INTRODUCTION
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qu'il a fait, bien d’autres ont tenté de le faire , et ses héros imités ont servi et servent encore de modèles à une foule de romanciers , de dramaturges , d’auteurs comiques, de vaudevillistes, de collectionneurs d’anecdotes. Les éternels crimes du salon, les perpétuelles et classiques vertus de la mansarde, les efforts du génie déployés par ceux-ci pour gagner des millions, par ceux-là pour arracher à la nécessité le pain quotidien, l'existence dorée des hauts banquiers, et la misère des habitants de ces quartiers honteux et sombres , repaires du vol et de l’assassinat , tout a été exploité , tout a fourni matière au démon de la description et de 1 analyse.
Oui, tout a été exploité, et cependant tout reste encore a dire : a Paris tout change , tout se transforme, tout passe, tout disparaît pour reparaître. Le mythe de Protée peut seul donner une définition complète de cette ville fabuleuse comme la mythologie et variable comme l’atmosphère; et, à ce propos, j’ai oublié de vous signaler le côté grotesque et bouffon de la grande ville, l’empire des calembredaines, des bons mots, des réflexions saugrenues, des charges d’artistes. Depuis ce vieux rire aimé de Rabelais, si prodigieusement farci de science, de philosophie, si merveilleusement psalmodié, saccadé, prolongé jusqu’au dernier numéro du Tintamare, qui pourrait compter les charges aristophanesques , les stupéfiantes bêtises, les figurations miraculeuses et grotesques qui pleuvent dru comme grêle, et dont l'ensemble forme la caricature la plus vieille, la plus nouvelle, la plus vraie et la plus ressemblante de Paris et de ce génie français qui n’a peutêtre de bien original que ce don de l’hilarité quand même, du rire fou et déboutonné au milieu des malheurs, et qui se fait du mal à soi-même pour avoir occasion de faire du sarcasme aux dépens des autres et à ses dépens?
Que nous restait- il doue à faire, à nous descendus dans l’arène après cent mille passés et avant cent mille à venir? Le temps a fait la place libre, et cependant nous avons pu encore glaner là où a passé l’impitoyable faucheur, le grand chiffonnier qui enta- sa tant de choses dans sa hotte immortelle. Avons-nous essayé de joindre notre voix à ce concert de voix, de timbres et d'instruments aux mille accords? Avons-nous pris le saxophone ou le mirliton? le sifflet ou la trompette? l’orgue de Saint-Eustaehe ou l’orgue de Barbarie? Nous avons pris tout cela tour à tour, selon le jour et le sujet. Nous n’avons rien négligé de ce qui a été fait avant nous , puisant a droite et a gauche nos renseignements, et nous emparant, dans le domaine déjà exploré, de tout butin, de toute proie dont pouvait s’accommoder notre patrimoine.
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Paris s’est d’abord appelé Lulèce. Quelle est l’étymologie de ce nom? Les uns disent qu’un prince gaulois nommé Lucus fut le fondateur de cette cité; d’autres prétendent que Lutèce vient de Latum , qui signifie boue. ; d’autres enfin croit que le mot Leulicia , Leucotocic , Lulèce , est dérivé du celtique.
Ce qu’il y a de très-certain , c’est que Paris est une des plus anciennes cités des Gaules, et cette obscurité même de son origine en est une preuve aussi glorieuse qu incontestable. Lorsque César, qui le premier en parle , vint dans les Gaules , cette capitale des Parisiens ( Parisii ) n'était encore qu un amas de chétives cabanes renfermées dans une île au milieu de la Seine; les deux rives du fleuve, maintenant couvertes de somptueux édifices et d’une population si nombreuse, n’étaient alors que d’épaisses forêts entourées de marais, et dont les solitudes étaient consacrées à des divinités sanguinaires; ou sait que les bois obscurs étaient les redoutables sanctuaires des dieux adorés par les anciens Gaulois.
Les Parisiens ont été célèbres parmi les peuples de leur nation pour leur courage et leur haine de toute domination étrangère; et lorsque César, maître d une grande partie des Gaules, voulut subjuguer leur ville capitale, son lieutenant Labiénus, qu il avait chargé de cette expédition , y trouva une insistance a laquelle il ne s attendait pas. Ces braves insulaires, craignant d être forcés dans leur retraite, prirent une résolution héroïque : ils mirent le feu à leurs habitations, et marchèrent au devant de l’ennemi, sous la conduite de leur chef Camulogène. Le Romain, aussi courageux et plus habile, trompa les Parisiens par une fausse marche, prit une position avantageuse dans la plaine située au-dessous de Meudon, et, là, força les barbares à recevoir la bataille. La victoire fut longtemps disputée, mais la valeur aveugle lut forcée de céder au courage soutenu de la science militaire.
César, maître de Pans, l’embellit, au dire de quelques auteurs; toujours est-il que, dès cette époque, cette cité tenait déjà un rang distingué parmi les vdles de la Gaule, puisque César nous apprend, au sixième livre de ses ( ommentaires , qu il y transféra l’assemblée générale ou les états. Concilium Lutetium Parisiorum translulil.
