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Chapitre XXXV

LE LONG DE LA SEINE (Suite).

I/INSTUTT.

Le collège Mazarin. — Mort de Mazarin, 6 mars 1661. — Les notaires Nicolas le Vasseur et François le Jouin. — Acte de fondation du collège Mazarin. — Ses soixante écoliers. ■ — Mazarin lègue deux millions en argent et 45,000 livres de rente à son collège. — Confirmation du contrat par lettres patentes du roi, en 1665. — Plan du collège Mazarin, par Leveau, architecte. — Lambert et d’Orbay l'exécutent. — V ne extérieure de l’Institut. — La façade principale. - Le dôme. ■ — Le tombeau de Mazarin, par c.oysevox. — Collège <te s Quatre -Nations. — Bibliothèque Mazarine. — Gabriel Naude. — Les 100,000 volumes de la bibliothèque Mazarine. — Les 4,500 manuscrits. — Bibliothèque de l’Institut. — Personnel de la bibliothèque Mazarine. — L’Académie française. — Les conférences de Valentin Courai t en 1632. — Kichelieu offre à la compagnie de former un corps et de s’assembler sons la protection de l’autorité. — Résistance de la compagnie. — L’offre est acceptée. — Une allusion de Jean Scarron. — Louis XIV se déclare protecteur de l’Académie. — Un apologue de Patru. — L’Académie française au Louvre. — Satires contre l’Académie. — Les prix de l’Académie. — L’Académie des inscriptions et belles-lettres. — L’Académie des sciences. — L’Académie de peinture. — Les fauteuils des quarante. — Origine de l’expression Jauteuil, — Liste de tous les membres de l’Académie rangés par fauteuils, — Quelques immortels contemporains.

Le G mars 1661, dans une des salles de l’antique forteresse de Vincennes, le cardinal Mazarin s'apprêtait à mourir. Le ministre fit venir maîtres Nicolas le Vasseur et François le Jouin, notaires, garde-notes du Chastetet de Paris. Il déclara qu’il avait depuis longtemps formé le dessein d’employer en oeuvres de piété et de charité une somme considérable , des grands biens qu’il tenait de la divine Providence et de la bonté du roi. Il ajouta qu’il n’avait trouvé rien de plus utile que la fondation d’un collège et d’une académie pour l’instruction des enfants des gentilshommes ou des principaux bourgeois de Pignerol et de son territoire, d’Alsace et pays d’Allemagne, de l'État ecclésiastique, de Flandre et de Roussillon. Dans l’acte de fondation que le cardinal fit dresser , il est dit : « Que des « soixante éco- «liers qui doi- « vent être en- « tretenusetins- « fruits dans le- « dit collège, il « y en ait quin- « ze de Pignerol,

« territoire et « vallées y join- « tes, et de l’É- « tat ecclésiasti- « que en Italie,

«préférant ceux «de Pignerol à « tous les au- « très ; les Roumains ensuite,

«et, au défaut « d’eux , ceux «des autres pro «vinces de l’É- « tat ecclésias- « tique en Italie;

« piinzédupays « d’Alsace et au- « très pays d’Al- « lemagne con- « tigus; vingt du « pays de Flandre, Artois, Hainaut et Luxembourg, et «dix du pays de Roussillon, Conflans et Sardaigne. Les « quinze personnes pour l’Académie seront tirées du « collège, sans aucune distinction desdites nations; et « si le collège n’en peut fournir un si grand nombre, « le surplus, jusqu 'audit nombre de quinze, sera pris « des personnes d’icelles nations, quoiqu’elles n’aient « pas étudié audit collège. Les soixante écoliers du « collège et les quinze personnes de l’Académie se- «ront logés, nourris et instruits gratuitement au « moyen de la présente fondation. Les gentilshommes « seront toujours préférés aux bourgeois , tant pour « le collège que pour l’Académie; et ceux qui auront «le plus longtemps étudié audit collège , préférés à « ceux qui auront le moins étudié pour être admis a « l’Académie, pourvu que ceux qui auront le plus « étudié soient également propres pour l’Académie.

