CHAPITRE XXXY. — LE LONG DE LA SEINE (Suite
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Beuve, et M. de Vigny, et M. de Musset, et tant d'autres, alors qu’ils couraient la bague dans le carrousel de la jeunesse ? Et cependant ils font tous partie aujourd’hui de la docte compagnie; tous, en dépit des jeux de mots décochés à la légère, ont fini par passer
sous les fourches caudines du discours de réception. C’est ce que je vous souhaite également, ô mes confrères, qui vous acharnez encore contre une institution honorable restée debout, phénomène assez rare ! au milieu des débris de tant d’institutions !
L’Academie française est chargée de veiller sur la langue comme sur un dépôt. Elle commença de travailler au dictionnaire en 1(139, et ce premier travail fut terminé en 1694. Depuis cette époque elle en a donné une seconde et une troisième édition corrigée,
Lliic séance uo i acüuchgc.
<et elle en prépare une nouvelle. Si nous voulions ajouter foi aux mauvaises langues, l’Académie n’en serait encore, depuis bien des années, qu’à la lettre D. Nous croyons que c’est une calomnie. D’ailleurs, un dictionnaire ne s’improvise pas, et il ne faut pas s’étonner que l’illustre compagnie prenne tout son
temps pour rédiger, collationner et coordonner tous les articles de ce code du langage. L’Académie distribue aussi chaque année, en séance solennelle, des prix de poésie, d’éloquence, d’histoire, etc. Le prix d’éloquence avait été fondé par Jean-Louis Guez, sieur de Balzac, dont les lettres, qu’on ne lit plus
guère, contribuèrent cependant a faire acquérir à la langue française de la noblesse et du nombre. L Acrdémie décerne aussi des prix de vertu fondés par le philanthrope Montyon. Disons, en terminant, que s’il se rencontre au sein de l’Académie quelques grands seigneurs qui auraient de la peine à constater leurs
quartiers littéraires , quelques traducteurs attardés d’Anacréon ou d'Horace, il serait difficile de signaler, à l'heure présente, un écrivain dont l'attente prolongée sous le vestibule du palais Mazarin soit un scandale public. J’excepte Béranger, bien entendu ; mais Béranger, chacun le sait, se tient systématiquement à l’écart :
En me créant Dieu m’a dit : Ne sois rien,
a chantonné quelque part cet orgueilleux.
L ’ Académie des inscriptions et belles-lettres a été fondée par Louis XIV ; il voulut qu’une société de savants et de littérateurs s’occupât du soin de recueillir des médailles , et d'inscrire sur les monuments les inscriptions qui pouvaient immortaliser son règne et la gloire de la nation. Colbert choisit parmi les membres de l’Académie française ceux qu il crut les plus habiles à ce genre de travail. Chapelain, Charles Perrault, l’abbé Cassagne, et 1 abbé Bourleix, formèrent une réunion à laquelle on donna le nom de Petite Académie. Établie en 1663, elle tint ses premières séances dans la bibliothèque de Colbert, rue Vivienne. Le nombre des académiciens, d'abord fixé a quatre, fut porté à huit. Un nouveau règlement du 16 mai 1701 fixa le nombre des membres à quarante, savoir : dix honoraires, dix pensionnaires, dix associés, et dix élèves. Des lettres patentes confirmèrent cette organisation nouvelle. Le nom de Petite Académie ne pouvant plus convenir fut changé en celui d’Académje des sciences et des médailles, puis en celui d' Académie des inscriptions et belles lettres Le premier ouvrage publié par celte compagnie est 1 histoire de la numismatique sous le règne de Louis XIV. La première édition, qui parut en 1703, comprend 286 médailles. La seconde, publiée en 1723, renferme la collection entière des médailles qui ont été frappées pour retracer les événements du règne de ce prince; elle se compose de 318 médailles. Ces travaux ne mirent pas les académiciens à l’abri des railleries des écrivains. Piron , le plus batailleur et le plus satirique de la bande , avait commencé
l’attaque en composant cette assez triste épigraphe :
Ci-gît un antiquaire opiniâtre et brusque ;
Il est, esprit et corps, dans une cruche étrusque.
Après avoir établi l’Académie des inscriptions, Colbert, cet homme d’Etat immortel, chercha les moyens de donner de nouveaux développements aux sciences. Pour atteindre son but, il se fit faire un rapport sur tous les savants qui s’assemblaient chez M. de Montmort, conseiller d’État, puis il manda Duclos, Bourdelin, de la Chambre, Auzout, etc., et leur proposa de les réunir en un corps sous la dénomination d’Académie des sciences, en leur disant qu’ils féconderaient , par l’association, des travaux que l’isolement devait toujours paralyser. Cette Académie devait s’occuper de cinq sciences principales : des mathématiques, de l’astronomie, de la botanique, de la chimie et de l’anatomie. On proposa de joindre à ces sciences la théologie. Les observations de la Sorbonne firent repousser cette proposition. L’Académie des sciences occupa d’abord une des salles basses de la bibliothèque du Roi, jusqu’en 1699. Celte Société ne subsista qu’en vertu d’une simple autorisation du roi. A cette époque, elle reçut une existence pleinement légale, et on lui donna un appartement au Louvre. L’Académie comptait à cette époque parmi ses membres Fontenelle, Tournefort, Malebranche, Ozanam, Réaumur, et plusieurs autres savants distingués : elle s’était associée Boërhaave, Leibnitz, Maupertuis, etc.
C’est encore Colbert qui créa l’Académie de peinture et de sculpture. Une querelle survenue entre les peintres de cette époque fournit au ministre l’occasion de compléter son œuvre. Les artistes étaient alors divisés en deux classes : on désignait ceux qui faisaient partie de la première sous le nom de maîtres ; ceux de la seconde étaient appelés peintres sans maîtrise ou privilégiés . Lebrun , à la tête des peintres privilégiés, était parvenu , par la protection du chancelier Séguier, à former une société qu’il fit autoriser par un arrêt du conseil privé, et confirmer par lettres patentes. On avait accordé à ces artistes la galerie du Collège de France. Colbert , qui venait de créer une école de peinture et de sculpture à Rome pour former des élèves entretenus par le roi, réunit
Un membre de l'Académie des sciences.
bientôt cette dernière à la compagnie de Lebrun , et fonda l’Académ'e de peinture et de sculpture, qui oc-
Un lauréat de l’Institut.
cupa six grandes pièces au Louvre. Il lui adjoignit cette réunion éteignit toute querelle. L’Académie de 1 ancienne Academie de Saint-Luc ou des maîtres, et peinture se maintint, sans éprouver de changement,