I.a demoiselle à marier
La s en viennent les petites tilles vêtues de blanc en 1 honneur de la sainte \ ierge, les petits garçons que leurs bonnes portent sur le bras, et qui agitent dans leurs mains impatientes quelque pelle de bois ou quelque hochet a grelots. A chaque pas, on rencontre une de ces petites lourmis occupée à sa grande besogne, — le sable à creuser ou à amonceler, le ballon a atteindre, le cerceau a diriger. — Il faut tourner, sans chute, autour de la chaise maternelle, ou bien, si on est compté parmi les grands, entrer avec grâce dans la ronde formée sous l’oeil des jeunes mères, qui murmurent d’une voix enjouée, quelquefois timide, les aimables refrains :
Entiez dans la danse ,
Vojez comme il danse.
Ou bien :
Nous n’irons pins an bois,
Les lauriers sont coupés.
Comme on le pense bien, une suprême indulgence règne dans ces lieux consacrés au premier âge. On I
voit bien vite que*tos enfants terribles ont pour juges un aréopage de mères. Combien de jeunes femmes, en traversant ce canton détourne de la nature, ont regardé d’un œil d’envie les bruyantes espiègleries, les charmantes indécences de ces petits diables, en murmurant tout bas, comme madame de Grignan : « Ah ! la jolie chose que d’accoucher d'un garçon! »
Au résumé, la Petite-Provence est pour les enfants et les invalides un délicieux séjour. On y trouve des bancs que le soleil favorise; on y trouve des fleurs précoces, un gazon prématuré, et je ne sais quelle tiédeur dans l’air qui fait souvenir des environs de Montpellier. — En un mot, on est mieux là qu’ailleurs pour s’essayer aux premières sensations de la vie ou pour achever d’exister.
Mais le temps nous presse. Quittons la Petite-Provence par l'issue que protège le groupe de Uémus et Romulus avec leur bonne louve nourricière , et revenons à la grande allée. Nous avons tout entrevu, sinon tout visité. Nous aurions beaucoup de choses à dire encore sur ces bassins où les Jean Part de la
Chaussée-d’Antin lançent leurs' Hottes aventureuses, sur les statues que le temps mutile ou couvre de ses couleurs de deuil ; mais nous apercevons la main qui dit au Ilot : Tu n’iras pas plus loin.
Le jardin des Tuileries est le cadre splendide qui renferme les plus belles images de la vie parisienne ; tout y est doux, frais et brillant ; on y rencontre peu d hommes sérieux ; c’est l'empire de la jeunesse dans toutes ses expressions et a tous les degrés. Si les Italiens ont pu répéter : Voir Naples et mourir ! les Parisiens peuvent s’écrier avec un orgueil aussi légitime: Voir les Tuileries, et... y vivre jusqu’à quatre-vingtdix ans !
Le jardin des Tuileries a été dans presque tous les temps le théâtre de fêtes officielles. Sans remontera la tete de 1 Être Suprême, dont l’ordonnateur fut Maximilien Robespierre, le jardin s’est illuminé pour tous les gouv ornements qui se sont succédé depuis soixante ans. Les lampions ont fumé sous ces magnifiques touffes de verdure pour toutes les dynasties, hélas ! Sous la Restauration, des concerts publics avaient lieu