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CHAPITRE XXXII

LA MODE

phoses, qui leur rappellent les aventures de la Belle au bois dormant. Ils ne sont pas tentés le moins du monde d’imiter ces antiquailles. D’ailleurs ils sont tout occupés pour le quart d’heure à se faire faire des habits pour la garde nationale. Les ciseaux des tailleurs réclamés pour cet oftice et pour les uniformes des gardes du corps, des mousquetaires, des chevau-légers , de la garde royale..., laissent en paix pour quelques instants les revers, le col et les pans des habits de ville. —

Les dames , qui ont plus de loisirs , se donnent le plaisir d’afficher leur opinion politique en étalant leur toilette.

Pour plusieurs le royalisme est une chose de sentiment , pour un grand nombre il n’est qu’une affaire de mode.

Cela est comme il faut, cela sent la cour, ht puis d’ailleurs — • le blanc sied si bien ! le lis est une si jolie fleur ! — hile devient l’elément essentiel de toutes les coiffures. Le panache blanc ombrage pendant plusieurs années les chapeaux et les toques à la Henri. IV ; le chapeau à la Paméla vient de nouveau faire concurrence aux chapeaux retroussés par devant et agrafés en biais.

La Restauration communique aux idées un mouvement auquel se laissent entraîner Part et la littérature. Le retour aux idées du moyen âge ramène dans les édifices et dans l’ameublement le goût des formes gothiques. Mais la mode, plus indépendante, si elle imite parfois le passé, s’abandonne en général au courant de ses caprices journaliers. Si elle se laisse envahir par la politique, c est qu’elle y trouve son compte • impartiale entre les deux camps ennemis, elle ne voit dans leurs divisions qu’une occasion de faire deux toilettes au lieu d’une, hile veut bien afficher son amour pour Louis XVIII, mais elle ne veut pas cacher ses regrets pour Napoléon. Elle adopte les lis, mais elle leur oppose aussitôt les violettes. Un

soir, l’actrice préférée du public paraît sur la scène avec une parure de violettes. Malgré la faveur dont elle jouit, le parterre, royaliste cette année-là, ne veut pas écouter mademoiselle Mars. Elle est obligée de se retirer ; elle reparaît bientôt vêtue simplement, mais tout en blanc : elle est couverte d’applaudissements frénétiques.

Désormais la mode se verra souvent appelée à

s’allier à la politique. Mais que lui importe cette alliance-là ou une autre? tous les prétextes lui sont bons.

Le torrent s’est écoulé ; la France s’occupe de réparer ses désastres. Son industrie se réveille et va prendre un plus grand essor. Le luxe refleurit et la mode poursuit son cours inconstant et capricieux. Nous sommes en ISIS. Paris n’a pas encore repris sa physionomie normale. A côté des costumes étrangers

on remarque les vieux habits des émigrés, qui végètent en attendant 1 indemnité; la redingote bleue boutonnée jusqu en haut et ornée d’un ruban rouge à la boutonnière, des officiers de l’Empire à demi-solde. Les souvenirs de 1 Empire sont encore vivants dans les affections du peuple et les sympathies générales acquises a tous les soldats de notre vieille armée, désormais réduits à l'inactivité. La peinture, le théâtre, les chansons, la mode, payent leurs tributs à ces préoccupations rétrospectives. Nous lithographions nos anciennes victoires jusque sur nos foulards.

En 1817, la mode semble vouloir protester, en présence de l’envahissement, contre l'influence étrangère par la création d’un type national. Cette année voit naître, en effet, une classe toute nouvelle de fashionablcs subalternes, qui acquièrent une célébrité ridicule sous le nom de calicots. Le calicot affecte les allures militaires; il a le ruban rouge à la boutonnière, la cravache à la main, deux formidables moustaches, un petit chapeau sur le coin de l’oreille, un habit à poitrine bombée et à boutons de métal très-rapprochés, un pantalon blanc large, flottant ou serré par une coulisse en bas. Ses bottes, dont il fait retentir sur le pavé les talons ferrés, sont armées d’énormes éperons dont il se sert peu pour monter à cheval, mais dont il accroche ou déchire parfois les robes. — Je vois, disait un jour, au Louvre, une dame à un de ces matamores qui lui faisait de très-légères excuses de sa maladresse, qu’il faut vous savoir gré de n’être pas entré ici à cheval. — Ceux qui affichent ce nouveau travers de la mode sont presque exclusivement des jeunes gens des magasins de nouveautés et des commis marchands. La chanson et la caricature s’attachent à eux comme elles s’attaquent toujours, en France, à toutes les célébrités. La collection com-

Toque Marie-Stuart, chapeau évasé, chapeau Bolivar, 1818-1819.