« Son Éminence se réserve le nom et le titre de fon- « dateur dudit collège de l’Académie; et, à son dé- « faut, l’ainé de ceux qui porteront son nom et ses « armes aura les mêmes droits avec toutes les préro- « gatives des fondateurs. » Pour consolider à 'jamais cette fondation, le cardinal légua deux millions en argent, plus 45,000 livres de rente sur l’hôtel de ville de Paris. Ce contrat de fondation fut confirmé, loué et approuvé par lettres patentes du roi, datées de Saint - Germain en Laye, au mois de juin 4005.

De nouvelles lettres patentes interprétant les premières, furent données en juin 1009. Nous en rapportons tin extrait : « Louis, par la grâce de Dieu, etc., « à tous présents et à venir salut. Nous avons par nos

« lettres patentes du mois de juin 1005, registrées en « notre cour de parlement , le 14 août de la même « année , confirmé la fondation faite par feu notre « cher et très-aimé cousin le cardinal Mazarini, duc « de Nivernais, etc., d’un collège et académie dans « notre bonne ville de Paris pour y instruire et élever « gratuitement aux exercices de corps et d’esprit con- « venables à la noblesse, les -jeunes gentilshommes « qui auraient pris naissance és villes et pays cédés à « la couronne par les traités de Munster et des Py- « rénées; savoir, en la ville de Pignerol , son terri- « toire et vallées y jointes, avec l’État ecclésiastique « en Italie, et provinces d’Alsace et pays d’Allemagne « qui y sont contigus , et à partie des provinces de « Flandre, Artois, Hainaut, Luxembourg, Roussillon, « Conflans et Sardaigne cédés par ledit traité ; le tout « aux clauses du contrat passé par-devant le Vasseur

« et le Jouin , notaires au Chastelet, le 0 mars 1001 -,

« par lequel don est fait audit collège d’une biblio- « thèque et académie nommées Mazarine , et la fon- « dation censée et réputée royale et jouir des mêmes « avantages, privilèges et prérogatives dont jouissent « celles qui ont été fondées par les rois nos prédéces- « seurs ou par nous , et d’autant plus que depuis les- « dites lettres, les bâtiments de l’église , du collège et « de la bibliothèque sont tellement avancés qu’il y a « lieu d’espérer que dans peu l’on pourra célébrer la « sainte messe dans l’église commencée, les exercices « dans le collège, et que tous les livres légués et don- « nés seront placés et rangés dans la nouvelle biblio- « thèque, qui doit être publique deux jours de cha-

« cune semaine; «que ces lieux «étantsituésvis- « à-vis notre châ «teau du Lou- « vre, y appor- «tentunfortbel «ornement; que « ledit établisse- « ment sera d’u- « ne très-grande «utilité au pu- « blic, et que « nous désirons « d’ailleurs don- « ner en tou- « tes choses les « marques de « l’estime que « nous conser- «vons pour la « mémoire de « notre dit cou- « sin le cardinal « Mazarini , et « pour l’affec- « tion qu’il a «témoignée au « public par une « fondation si il- « lustre et si peu «commune; et « vu le contrat « de fondation, « lettres patentes et autres pièces ci-attachées sous « le contre-scel de notre chancellerie ; à ces cau- « ses, et mettant en considération les services no- « tables que nous a rendus notredit cousin le cardi- « nal Mazarini , et de notre grâce spéciale , pleine « puissance et autorité royale, en interprétant et am- « pli fiant nos lettres du mois de juin 1005, nous « avons ordonné et par ces présentes signées de notre «main, ordonnons, voulons et nous plait que ledit «collège, bibliothèque et académie , ensemble les « places et maisons y appartenant soient sous notre « protection, justice , voirie et censure , comme fai- « saut partie de l’ancien hôtel de Nesle , nonobstant « tous actes, contrats, transactions, arrêts, jugements, « sentences et possessions contraires que nous ne « voulons nuire, ni préjudicier à ladite fondation; ce « faisant avons amorti , amortissons à perpétuité tous

Vue extérieure de l’Institut.

