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le Pont-au-Change, celui de la Tournelle et le Pont-Rouge (depuis Pont- Royal), qui n étaient que de bois, sont construits en pierre. Sur remplacement des petites portes Saint-Denis et Saint-Martin sont érigés de magnifiques arcs de triomphe. L’hôtel des Invalides, l’Observatoire, le Louvre, des quais bordés de maisons, des places, des rues et plusieurs autres édifices publics et particuliers sont construits sous le règne du grand roi.
Les divers accroissements de la ville de Paris, sur la fin du règne de Louis XIV et pendant la minorité de Louis XV, forcèrent d’en régler de nouveau les limites.
Afin que les faubourgs ne s'étendent pas outre mesure, Louis XV défend, par une déclaration du H» [mai 17(55, de construire aucun bâtiment, en quelque manière et sous quelque prétexte que ce soit, au delà des maisons situées à l’extrémité de chaque faubourg. Par la même ordonnance, il est défendu d’ouvrir de nouvelles rues dans les faubourgs. La royauté commence à s’apercevoir] que Paris devient trop grand; elle a comme un vague pressentiment que le géant va se révolter d’un jour à l’autre, et elle veut l’arrêter dans sa croissance et dans sa force.
Mais l’élan est donné, la royauté sera impuissante. Sous Louis XVI on commence à construire le quartier de la Chaussée-d’Antin. La ferme générale fait élever l’enceinte actuelle et la plupart des hideux bâtiments des barrières.
Sous l’Empire, tandis que le Musée s’enrichit de chefs-d’œuvre enlevés aux peuples vaincus, de vastes greniers d’abondance s’élèvent sur l’emplacement de l’Arsenal ; on ouvre au commerce des vins un magnifique entrepôt sur le quai Saint- Bernard ;'des ponts, des quais nouveaux multiplient 1 es comrn unicati on s , et quatre-vingts fontaines vont porter leurs eaux dans les quartiers delà capitale. De vastes marchés assainissent la \ille, facilitent les communications entre les marchands et les consommateurs. Napoléon fait continuer les immenses constructions du Louvre, qui doivent être achevées par son neveu, et il fait élever la colonne Vendôme, la Bourse et l’arc de triomphe de 1 Étoile, le palais du quai d'Orsai, etc., etc.
Le plan tracé sous Napoléon, pour l'embellissement de Paris, est adopté par les Bourbons. Sous Louis X VIII et sous Charles X, des rues nouvelles sont percées, le caual Saint-Martin s’achève, deux nouveaux quartiers se construisent, l’un au bout du faubourg Poissonnière, l’autre aux Champs-Elysées.
Le règne de Louis-Philippe n’est pas moins rempli, et Paris doit à ce souverain, que l’on qualifiait de Roi maçon , une foule d’embellissements de tout genre, sans compter ceux qui ne l’embellissent pas, tels que les fortifications, par exemple : successeur de la royauté légitime, ce prince croit trouver dans les souvenirs de l’Empire une popularité plus grande; il prend à tâche de terminer ce que Napoléon avait ébauché à peine. L’arc de triomphe de l’Étoile s’élève jusqu’à son couronnement actuel, et n’a plus rien à désirer, si ce n’est peut-être le splendide quadrige où brillera un jour le triomphe de César; la colonne Vendôme revoit sur sa tète l’image impériale, et le sarcophage des Invalides reçoit enfin les cendres de celui qui reposa longtemps sous les ombrages inhospitaliers de Sainte-Hélène. A côté de ces restaurations impériales, le souverain de 1830 essaye quelques créations qui lui appartiennent en propre : le palais d Orsai est terminé et affecté au conseil d’État; le pont Louis-Philippe relie les deux rives de la Seine, embellies de quais nouveaux qui l’accompagnent désormais dans tout son cours à travers la capitale; les musées s’enrichissent; une colonne de bronze se dresse sur l’emplacement historique de la Bastille, et présente en lettres d’or le nom des citoyens qui ont fait de leurs corps les marches du trône de Juillet. L’Archevêché, Saint-Germain l’Auxerrois, d’autres monuments religieux encore sont réparés ; les Tuileries occupent, comme toujours, des légions d’architectes. Enfin la place Louis XV ou de la Concorde, suivant les vicissitudes des temps, se peuple de colonnes rostrales, et accueille un voyageur lointain, qui, à travers les siècles et les mers, visite la métropole nouvelle des arts : l’obélisque quitte 1 Égypte pour les bords de la Seine, et renonce aux ruines de Louqsor pour les palais, à demi-ruinés et réparés sans relâche, des I uileries et du Louvre.
Je ne parle pas des rues nouvelles, percées au milieu des vieilles ruelles du vieux Paris : le quartier de la Cité, avec sa population infime qui depuis tant de siècles naissait, souffrait et mourait sans sortir d’une atmosphère putride, sent dans son sein pénétrer l’air et la vie. Des rues étroites et fangeuses disparaissent, remplacées par de larges voies publiques.
Tel est Paris, la ville sans pair. C’est à sa puissance d universalité que cette vaste capitale a dû de former à elle seule tout un peuple, doué au degré le plus éminent du sens municipal et du sens national, ces deux grands éléments de la civilisation française. Paris tendait à être la ville cosmopolite, tandis que les autres provinces, les autres cités, les autres communes ne formaient que des individualités et n’obéissaient qu’à l’esprit de localité.