Chapeau à petits bords ; polonaise, 1818.

Chapeau à la Bolivar, le calicot, chapeau à la Morillo, 1819.

chapeau à la Bergami, 1820.

plète des caricatures sur les calicots constitue une œuvre considérable dans les annales de la mode. Dans quelques-unes de ces feuilles, M. Calicot se présente armé en guerre et partant pour le combat des Monta (pies, pièce des Variétés, à la représentation de laquelle il est si maltraité, qu’il rentre déchiré, meurtri, et vient tomber évanoui dans les bras de madame Perka/e. Dans une autre, en montant sur son comptoir pour atteindre des marchandises placées à une case supérieure, son éperon malencontreux

15 Cent. LA LIVRAISON. — 831" et 84'' Livr.

relève d’une manière fâcheuse la robe d’une dame, et on lit au bas ce couplet, qui eut du succès à cette époque :

Ali! croyez-moi, déposez sans regrets Ces fers bruyants, cet appareil de guerre,

1 1 des amours, sous vos pas indiscrets,

N’effrayez pas la cohorte légère.

Si des beautés dont vous causez les pleurs Nulle à vos traits ne se dérobe,

Contentez-vous , heureux vainqueurs,

Aux bureaux de l'Illustration, rue de Richelieu, 60.

lie déchirer lents tendres creurs,

Et ne déchirez pas leur robe.

En 1818, comme pour nous prouver l’importance qu’elle met à ht mode, l’Angleterre nous envoie un traité ex professo sur la manière de mettre sa cravate, avec 14 modèles gravés: nœud à l’américaine, à la mahratte, à l’orientale, au collier de cheval... Londres devrait bien aussi donner à Paris un avis profitable sur la meilleure forme des chapeaux, car nous ne

PARIS. T> P. DE FIRMIN DIDOT, f>6, RUE JACOB- 20 C. par la poste.

pouvons nous fixer à ce sujet. Le chapeau indépendant américain , dont les larges bords avaient effrayé les plus hardis sectaires de la mode, cède la vogue à un autre chapeau, qui en exagère encore les dimensions. L’été, les élégants semblent être des quakers; l’hiver, ils ressemblent à des Basiles. La mode va jusque dans l’Amérique du Sud emprunter ses dénominations aux guerres de l’indépendance des colonies espagnoles, et donne le nom d’un guerrier à un chapeau à bords plats très-grands, à forme haute et à cône renversé. Le nom de Bolivar n’est pas plus populaire à Venezuela et dans la Nouvelle-Grenade qu’à Paris. Seulement pour l’Amérique c’est, un héros, tandis que pour Paris c’est un chapeau seulement. De même qu’en Amérique Morillo combat Boli\ar, de même à Paris le chapeau Bolivar a bientôt pour antagoniste le chapeau Maritlo. Tout cela fournit à nos élégants une occasion de plus de manifester à la fois leurs opinions et leurs ridicules. — Les habits serres du milieu et amples du haut et du bas donnent aux hommes l'aspect de sabliers. En 1819, aux carricks abandonnés depuis deux hivers on substitue les rotondes ou redingotes à un seul collet, rond, large et rabattu, et les balandras, espèce de redingote, avec chaînettes et olives en soie, de l’invention du tailleur Barde. Avec 1820 nous entrons dans une ère nouvelle, celle des vastes manteaux , caractéristiques de la Restauration, comme le spencer d’abord et le carrick ensuite avaient été caractéristiques de l’Empire. Les manteaux à l'espagnole, doublés de velours amarante et faisant deux fois le tour du corps, exigent de 7 à 8 aunes de drap et coûtent près de 500 fr. C’est très-

veur. Le retour aux vieilles idées ramène celui aux vieilles modes. On essaye de mettre en vogue les toques à lu Mûrie Stuart, et, à l’imitation de cette coiffure, des bonnets de tulle à trois pointes, se rapprochant du camail des ecclésiastiques; mais la pointe de la toque ou du bonnet, descendant sur le front jusqu’au milieu des sourcils et cintrée au-dessus de cha¬

muns .

par les élégantes.

llobe à la Sévigné, 1 820.

Coiffure à la Galatée, 1821.

