!...

Beaucoup plus tard, Louis XV, monarque assez peu tragique, y appela la danse et les ballets pour ses menus plaisirs et ceux de madame du Barry. C’est dans cette salle que Voltaire fut couronné pour son Irène, qui le mérite si peu, et que Beaumarchais vit jouer pour la première lois son Barbier de Séville. Une ou

toutes parts on ne voit que pierre, marbre et bronze.

C’est une carrière monstrueuse que les hommes ont percée à leur usage, et dont ils ne se lassent pas de reculer la formidable enceinte. On voit bien çà et là, parmi les noirs bataillons de tuyaux qui se dressent sur les toits, poindre le panache vert d’un marronnier ou d’un tilleul; mais, hélas ! ces infortunés végétaux ne verseraient pas assez d’ombre pour abriter un berger de Virgile. C’est un brin d’herbe au milieu

à la fois trop oisif, trop voluptueux, et trop amoureux du comjbrt, pour ne s’être pas ménagé dans son enceinte, au centre comme aux extrémités, quelques céramiques embaumées où il pùt venir débattre, en plein air, les grands intérêts qui lui sont confiés. Il s’est réservé, en différents lieux, de frais enclos, où il a réuni toutes les merveilles des champs, les arbres les plus majestueux, les gazons les plus verts, les fleurs les plus riches en couleurs et en parfums.

deux fois , sous l’Empire , il fut donné à Napoléon d’y réunir un parterre de rois, comme à Erfurt. La Restauration s'v entoura de ses cordons bleus, et la monarchie de Juillet de ses députés.

A son tour ,

Louis - Napoléon voulut s’y asseoir au milieu de ses ministres, de ses sénateurs, de ses conseillers d’État et de ses généraux.

Deux cents dames, placées dans la galerie supérieure, formaient une charmante broderie au parterre tout rayonnant d’uniformes.

Disons un mot de description sur la salle de spectacle. A l’exception de la salle des Maréchaux, les pièces n’ont pas ce caractère de grandeur que l’on trouve à Versailles et au Louvre. La salle de spectacle est construite sur un plan ovale; elle se compose d'un rang de baignoires, d’une galerie et de deux rangs de loges décorées de colonnes d’ordre ionique. De chaque côté de l’avant-scène, la loge dite du roi et la loge de la reine.

On arrive dans cette salle par deux escaliers demi-circulaires qui conduisent à de longs corridors. Le fond des loges est vert d’eau clair; les colonnes sont peintes en bûche violette, avec des chapiteaux dorés. Aux quatre angles, les bustes des quatre grands maîtres de la scène française, Corneille, Racine, Molière, Voltaire.

Quand on regarde Paris d’une des hauteurs qui le dominent, de Montmartre, de Belleville, du sommet des tours Notre-Dame ou du Panthéon, l’œil cherche en vain, parmi les innombrables détours de la cité géante, un libre espace pour les promeneurs. De

Représentation sur le théâtre des Tuileries, le 12 ruai 1852.

d’une vaste fourmilière. Hé quoi ! dit-on alors, ces Parisiens sont-ils donc condamnés au supplice de Tantale? ne verront ils jamais que les arbres suspendus aux murailles du Louvre, et devront-ils leurrer leurs ardeurs champêtres avec cette abondante verdure que leur prodigue, chaque année, la palette des paysagistes ?

Rassurez-vous, malins provinciaux, envieux étrangers ! Paris a trop d’esprit et trop de goût, Paris est

Comme le château dont il dépend, lejardin des Tuileries a subi d’étranges vicissitudes; après avoir été un vaste terrain clos de murailles sordides, où l’œil entrevoyait, dans un vague pêle-mêle, des bosquets, un étang, une immense volière , une ménagerie et une garenne, il devint, en 1663, grâce à le Nôtre, un noble parterre où les courtisans en grand habit de cour et les belles dames en robes traînantes se promenaient majestueusement au milieu des buis et des ifs taillés par de savants ciseaux.

Puis, pendant la longue éclipse de la royauté, il perdit ses parures surannées, ses ajustements du dixseptième siècle, et prêta aux agriculteurs et aux théologiens de 1793 une allée pour y semer des pommes de terre, et une autre pour y célébrer la fête de l’Être Suprême.

En revanche , il fut, en 1796 et pendant les années su ivantes, entièrement restauré; on répara les escaliers qui conduisent aux deux terrasses; on reconstruisit les bassins ; on planta dans les lieux où l’ombrage manquait, et, pour encadrer le tableau, on substitua au mur d’enceinte les belles grilles qui l’enferment aujourd’hui. Napoléon, dans un de ces féconds loisirs que lui laissait sa guerre avec le monde, acheva l’œuvre incomplète, en comprenant dans le jardin les espaces angulaires situés aux extrémités occidentales, en faisrnt élever les murs qui les soutiennent, puis enfin en couvrant d’arbres le sol exhaussé au niveau des terrasses.

La Restauration n’ajouta rien à l’enceinte des Tui-

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