‹ Tableau de Paris (volume 2)Chapitre 200 sur 230 · CHAPITRE XXXII. — LA MODE · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXII. — LA MODE

gération de la forme en cloche. Les fronces et les -

plis nombreux de la jupe n’ étoffent-ils pas suffisamment? la sous-jupe en crinoline vient en aide.

Si, dans leur mise, les danmes ont eu un goût souvent défectueux, du moins elles ont toujours plus ou moins visé, soit à l’élégance, soit à la gentillesse. Le luxe a été pour elles plutôt en augmentant qu’en diminuant.

Mais, pendant qu’elles parcouraient une gamme as¬

cendante, le costume masculin descendait dans un autre sens. Nous n’insisterons pas plus que de raison dans la critique d’une coupe d’habit ou d’une forme de chapeau, nous ferons seulement ressortir un fait général, celui de la tendance de plus en plus démocratique du costume. Nous citions au début de ce chapitre un mot du duc de Lauraguais, lequel prétendait que 1 importation du premier frac anglais avait porté un coup mortel à la noblesse française. L’habit de drap brun, inconnu, obscur, annonce la révolution. 11 met en fuite la soie, le velours et le brocart, les plumets, les rubans et les dentelles. « De « la ville il passe à la cour.

« Il monte, il monte encore,

« il arrive au faite; il atteint « Napoléon sur sa colonne ;

« il s’établit en Europe , il «pénètre jusqu’en Asie; il « ira régner sur l’immobile « Chinois ! » Tout à la fois symptôme et moyen de nivellement. Oue de doléances les petits-maîtres successives de notie costume, le soulitt

d’autrefois n’auraient-ils pas à faire entendre, s ils pouvaient assister un instant aux transformations

par la botte, le bas par la chaussette , la un petit gilet ridicule, la culotte par le

remplacé veste par pantalon

flottant, et surtout l’habit détrôné par la redingote, la redingote détrônée par le paletot, emprunté pour la forme au caban des matelots génois, et dont le

nom vient on ne sait d’où, du grec paltos, de l’espagnol paltoque, ou plutôt du breton paltoc, rude jaquette de toile des paysans, dont on a fait pnltokej (paltoquet), nom donné par les Rretons aux paysans les plus grossiers. Nous recommandons l’étymologie à l’Académie, s’il lui arrive jamais de publier un dictionnaire de la langue française, ce qu’elle n’a pas encore fait , quoi qu’on en dise. Le paletot, ce vêtement de paysans et de matelots, voilà le dernier mot de l’élégance des fashionnables, des dandys, des lions, des gants jaunes!

Après le paletot, cette jaquette des capucins écourtés, il n’y a plus que la blouse et la camisole. A sa première apparition, il y a une douzaine d’années, le paletot se montra dans toute sa rudesse primitive ; il était en gros drap dit drappilote. Il avait au moins un avantage, qu’il est en train de perdre : celui des deux poches latérales pour y fourrer les mains. Ces deux poches ont contribué, plus qu’on ne saurait le dire à l'invasion des habitudes sans gêne; mais elles ont tenu les mains chaudes pendant l’hiver. Un beau fils qui se promène les deux mains dans les poches et le cigare à la bouche est un être indépendant, se moquant de l’univers, ne se dérangeant pour personne , gênan pour tout le monde, et enfoncé si avant dans le sen-

Toilettes de soirée, 18.'>2.

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15 Cent. LA LIVRAISON. — 85= ET 86' Livr.

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Le boudoir en 1852.

un nouveau costume masculin : « J’inventerai ce costume, répondit l’artiste tailleur, le jour où les hommes

ne se coifferont plus avec cet affreux tuyau de poêle qui s’appelle un chapeau rond. Trouvez-moi une nouvelle forme de coiffure, et je vous trouve une nouvelle forme de vêtement. »

Nous ne pouvons terminer sans dire quelques mots du boudoir tel qu’il est de nosjours, après l’avoir montré sous ses diverses phases pendant la Régence et le Directoire, l'Empire et la Restauration.

Le boudoir , si nous en exceptons celui de l’actrice et de l’habitante du quartier Bréda,ou de celui de la Boule-Rouge, est plutôt, à cette heure, un lieu chaste et pur, qu’un temple élevé au plaisir et à la volupté. Témoin celui où notre habile dessinateur a surpris dans la matinée un jeune et élégant ménage , au moment où s’achève le déjeuner. Quelle atmosphère d’innocence !

quel luxe décent et plein de chasteté !

Il n’est plus donné à tous maintenant de pénétrer dans le boudoir; ce n’est plus comme jadis le lieu de rendez - vous des beaux esprits du jour, et les petits abbés qui venaient l’animer de leurs nouvelles nouvelles et grivoises se sont envolés; ce n’est plus là que le propos badin prend naissance. Le boudoir de nos jours est tout différent; c’est un paradis où sont admis bien peu jd’élus, et il a des

liment égoïste de ses aises, qu'il supprimera ou écourtera ses politesses vis-à-vis des dames qui passent, plutôt que de troubler sa paix et sa nonchalance.

Mais l’année 1851 a donné naissance à un rival dangereux du paletot, qu’il a déjà presque entièrement étouffé dans ses plis amples et abondants; il s’agit du ta! ni a. D’où lui vient un nom si tragique à ce vêtement nouveau-né? est-ce une antithèse? et le talma est-il si comique qu ’il ait fallu lui donner le nom du héros de la tragédie? Non ; la mode est capricieuse comme marraine et comme mère ; elle se plaît à glisser 1 excentricité dans les noms et dans la forme. C’est donc par pur caprice qu’elle a ainsi nommé ce paletot large et court, à manches gigantesques auxquelles on pourrait appliquer les paroles adressées aux hauts -déchaussés de l’ancien temps par Harpagon, qui les disait « propres à devenir les recéleurs des choses qu’on dérobe. »

Le régime nouveau a voulu donner une impulsion à 1 art du tailleur en décrétant pour toutes les branches administratives le costume officiel. Les broderies, à peu près bannies depuis la chute de la Restauration, ont reparu; mais cette tentative n’exerce aucune influence sur la forme de plus en plus démocratique du vêtement civil; les femmes pourront encore, pourront toujours même, donner l’essor à leurs inépuisables fantaisies et

entretenir le feu sacré de la mode ; mais, tant que les hommes seront condamnés au chapeau rond , à

l’habit noir ou bleu, c’en sera fait de l'élégance masculine. On demandait un jour à Iîumann d’inventer

» i MP»

Les métamorphoses de la mode

arcanes oii il n’est pas donné à chacun de pénétrer.

Nous ne pouvons mieux finir ce chapitre, qu’en laissant le dessinateur reproduire les diverses métamor¬

phoses de la mode depuis 1760 jusqu’à nos jours. Quelles nombreuses et curieuses dissemblances en moins d'un siècle! et en admettant que la mode est le

résultat direct de la disposition de l’esprit public, que de phases diverses ce dessin nous montre comme s’étant opérées en si peu de temps dans l’esprit humain !

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