Corsage à la Vallière, 1820.

descend effectivement et tend à se rapprocher de la ligne d’équateur, qu’elle a dépassée depuis, et autour de laquelle nous la voyons osciller depuis plusieurs années; mais elle a encore du chemin à faire pour y arriver. — En 1819, le retour aux anciennes modes produit les robes à ta Sévigné , et une concession aux idées du jour, les chapeaux à la Bolivar pour dames;

mais ceux-ci deviennent bientôt si comqu’ils sont de suite abandonnés L’année 1820 fait aussi un emprunt au siècle de Louis XIV pour ses robes busquées dites corsages à la Valhére. De son côté, Girodet, par son tableau de Galatée, fournit à la mode un dernier modèle emprunté à la mythologie expirante. La coiffure à la Galatée est une heureuse combinaison de la chevelure de la belle statue et de la couronne que les artistes du peigne ont posée si longtemps sous le nom de couronne à la Terpsichore. Décidément le moyen âge est en pleine faveur. Quelques retardataires obstinés, petits-maitres émérites de l’époque du Consulat, colportent encore en étrennes l’éternel Chansonnier des Grâces ou V Almanach des Muses ; mais les élégants du jour ont délaissé ces vieilleries pour Y Bcho des Bardes et les Souvenirs des Ménestrels.

De tous les astres nouveaux de la pléiade romantique, M. le vicomte d’Arlincourt est celui dont la mode aime le plus à s’illuminer. Les noms du Renégat , du Solitaire, d ' Elodie , d 'Ipsiboé ont autant de retentissement dans les magasins de nouveautés et chez les marchandes de modes que dans les cabinets de lecture. En 1824, un petit roman d’un autre auteur usurpe à son tour la vogue: les colliers, les cha¬

Pantalon à la cosaque, habit de cheval, manteau a la fille d’honneur, 1823.

cher et très-incommode, mais la mode le veut; notre vivacit • et notre pétulance se laissent emmaillotter dans ce grave costume, si peu fait pour elles.

l’our les dames, les pelisses succèdent en 1818 aux manteaux, dont le prix était excessif. Les manchons redeviennent aussi fréquents qu’au dix-huitième siècle. L’éventail, longtemps proscrit, réparait avec la¬

que côté, encadre si bien la figure, qu’il y a nécessité d’être très-jolie pour s’accommoder de cet entourage. Aussi cette mode reste t- elle circonscrite. Il n’en est pas de même de celle des robes à pèlerines. Toutes les femmes à qui la nature a laissé à désirer ou à regretter quelque chose trouvent là un moyen de dissimuler les avantages qui leur manquent. Aussi les robes à pèlerines font bientôt fureur. — On porte de nombreux volants au bas des robes. A la représentation de madame Saint- Aubin, les élégantes ont des toques de satin ou de velours posées obliquement sur des cornettes de tulle, mode qui date de 1816. Sur quelques chapeaux de velours noir on

tures en perles d’acier très-fines, ms spencers en satin, en velours épinglé ou en crépon, sont aussi très-nombreux à cette soirée. — a coiffure en cheveux est un édifice compliqué. Une femme ne s’en tire pas à moins de sept peignes : deux petits pour tenir les boucles au-dessus de l’oreille , deux pour les boucles du front, un à la naissance de la tresse par-dessous , un pour la tenir par-dessus , et enfin le peigne

et de corail, celui qui semble être la clef de la voûte, le point d'appui de tout l’échafaudage et le seul cependant qui ne serve à rien. A la ville, les dames ont des chapeaux amples à y mettre trois tètes, et dans lesquels la leur disparait de telle façon, qu’il

n’y a plus de possibilité d’aperce- Manches bouffantes en limaçon, balandras à collet, pantalon collant, 1824.

voir le moindre profil. Pour peu qu’une dame cesse de vous regarder de face, vous ne la voyez plus.

Les journaux de mode répètent à l’envi que les tailles s'allongent tous les jours ; il nous reste même comme témoignage de ce fait important la caricature de niude moi selle Buse et M. Corset. Mais il ne faut admettre cela que d'une manière relative; la ceinture

peaux, les blouses, les broderies, etc..., tout est à 1 Ourika. Puis elle la cède à Robin des Bois. Le rude chasseur de l’Odéon décide de la forme des chapeaux et de la couleur des rubans sur les deux rives de la Seine. Tout Paris d’un bout à l’autre, atteint de la même épidémie, chante, fredonne ou siffle du matin au soir la ronde du Frcischut z-. En 1825, le sceptre

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