‹ Tableau de Paris (volume 2)Chapitre 186 sur 230 · H /AU NT I N · texte numérisé non relu

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ras de castor ou en serge écarlate et un chapeau a trois cornes retapé à la suisse, ce qui donne un air bien plus fier que tous les chapeaux ronds. Quand on se décide l’été à quitter le drap, on porte des habits en serpentine, tissu léger en poil et coton, a raies en long assez larges ou a carreaux de deux ou trois couleurs ; en gragrame, tissu assez ferme de soie et bourre de soie; à raies ou chiné, en taffetas chiné, en étoffes de soie nuancées à mille points. — On ne tresse plus les crinières des chevaux avec un ruban rouge ou bleu; on ne leur coupe plus la queue ni les oreilles, comme on faisait auparavant ; on les laisse a tout crin. Quand il s’agit d’un si bel animal que le cheval, qu’a-t-on de mieux à faire que de laisser intacte sa beauté native? En supprimer ou y ajouter quelque chose, c’est la gâter. Passe pour l’homme, débile créature qui a besoin de s’envelopper comme une momie depuis la tête jusqu’aux pieds et à 1 extrémilé des mains, en cherchant à se défigurer par mille inventions plus folles les unes que les autres. — I n jour cependant, amoureux de ses formes, a-t-il fantaisie d’en faire parade? il trouve encore le moyen, à force de l’outrer, de faire mentir la vérité elle-même. A la place d’un vêtement, il se fait une gaine. Ainsi, vers le temps dont nous nous occupons, il lut de bon ton de porter des culottes gantées juste et tendues comme un ressort. « Adam, avec sa feuille de figuier, était plus décemment vêtu que ses derniers étourdis d’enfants se promenant au Palais-Itoÿal en culottes étroites queue de serin. »

Puis l’habit négligé du matin ; mais ici la fantaisie devient insaisissable dans son extrême variété. Les élégants appelaient cela se mettre en chenille. On conçoit qu'entre le marquis se rendant en chenille le matin au petit Dunkerque, à la descente du Pont- Neuf, pour faire emplette chez le sieur Grancher de quelque bagatelle, et le même marquis, toujours en chenille, se rendant un autre matin à un rendez-vous galant, il pût y avoir la différence qui existe entre la chenille et le papillon. Ce genre d’habillement était quelque chose comme cet incognito transparent sous lequel voyagent parfois les princes. L'homme de cour qui le portait pouvait circuler plus librement par la ville; mais il n’en était pas toujours pour cela plus à son aise dans ses vêtements, car li s culottes si étroi-

Grand bonnet du matin, 1787.

tement moulées sur la cuisse, dont nous avons parlé, ont fait quelque temps partie du costume négligé : s’emprisonner de la sorte, ce n’était plus se mettre en chenille, c’était tourner à la chrysalide.

Les cravates, ce malencontreux ajustement qui , par la pression qu’il exerce sur les vaisseaux, prédis¬

pose si bien à l’apoplexie, et qui provenant, dit-on, des Croates, fut importé en France en 1636, étaient généralement de mousseline et réduites à un petit col étroit et serré. Les bourgeois et les artisans avaient à leur chemise un jabot de mousseline plissée. Les gens riches et les gens de cour le portaient de den-

Le coiffeur académicien.

telle, ainsi que les manchettes qui s’avançaient souvent jusqu’à l’extrémité des doigts. Le luxe de ces dentelles était des plus dispendieux. Les gens qui se piquaient de se bien mettre avaient pour chaque saison une dentelle particulière. «Comment donc, disait un homme de cour à quelqu’un en regardant ses manchettes, vous voilà en / oint au mois de mai ! — C’est que je suis enrhumé, » répondit l’autre.

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Caricature de 1778.

Les bagues, les bijoux, les tabatières d’or étaient aussi pour les gens riches des moyens de se distinguer. L’année 1780 vit naître la mode de porter deux montres, qui régna assez longtemps, et fut plus tard suivie par les femmes. Le maréchal de Richelieu, ce vétéran des grâces, qui se mariait alors pour la troi¬

sième fois, fut un des premiers à adopter cette nouveauté. Un jour, une personne qui lui faisait visite jette ses deux montres par terre et se confond en excuses de sa maladresse. « Consolez-vous, lui dit le maréchal, je ne les ai jamais vues aller si bien ensemble. »

Les cheveux et la barbe appellent naturellement la parure; aussi l’arrangement des cheveux est-il une des grandes occupations de la coquetterie féminine. On sait à quel point ce culte de la chevelure fut poussé chez les anciens. L’empire de la mode entraîna les femmes romaines jusqu’à sacrifier leurs belles chevelures noires pour se parer de perruques de cheveux roux, venus du fond de la Germanie et payés au poids de. l’or. La femme de Marc-Aurèle parut dans l’espace de dix-neuf ans avec trois cents chevelures différentes.

Parmi nous, la coiffure n’est devenue un art compliqué que sous Louis XIV, époque solennelle des perruques magistrales. Elle s’est perfectionnée sous Louis XV et a poussé ces perfectionnements à l’apogée de l’extravagance sous Louis XVI. A cette époque, avant de commencer sa journée, la première visite à recevoir était pour le Parisien celle du perruquier.

Quand le Parisien avait passé par le peigne et la pommade, il fourrait gravement sa figure dans l’ouverture d’un cornet , qu’il tenait à la main, et, pendant qu’il était dans cette ridicule posture, le perruquier, passant le soufflet à poudrer , ou plutôt la houppe dans la boite, le secouait avec un geste dont la tradition s’est conservée, et coiffait notre homme al oiseau royal ; puis plus tard, vinrent les tresses ou la queue retroussée en catogan, ou enfin enfermée dans une bourse.

Les coiffeurs succédèrent aux perruquiers; il y avait une académie de coiffure. Le coiffeur a la mode était ordinairement jeune, agréable, bien tourné et ayant du mollet. Ah! le mollet au dix-huitième siècle! Heureux privilégié admis aux mystères de la toilette, tous les jours rôdant autour de la même femme comme le serpent autour d Eve; attendant l’occasion, caressant sa chevelure d’une main légère , papillonnant çà et là, et aussi longtemps qu’il lui plaisait , autour d’une tête charmante, ayant le droit de la regar-

Gratnle coiffure, 1785.

der à mesure qu’il contribuait à l’embellir, le coiffeur dut trouver le secret de plaire, s’il était aimable, et il l’était quelquefois, et flatteur toujours, ce qui ne nuit pas. Mon Dieu ! n’accusons pas la chronique scandaleuse du temps. Songeons à la légèreté des mœurs ; considérons l’abandon de la toilette matinale,

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