CHAPITRE XXXII. — LA MODE
cette mode prenne. » Ce pronostic a été aussi faux (pie celui attribué à madame de Sévigné relativement au café. Joséphine elle-même prit si bien goût à cette mode, qiTun jour, ayant envie d’un cachemire nouveau, elle renchérit sur sa belle-sœur, madame Murat, qui en avait offert 14,000 francs. Elle en posséda jusqu’il cent cinquante d’une beauté remarquable, qui, en
1814, furent vendus bien au-dessous du cours. Un cachemire fut l’occasion frivole il laquelle elle dut probablement la vie lors de l’attentat de la machine infernale. Comme elle se préparait à suivre Bonaparte à l’Opéra, llapp, chargé de l’accompagner, critiqua la couleur de son châle. De là une petite discussion et un retard pendant lequel le premier consul, qui
n’attendait jamais, partit en avant. Le reste est connu.
On peut citer aussi les madras comme un des luxes du temps. Quelques-uns s’élevaient jusqu’à un prix considérable. Quelques grandes dames s’en coiffaient la nuit, et à leur exemple les grisettes et les cuisinières se faisaient d’un fichu de couleur chiffonné en turban une coiffure négligée.
Si Ton consulte les journaux de modes du temps de l’Empire, on y trouve une singulière uniformité dans les données générales de la toilette : les robes sont toujours étroites, les corsages courts et la ceinture mise sous le sein ; les chapeaux le plus souvent petits. Nous allons passer successivement en revue quelques détails relatifs aux années qui suivent celles dont nous nous sommes occupés dans le dernier article. — 1804 : les toques et chapeaux de velours sont très à la mode. Les dames portent des capotes de drap à plusieurs collets et des redingotes de percale, avec dt s pattes aux unes et aux autres. — Ce costume se soutient encore pendant Tannée 1805. La mode fait adopter des espèces de toniques dites mamelucks
et un chapeau de paille blanche avec un ruban bleu. La mode des bretelles a passé des hommes aux femmes; seulement elles ont renchéri sur eux. Elles en ont à leur corset et à leur robe, et elles portent encore par-dessus des rubans en X. Le goût des rudes contrastes de couleurs dure toujours. On va au bal avec une robe de crêpe noir, du corail au cou et des renoncules rouges dans les cheveux. L’nortensia est la fleur recherchée; mais la plus rare à donner à une petite maîtresse, c’est le melaluca. La rareté seule
rose de chez Garnesson, parfumeur du palais du Tribunat. — Les coiffures sont imitées des médailles des impératrices et faites avec des nattes. Mais dans Tété les titus bouclées à deux cents anneaux symétriques sont la fureur du moment. — En 1806 on reporte des coiffures a la Ninon, lisses sur le front, par derrière en chou de nattes ou en colimaçons , avec six ou huit boucles de chaque côté, tombant un peu plus bas que la joue, et d’autres reportent aussi par derrière du chignon une simple fleur sous le côté gauche. Sous le chapeau comme sur le bord d’une toque les cheveux se portent également roulés en boudin. Un turban ne laisse pas passer de cheveux ou très-peu sur le front, comme on peut le voir au portrait de ma-
Chapeau de velours à liseré, 1801.
Costume de liai, costume de cheval, 1808-1809.
capote de soie, 1801.
qu’on met par-dessus la robe ; des fichus écarlates bordés de martre, des bas et des mitaines de soie couleur de chair. Les voiles brodés rivalisent avec ceux de dentelle. L’été une toilette de bon goût consiste à avoir une robe avec des broderies de couleur
fait le mérite. L’héliotrope et l’oranger qui embaument sont relégués dans l'antichambre; mais le melaluca, qui ne sent rien, et le géranium, qui empeste, sont admis dans le boudoir. Best vrai qu’en l’absence de parfums naturels on a les flacons d’essence de
dame de Staël, par Girard. De même une guirlande dans une coiffure parée se pose très-bas sur les sourcils. Quelques femmes portent encore des perruques à cheveux implantés; les artistes les plus célèbres en ce genre sont MM I hu mant et Michalon, ainsi que
M. Tellier, galerie de Bois du palais du Tribunat. Le rose et l’hortensia sont les couleurs à la mode. Au bal on remarque deux espèces de robes : celles à
grande prétention sont à queue, en velours ou satin nacarat, avec ornements en or, et la toque est pareille. C’est la toilette des femmes qui ne dansent pas. Les
sveltes danseuses ont des vêlements en crêpe. Le cavalier, au premier coup d’œil, voit à qui il peut s’adresser. On voit dans les soirées beaucoup de dia¬
mants, les perles sont aussi en grande faveur. 11 y a des colliers d’un prix énorme, on les combine avec des nattes pour former des bourrelets sur le devant
de la coiffure. Les perles sont répandues à profusion ; on en brode les toques et les robes. Le luxe des peignes est des plus dispendieux. En 1806, on en porte
beaucoup en corbeille formés de diamants. Le goût des camées a un peu passé; il ne s’en vend plus guère que pour agrafes de ceinture. Le bois de palmier pé-
Redingote île percale et île liaziii, umiaii a la Staël, douillette, toque ornée de plumes, 1808-1 Sût).
trifié est mis à la mode par les joailliers ; le corail con tinue à se soutenir. C’est un article cher, et qui a le mérite de la rareté; à ce titre, il figure, en 1808, aux
célèbres quadrilles du carnaval chez la princesse Murat.
Les modes se succèdent et ne s’embellissent pas. Dans l’hiver de 1808, les femmes ont l’aspect le plus
engoncé; elles ne se contentent pas de mettre un cachemire par-dessus une douillette , elles mettent encore une épaisse palatine par-dessus le cachemire.
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o.i :.t ■ ,i m, c i j . i • - . .>l.e, celuni/e a le. mut, fourreau redingote, 1810.
Les couturières mettent trente aunes de festons à des redingotes de percale et de bazin. Le goût est encore revenu aux couleurs éclatantes. On a des robes de cachemire rouge, ponceau ou jaune turc ; les fleurs
employées avec cette parure sont le coquelicot, le géranium et autres (leurs rouges. Les souliers sont amarante, cerise ou gros bleu. On porte des capotes cachemire, des rubans, des souliers cachemire. En
1807, on invente dos (leurs cachemire; en 1808, des plumes cachemire. Ces charmantes inventions, Dieu soit loué! ont disparu. On s’est repris aussi d’un bel amour pour les titus très-bouclées et les cache-folies.