Chapitre \\\I
LA MODE
as diverses étapes de la mode. — A Paris l’empire de la mode! — Disparition des costumes nationaux. — Plus de bonnets à la paysanne ! — Le frac angl — V habit fiançais. — La veste. — Le veston. — Le volant. — La mode hideuse. — Les couleurs. — Les gilets à sujets. — Costumes en 178c,. — Cos .Se mettre en chenille. — La cravate. — Les dentelles. — F.n point au mois de mai ! — Les bijoux. — La coiffure. — Le coitfeur a la mode. — L academie , e beau Leonard — l’oser des chiffons. - La fuite à Varennes. — Léonard perd la vieille monarchie. - Le bonnet rond. — Le bonnet à papillon, qu'es aco et le pouf au sentiment. — T.es chapeaux bonnettes , turban, bateau renversé. — La coiffure à l'enfant. — Une ordonnance du direct»
(inserine. — La polonaise. — Les paniers. — Mlle Bertin. — l.es impures. — Les folies. — Les négligés. — Révolution dans les modes. — Cocarde à la nation. —
Le frac anglais a tué la noblesse en France. — Le frac. Costumes d’été. — Les culottes gantées. — de coiffure. — Un in-4° sur la coiffure.
1 e beau / conard — Poser des chiffons. — La fuite à Varennes. — Léonard perd la vieille monarchie. — Le bonnet rond. — Le bonnet à papillons. — Les coiffures d’apparat. — Le
■ ’ La coiffure ù V enfant . — Une ordonnance (lu directeur de l’Opéra. — Le boudoir. —
La quinsevine. La polonaise. — Les paniers. — M"c Berlin. — l.es impures. — Les folies. — Les négligés. — Révolution dans les modes. — Cocarde
Merveilleux et merveilleuses. — incroyables.— Les costumes transparents. — Athéniennes et Romaines. — Le Palais-Royal en 1792. — Modes sous l’Empire. —Le café Frascati.
— Les patineurs sur le canal de l’Ourcq. — Les modes sous la Restauration et le gouvernement de Juillet. — Les manches à la gigot. — Les modes actuelles. — Parallèle final.
Dans ce jardin des Tuileries, depuis plus d’un siècle, ont passé tous les merveilleux et toutes les merveilleuses; la jeune femme qui vient montrer un nouveau chapeau, le jeune homme qui vient exhiber une coupe nouvelle; avant la révolution, c’était Versailles qui avait la primeur des modes, c’était dans le palais du grand roi que se forgeaient les armes de la coquetterie. Depuis la chute de l’ancienne monarchie , la mode s’est installée à Paris, tantôt aux Tuileries, tantôt au Palais-Royal, hier sur les boulevards, aujourd’hui aux Champs-Elysées; la mode, ce quelque chose de fugitif comme le brouillard du matin, de variable comme le vent, et en même temps cette redoutable puissance que n’osent braver les plus fiers courages.
Parlons donc de la mode et des singuliers caprices
Costume d’homme, 1770.
quelle a imposés depuis près d’un siècle à Paris, à la France et au monde entier.
A Paris l’empire de la mode ! empire incontestable, incontesté ! Ici nous n’avons rien à redouter des rivalités jalouses des autres peuples. Presque tous à l’envi proclament notre suprématie et s’y soumettent. Nous avons failli, au commencement de ce siècle, devenir par l’épée les maîtres du monde. La besogne était déjà assez avancée. Nous nous flattons encore de le conquérir par les idées, et nous avons, pour exprimer cette espérance, une phrase stéréotypée : « La révolution française fera le tour du globe. » Nous n’espérons pas moins de le gagner par l’universalité de notre langue. Je souhaite bien vivement pour nous, et surtout pour le monde, qu’il participe avec nous à la clarté du langage. Mais il y a une chose à laquelle je suis disposé a croire encore plus facilement qu’à 1 universalité de notre langue et de nos institutions .
c’est à celle de l’universalité de nos habits, de nos gilets et de nos cravates. Quelle que soit encore chez les peuples la grande variété des costumes, et quoiqu’il puisse en coûtera leur esprit national, tôt ou tard ils subiront cette inévitable domination. Tous les hommes, dans un temps donné, couvriront leurs chefs avec cette chose incommode, inélégante et grotesque qu’on nomme un chapeau, fourreront leurs jambes dans cette double gaine informe qu’on appelle un pantalon, et passeront leurs bras, sous prétexte de se vêtir, dans les manches de ce vêtement si mal imaginé, qui vous déshabille complètement par devant et vous habille surabondamment par derrière, et qu’on appelle un habit.