Devenu le séjour habituel des gouverneurs de la Gaule, Paris s’embellit
sous les règnes de Valentinien, de Gratien, de Constantin et de Constance, qui l’habitèrent. Son principal accroissement est rapporté au règne de Julien l’Apostat, qui y passa plusieurs hivers.
Clovis, après avoir vaincu et tué Alaric, roi des Visigoths,y établit sa résidence en 508; en 510, il en fit la capitale de ses conquêtes. Depuis rétablissement des Francs dans les Gaules, chaque règne, pour ainsi dire, apporta quelques accroissements à cette ville. Clovis, Childebert et plusieurs princes qui régnèrent ensuite firent construire, hors de ses murs, des abbayes qui furent ensuite environnées de maisons, lesquels formèrent peu à peu de petits bourgs. Tels furent le bourg Saint-Marcel, le bourg nouveau auprès de Saint-Germain l’Auxerrois, le bourg l’Abbé, ainsi nommé parce qn il était admis dans la censive de F abbaye de Saint-Martin des Champs; le Beau Bourg auprès du Temple, etc., etc. C’est la troisième epoquedes accroissements de Paris.
Cependant ce n’est que sous le gouvernement plus ferme et moins troublé des rois de la troisième race, que Paris commence à prendre par degrés ces accroissements qui l’ont amené au point où nous le voyons aujourd'hui. C’est a cette époque seulement que les faubourgs du nord et du midi, composés, comme nous le disions tout à l’heure, de quelques maisons éparses, d’églises et de couvents isolés, commencent à se réunir par des constructions intermédiaires, sont renfermées dans des enceintes qui s’élargissent de siècle en siècle, depuis la première enceinte de Paris, élevée par Philippe-Auguste, jusqu a l’enceinte stratégique élevée par Louis-Philippe.
Philippe-Auguste apporte les plus grands soins à l’embellissement de la capitale; il en fait paver une partie en 1 184. Guillaume le Breton, qui vivait sous ce prince, fait ainsi l’éloge de Paris dans un poème intitulé la Philippéide.
U rbihus urbs spec.iosa niagis, bona cujus ad ungiicin,
ConiiniMiilare milii sensus luevitate ncg.itiir:
Qliæ (apnl oit regni, (|iiæ grandia gamiina icruui
I ducal, et <loclii\ eNistit loties orbis
Cui, q iumvis vito tnti prælnceat orhi
Nulliis iu orbe locus : (pioiiiain tum: temporis illuiu
Reddebat palus et terrât piuguend . lutosani,
Aptu ni Parisii posuere Lutetia uouieu.
L etablissement de l’Université sons Louis le Jeune avait été une des premières causes de 1 agrandissement de Paris, la protection éclatante que son successeur Philippe-Auguste accorda à cette institution, l’estime singulière qu il faisait des savants, et les distinctions flatteuses dont il les honorait, rendirent bientôt les écoles de Paris célèbres dans toute l’Europe. On y accourut des provinces et des pays étrangers; et le quartier appelé depuis '.Université se peupla tellement que la multitude des étudiants égalait celle des citoyens. Ge prince fit donc entourer Paris de murs, et dans cette clôture il renferma non-seulement une partie des bourgs déjà existants, mais encore une grande quantité de terrains vagues, dans lesquels il excita ses sujets a bâtir. La noblesse et le clergé l’aidèrent puissamment, et, dans 1 espace de quarante années, ces places désertes furent couvertes d édifices. Philippe le Bel augmenta encore l’importance de la population de Paris, en rendant le parlement sédentaire, et, par la défense qu’il fit du
duel en matière civile, les gens de loi se multiplièrent presque autant que les étudiants.
Charles \, parvenu au troue, ordonna bientôt une nouvelle clôture du côté de la ville, depuis le bord de la rivière où sont situés les bâtiments de I Aiscnal, jusqu au delà du Louvre, et les derniers faubourgs furent renfermés dans cette seconde enceinte. Ces nouveaux accroissements obligèrent de bâtir deux autres ponts, pour la communication des quartiers.
Jusqu au règne de François FT, on ne voit aucune entreprise nouvelle pour l’accroissement de Paris. Ce roi, restaurateur des lettres et des arts, reprend tous les projets qui avaient été conçus pour l’embellissement d une ville déjà si peuplée et si florissante. Le vieux Louvre abattu fait place à un cdtl.ee régulier. On relève les hôtels deslirsins, de Bourgogne, d’Artois, <le Flandre, de Fccamp, qui tombaient en ruines. Des rues nouvelles facilitent la communication entre la ville et les faubourgs. Bientôt après. Charles 1\ enferme dans l’enceinte des nouvelles murailles le château des J uilenes, élevé par Catherine de Médicis.
Demi l\ but exécuter de grands changements au quartier Saint Antoine-
par ses ordres on achève le Pont-Neuf, et il . . . au président de Harlay
a paihc occidentale de la, le du palais, à la charge pour celui-ci d’y
construire des maisons. Louis Mil embellit le Marais, élève la place
Royale, et donne a chaque rue de ce quartier le nom d’une des provinces de France.
1 ’ 11110 nouvelle ville parait s’élever sur les ruines de l’annenne. S .a clôture de l’Université est démolie, on joint la ville aux faubourgs;