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Voulez-vous la voir dans toute sa grandeur, cette fière cité étendue à vos pieds et déroulant sous vos regards son vaste panorama? montez la rue des Martyrs, les degrés du Panthéon, les sentiers du Père-Lachaise. Je suppose un de ces soleils à demi-voilés, un de ces cicux bleu pâle si fréquents sous notre zone, où les vapeurs à demi-transparentes bordent mollement les contours de l’horizon, et fondent sous une teinte harmonieuse les tons crus et les couleurs discordantes. La grande ville se développe dans son enceinte de forts et de bastions, étreignant, sur les deux rives, la Seine, large ruban tout bariolé de ponts. Çà et là l’ardoise, les dômes vitrés étincellent; on dirait des Ilots blanchissants sur le vert sombre d’un océan d’édifices. Mais cette mer, exempte de monotonie, s’entrecoupe d ilôts de verdure et de vastes oasis : les Tuileries, le Luxembourg, le Jardin des plantes, les Champs- Elysées, interrompent ces montagnes de moellons, de ciment et de briques. Mille monuments varient à l’infini les lignes de l’horizon. Ici les flèches gothiques, là les tours massives, plus loin les dômes renflés, les colonnades à jour, les assises inébranlables, les sveltes aiguilles ; Saint-Jacques, Saint- Eustache, Notre-Dame et cent autres chefs-d’œuvre de l’art au moyen âge. Le Panthéon ravi aux souvenirs antiques, la Bourse, la Madeleine et cette rangée de palais, cette bordure de monuments que baigne la Seine : le Louvre, la place de la Concorde, le Palais-Bourbon, l’hôtel des Invalides , et, vers l’autre extrémité, les lointains sommets de l’Observatoire, du Val-de-Gràce, des Sourds-Muets. Paris est le rendez-vous des monuments de tous les styles et de toutes les époques. Vus à vol d’oiseau, on dirait que ces édifices se touchent, et des lieues les séparent. Si le soir vous surprend dans cette contemplation, vous allez voir mille clartés soudaines apparaître, et sous le ciel, prairie émaillée d’étoiles, comme dit le vieil Eschyle, va tout à coup s’illuminer un ciel rival aux astres plus nombreux et encore plus éclatants , réfléchis en longues enfilades dans la transparence de la Seine ; les feux en suivent le cours sinueux, puis ils rayonnent sur la ligne des boulevards, étoilent l’obscurité des rues et la sombre verdure des promenades. Partout le gaz étincelle, en attendant que se lève, demain peut-être, le soleil électrique destiné à nous faire oublier la distinction à demi effacée du jour et des ténèbres.
Mais laissons là le pinceau du paysagiste; aussi bien il nous faudrait tout au moins le burin de Callot, la palette de Salvator Rosa, et les toiles gigantesques de Martinn. Ce qu’il nous reste à décrire, c’est l’âme de ce grand corps, c’est le pêle-mêle grouillant, vivant, agissant au milieu de ce pêlemêle encore harmonieux ; c’est la mer orageuse, hurlante, aux flots tourmentés, aux reflets variés, diaprés, bigarrés, qui clapote, tempête, mugit au milieu de l’océan immobile de monuments et d’édifices, vagues pétrifiées. C’est le Paris de chair et d’os, le Paris d’hommes après le Paris de pierre. Entrez dans la grande ville : voici la foule, toujours la foule, et notre langue et toutes les langues issues de la dispersion des enfants de Noé seraient insuffisantes à nous la figurer, cette cohue, cette armée, cette fourmilière comparable aux nuées de sauterelles qui obscurcissent le soleil du désert, aux bancs de poissons qui émigrent du pôle, aux coquillages invisibles dont la dépouille s’amoncelle et forme les Alpes ou les Pyrénées. Quel peintre pourra jamais représenter cet incroyable tohu-bohu, ce cataclysme d’êtres humains, aussi divers que nombreux, et réunis là aujourd hui pour être remplacés demain ! Tout ce que le génie de l’homme et le caprice de la femme, les deux grands créateurs après Dieu, ont pu mettre au jour de variété, d’originalité, de discordances, de dissonances, d’antipathies, d’analogies, tout ce qui vit sous n’importe quel pan du ciel a fourni son échantillon à cet immense et populeux bazar, à ce rendez-vous universel de l’espèce que Buffon a classée entre le singe et Dieu. Cet homme étranglé d’un faux col, aux favoris ébouriffés, et emprisonné dans une redingote de force, blond, pâle, maigre, à ressorts, c’est, un anglais. Une blonde lady tient son bras triangulairement, et, prodige de la crinoline ! nous offre la parfaite image d’un éteignoir sautillant à côté d'une araignée en fil d’archal. Plus loin une chevelure d’étoupe, un teint fade et rosé, un habit a queue de moineau, un pantalon resté à mi-chemin : vous avez affaire à quelque rêveur germanique. Celui-ci, étoffé dans sa redingote, le chapeau renversé en arrière, les favoris en côtelette, n est pas de France, mais de Marseille ; celui-là, osseux, brun, la chevelure bouclée, la moustache en crochet, a reçu le jour entre les Pyrénées et la mer; cet autre, le visage bistré et barbu, le poil frisé, les doigts, la poitrine étincelant de rubans et de fausses pierreries, est un Italien. Ainsi voilà des exemplaires de tous les peuples : des Grecs à la calotte rouge, aux traits mâles et fiers, des Orientaux dans leur costume national, impassibles et, même à Paris, dignes fils du Prophète;