Quand ces faits seront accomplis, la fin du monde sera proche sans doute; car Dieu, qui avait fait l’homme à son image , ou qui avait eu l’extrême condescendance de le lui dire, le punira dans sa colère pour avoir travesti cette glorieuse ressemblance d’une façon si impertinente. Nous n’en sommes pas encore là, certainement! Parmi les races du globe, jaune, rouge, noire et même blanche, il y a une immense majorité d’individus qui n’ont jamais mis sur leur front de chapeau de castor, de poil de lapin ou de pluche de soie, qui ignorent encore les douceurs du pantalon à sous-pieds et se trouvent parfaitement honorables en vertu des habits qu’ils portent, et souvent même en vertu de ceux qu’ils ne portent pas. Mais la contagion de ce costume anti-pittoresque gagne de proche en proche. A l’exemple des grandes épidémies, elle franchit les plus grandes distances ; chaque jour de nombreux navires se chargent de caisses et de ballots destinés à répandre l’infection sur les plus lointains rivages. Il n’y a pour ainsi dire pas de point ! où l’on ne trouve quelques traces ou du moins quelques essais grossiers de toilette française. Fût-ce au milieu des contrées les plus sauvages de l’Amérique du Nord, aux pieds des montagnes Rocheuses, on retrouverait quelques échantillons de nos modes importes par nos amis les Io-Ways. Tel souverain d’une des îles de la mer Pacifique, pour ses jours de grande magnificence, s’habille, faute de mieux, avec un chapeau rond et une paire de bottes. Ce goût des sauvages pour le costume européen en général s’explique facilement. Mais ce qui est plus extraordinaire, c’est de voir, sans aller chercher si loin, et en prenant nos exemples à nos portes, le goût pour les modes parisiennes s’infiltrer partout, et de maladroites imitations se substituer au costume national, quelque élégant, quelque pittoresque qu’il soit. Allez sur les bords du lac de Genève, avancez-vous dans une partie de la Suisse, plus retirée, sur ceux du lac de Prient/., pénétrez plus avant encore, dans les Grisons, dans l’Engadine, dans le Tyrol, et vous verrez le costume national ou complètement disparu ou plus ou moins defaillant et détrôné par son banal compétiteur. Parcourez en artiste l’Italie, et jusqu’au sein des îles oii s était réfugiée 1 originalité persistante des anciennes traditions, vous retrouverez le mélange adultérin des deux costumes en présence, et, sans être grand pro- ! phète, vous pourrez, dire aux peintres et aux dessinateurs : « Hâtez-vous, car chaque jour l’antique parure dépérit, et inévitablement ceci tuera cela. » Mais ramenons nos regards sur nous-mêmes, et de toutes parts en b rance les mêmes symptômes d’assimilation se manifesteront à nous. Si la statistique s’occupait de
ces sortes de choses, il n’y a pas d’année qu’elle n’eût à enregistrer la mortalité croissante des bérets et des capulets des Pyrénées, des chapeaux des Màconnaises, des bonnets élancés des Cauchoises et des coiffures excentriques des Bourbonnaises... Ce sont les jeunes filles principalement qui se sont laissé gagner à la contagion révolutionnaire. Aussi est-il de jour en jour plus difficile d’obtenir de celles qui viennent se placer comme bonnes à Paris qu’elles gardent leur bonnet à ta paysanne. Il est très-rare que les maîtresses puissent vaincre leurs répugnances à cet égard. De gentilles villageoises qu’elles étaient, elles deviennent de déplaisantes filles gauchement endimanchées; honteuses du bon air qu’elles pourraient avoir, elles se pavanent dans le bon air qu’elles n’ont pas.
Ne remontons pas, dans ce rapide coup d’œil jeté sur les modes, au delà des dernières années du dixhuitième siècle.
Le vieux duc de Lauraguais prétendait què l’importation du premier frac anglais avait porté un coup mortel à la noblesse française. Ce propos plaisant a quelque chose de vrai dans sa frivolité. Les signes extérieurs ont leur importance; leur disparition annonce souvent celle des choses. Les marquis, par curiosité de nouveauté étrangère, commençaient alors la transformation du costume, qui devait s’achever au profit du tiers état, et leurs habits de brocart ne servent plus aujourd’hui qu’à garnir le vestiaire des théâtres. La génération présente les a tellement oubliés, quelle ne les emploie même plus comme objets de divertissement pour les bals masqués ; on en voyait encore traîner un, il y a peu do temps, sur les épaules d’un chanteur des rues de Paris : ce dernier des habits fanés a lui-même disparu.