« lesdits lieux, sans qu’à présent ni a 1 avenir il puisse « être prétendu aucun droit pour ledit amortisse- « ment, etc... Sera loisible aux libraires et impri- « meurs d’habiter et s’établir aux maisons et bouti- « ques qui sont aux deux pavillons et en la grande « place dudit collège , pour y vendre et débiter des « livres ainsi qu’ils pourront faire dans l’étendue de « l’Université, etc... Accordons audit collège les droits « et privilèges dont jouissent les collèges les plus cé- « lèbres; ce faisant, le déclarons être du corps de l’U- «niversité, avec pouvoir d’y admettre toutes sortes « de pensionnaires et écoliers et d’y (aire tous les acte tes et exercices qui se font aux collèges les plus face meux ; accordons pareillement a ladite Académie ee tous les droits et privilèges dont jouissent les autres te Académies de notre royaume; et sera ladite biblioee thèque aux jours et heures qui seront marqués en et chacune semaine par les exécuteurs de la fonda- « tion, etc. Donné à Saint-Germain en Laye au mois et de juin 1669, et de notre règne le vingt -septième, te Signé : Louis. Par le roi : Signe : Colbkkt. »

Un plan avait été dressé, le 23 juin 1663, par Louis Leveau, architecte du roi. Il fut exécuté par Lambert et d’Ürbay. La façade principale, placée sur le quai, est de forme demi-circulaire ; elle est composée d un avant-corps d ordonnance corinthienne, qui en occupe le centre, et de deux ailes dont la courbe se termine en avant sur le quai, et ne laissait en cet endroit qu'un trop étroit passage, qu’on est en ce moment en train d’élargir; l’avant-corps, qui formait le portail de l’église, fut couronné d’un fronton et surmonté d’un dôme circulaire terminé par une lanterne. Ce dôme, qui présente à l’extérieur une forme circulaire, a dans l’intérieur une forme elliptique. A droite du sanctuaire, on voyait le tombeau du cardinal Mazarin ; ce tombeau, un des plus beaux ouvrages de Coysevox, avait été transféré au musée des monuments français. Ce mausolée fait actuellement partie du musée de Versailles. Le collège Mazarin, auquel on avait aussi donné le nom de collège des Quatre- Nat ions, pour indiquer les pays auxquels appartenait le bénéfice de cette fondation, ne subit aucun changement jusqu’à l’époque de la révolution.

Bibliothèque Mazarine. — Le cardinal Mazarin posséda successivement deux bibliothèques: l’une et l’autre furent formées par Gabriel Naudé, l’homme de son temps qui se connaissait le mieux en livres. Ce savant parlait de la première collection comme étant la plus curieuse des bibliothèques de l’Europe. Elle était, disait-il, composée de plus de 40,000 volumes. Un arrêt du parlement de Paris, lors des troubles de la Fronde, en ordonna, en 1632, la confiscation et la vente. Le cardinal Mazarin étant rentré dans Paris, plus fort et plus puissant que jamais, chargea encore Naudé de rassembler les livres qu’il pourrait retrouver de l’ancienne collection. Cet infatigable bibliographe, aidé de Lapoterie, réunit un grand nombre d ouvrages précieux. Ce savant étant mort, Lapoterie continua son œuvre. On acheta, pour augmenter cette collection, la bibiothèque de Descordes, chanoine de Limoges, moyennant 19,000 livres. Déjà le cardinal, parles conseils de Lapoterie, avait fait l’acquisition de la bibliothèque de Naudé pour la somme de 20,000 livres. Guy-Patin dit « qu’e le était trèspleine de petits livres, bons, rares, curieux , qui ne se pourraient qu’avec grand’peine trouver ni rencontrer ailleurs. Cette bibliothèque fut confiée à l’administration de la Société de Sorbonne, le 14 avril 1688 jusqu’au 7 mai 1791. A cette époque, Eure Joseph Mookeen fit la remise à l’occasion de son refus de prêter serment à la constitution écrite du clergé.

La bibliothèque Mazarine s’est considérablement augmentée depuis la révolution ; elle possède aujourd’hui près de 100,000 volumes imprimés, et 4,500 manuscrits. Outre cette bibliothèque, le même édifice en renferme une seconde, celle de l’ Institut. Quoique moins nombreuse, elle est précieuse par le nombre des ouvrages modernes qui y sont déposés. Ces deux bibliothèques furent réunies par une ordon¬

nance de 1819; mais elles furent plus tard séparées, et chacune d’elles est placée sous un régime administratif particulier. Le personnel de la bibliothèque Mazarine se compose d’un bibliothécaire, administrateur, de cinq conservateurs et de deux sous bibliothécaires. Elle est ouverte tous les jours au public, excepté les dimanches.

Parlons des differentes Académies qui, supprimées au début de la Révolution, ont été plus tard réorganisées sous la dénomination d’institut de France. A tout seigneur tout honneur. Nous commencerons par l’Académie française, cette tille majeure du cardinal de Richelieu.

Valentin Conrart, conseiller et secrétaire du roi, et de plus littérateur, avait réuni dès 1632, dans une petite maison de la rue Saint-Denis, une société de gens de lettres : Godeau, Gombault, Chapelain, Giry, Habert, etc. Ces conférences n’avaient pour objet que le mérite des compositions, les délicatesses du style et les intérêts de la grammaire. Lorsqu’un membre de cette société avait composé un ouvrage, il le communiquait à ses amis, qui lui donnaient librement leurs avis; c’était, en un mot, une société libre littéraire comme il y en a tant eu depuis et comme il n’y en a plus aujourd’hui. Les conférences étaient suivies tantôt d’une promenade, tantôt d’une collation. « Ils s’assemblèrent ainsi durant trois ou quatre ans, dit Polisson , le premier historien de l’Académie française, et, comme j’ai ouï dire à plusieurs d’entre eux, avec un profit et un plaisir incroyables, de sorte que quand ils parlent aujourd’hui de ce temps-là , ils en parlent comme d’un âge d’or durant lequel, avec toute l’innocence et la liberté des premiers siècles, sans bruitet sans pompes, et sans autres lois que celles de l’amitié, ils goûtaient ensemble tout ce que la société des esprits et la vie raisonnable ont de plus doux et de plus charmant. » Cette réunion devait être bientôt troublée. Un nommé Faret introduisit dans la société Bois-Robert, un des poètes à gages de Son Éminence le cardinal. Ce nouveau membre parla bientôt de cette compagnie au ministre. Richelieu engagea Bois-Robert à demander à ces hommes de lettres s’ils voulaient former un corps et s’assembler régulièrement sous la protection de l’autorité. « M. de Bois-Robert, continue Pélisson, ayant répondu qu’à son avis cette proposition serait reçue avec joie, il lui demanda de la faire et d’offrir à ces messieurs sa protection pour leur compagnie qu'il ferait établir par lettres patentes, et à chacun d’eux en particulier son affection, qu’il leur témoignerait en toute rencontre. » Résister à l’affection calculée de Richelieu, qui voulait faire chanter ses louanges par les gens de lettres, c’était engager la lutte et se perdre. « Cependant, ajoute Polisson, à peine y eut-il aucun de ces messieurs qui n’en témoignât du déplaisir, et ne témoignât que l’honneur qu’on leur faisait vint troubler la douceur et la familiarité de leurs conférences. » La proposition du ministre fut discutée dans une réunion solennelle. Plusieurs membres voulaient qu’on refusât l’offre du cardinal. Chapelain prit alors la parole : « A la vérité, messieurs, dit l’auteur du poème épique lu Pucelle, nous nous serions bien passés de l’éclat qu’on veut donner à nos conférences; mais, dans l’état actuel des choses, voyons si nous sommes libres de suivre le parti qui nous paraît le plus agréable. Nous avons affaire à un homme qui ne veut pas médiocrement ce qu’il a arrêté. 11 n’est pas, vous le savez, habitué à la résistance et ne la souffre pas impunément. 11 regardera comme une injure le mépris que vous feriez de sa protection, et chacun de nous pourrait en ressentir les terribles effets. D’après les lois du royaume, toutes les assemblées qui s’organisent en dehors de l’autorité du souverain peuvent être défendues. 11 sera fort aisé à monseigneur le cardinal de rompre notre société, que chacun de nous désiie être éternelle. » Ces raisons déterminèrent l’assemblée. M. de Bois-Robert fut prié de remercier trèshumblement M le cardinal de l’honneur qu’il leur faisait, et de l'assurer qu’encore ils n'eussent jamais eu une si haute pensée et qu’ils fussent fort surpris du

dessein de Son Éminence, ils étaient très-résolus de suivre ses volontés.

Sur le rapport du cardinal-ministre, Louis XIII donna, au mois de janvier 1633, des lettres patentes portant qu'il serait formé une société de gens de lettres, au nombre de quarante, sous le nom d’ Académie française. Ces lettres ne furent enregistrées que le 10 juillet 1637, après une longue résistance du Parlement, qui voulut qu’on insérât cette clause : Que C Académie ne pourrait connaître que de la langue française et des livres qu’elle aurait faits où qu'on exposerait à son jugement. L’opinion publique ne fut pas tout d’abord entièrement favorable à la nouvelle institution. Les partisans de Richelieu en parlaient avec admiration. Ses adversaires n’y voyaient qu’un redoutable appui prêté à l’ambition du cardinal. D'autres s’en moquaient comme d’une chose sans importance. Jean Scarron, conseiller de la grand’ chambre du parlement, père du poète burlesque, ayant été appelé pour donner son avis sur la vérification des lettres patentes portant établissement de l’Académie, s’exprima en ces termes : « Cette rencontre me remet en mémoire ce qu’avait fait autrefois un empereur romain, qui, après avoir ôté au sénat la connaissance des affaires publiques, l’avait consulté sur la sauce qu’il devait faire à un grand turbot qu’on lui avait apporté de bien loin. » Ce rapprochement, exprimé avec tant de hardiesse, exaspéra le cardinal, qui priva Jean Scarron de sa charge de conseiller au Parlement et l’envoya faire des allusionsen exil. Plus tard Jean Scarron fut dédommagé par la faveur publique, et il devint prévôt des marchands. L’Académie tint encore ses séances chez un de ses membres ou chez Richelieu lui-même. Après la mort du cardinal, le chancelier Séguier, qui avait brigué l’honneur d’entrer à l’Académie, prêta aux académiciens une salle de son vaste hôtel. Louis XIV s’étant déclaré protecteur de la docte compagnie, le titre d’académicien devint un objet d’envie et fut très-recherché. Des ministres, de grands seigneurs, des prélats, voulurent se mettre sur les rangs. Cette condescendance flatta d’abord la vanité des académiciens roturiers, qui ne s’aperçurent pas que l’admission de ces hommes puissants plaçait les vrais académiciens sous la dépendance du gouvernement! Patru, l’ami de Boileau et de Racine, leur fit sentir ce danger par un apologue. Il était question de recevoir un gentilhomme dont l’esprit n’était pas trèscultivé. « Messieurs, dit Patru, un ancien Grec avait une lyre admirable, une corde se rompit; au lieu d’en remetire une de boyau, il en prit une d’argent et la lyre perdit son harmonie. » L’apologue de Patru fut très-goûté, très-applaudi, et cependant la corde d’argent eut la préférence. En 1673 l’Académie française vint occuper une des salles du Louvre. Elle siège au palais Mazarin, appelé aussi palais desQuatre-Nations, et plus communément encore palais de l’Institut, à partir de 1806.

En général, les hommes de lettres qui débutent (il y a longtemps que cela est ainsi) commencent par attaquer l’Académie : feuilletonistes, journalistes, littérateurs, c’est à qui décochera son trait contre l’aréopage. Il y a sur ce sujet des plaisanteries stéréotypées, et qui réussissent toujours dans un certain monde. Cependant, pour peu qu’on ne soit pas d'humeur à se contenter de quelques épigrammes émoussées par un trop long usage, de quelques jeux de mots d’une respectable longévité, on se convaincra facilement que l’Académie française a été depuis sa fondation le sénat des traditions du goût et de l’urbanité, le salon des mœurs, des élégances et de l’esprit littéraires.

Il y a dans l’esprit français un côté critique qui se fait jour à tout prix, même chez les hommes les plus graves; sur les quarante immortels qui composent l’Académie au moment où j’écris ces lignes, je suis bien convaincu qu'il n’en est pas quatre qui aient résisté au désir de lancer leur flèche en se jouant, dans la citadelle littéraire, avant de faire partie de la garnison. Que n’ont pas dit M. Victor Hugo, etM. Sainte*

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