CHAPITRE XXXV
LE LONG DE LA SEINE (Suite).
jusqu’au commencement de la première révolution.
Projetée en 1671 par Colbert, l’Académie d’architecture se forma avec une simple autorisation jusqu’au mois de février 1717, époque où elle reçut une existence légale. Cette Académie eut alors, comme l’Académie de peinture , ses écoles , ses prix et ses pensionnaires à Rome.
Elle tenait aussi ses séances au Louvre , et continua de former un corps séparé jusqu’à sa suppression.
A la fin du dernier siècle, les académies, d’abord délaissées, poursuivirent néanmoins leurs travaux. Dès 1791, leurs dépenses furent fixées provisoirement. En 1793, Grégoire fit prononcer leur suppression et apposer les scellés sur le lieu de leurs séances. Une députation de l’Académie des sciences, admise à la barre de la Convention , obtint pour celle - ci et pour les autres Académies la faculté de continuer leurs travaux avec des règlements provisoires. La promulgation de la Constitution de l'an III porte, au titre 10 : « Il y aura, pour toute la République, un Institut national, chargé de recueillir les découvertes, de perfectionner les arts et les sciences. » Un nouvel ordre de choses commandait la réorganisation des anciennes Académies. C’est alors que fut arrêté le projet de l’Institut national.
Il fut divisé en trois classes : la première, des sciences physiques et mathématiques; la seconde, des sciences morales et politiques; la troisième, de la littérature et des beaux-arts. L’Institut tint ses premières séances au Louvre. En 1803, Ronaparte introduisit quelques changements dans cette organisation. Il divisa l’Institut en quatre classes, en séparant les beaux-arts, la littérature et l’histoire. Par décret impérial du Dr mai 1806, l’Institut fut transféré au collège Mazarin; tous les gouvernements introduisirent ensuite leurs innovations dans cette société de savants et de litté-
démie des sciences morales et politiques, et l’Institut se trouva composé de cinq classes. Cet état de choses subsiste encore aujourd’hui.
Terminons ce qui regarde l’Académie française par la liste de tous ses membres, rangés par fauteuils.
M. Victor Hugo.
Voici l’origine de cette dernière expression, telle qu’elle est rapportée dans les Pièces intéressantes pour servir a l'Histoire de la littérature , de La-
archevêqne ri’Aix, Boisgolin {réélu). Dureau de la Malle. Picaid Arnault. Scribe.
5e. — Anger de Mauléon. Daniel de Priézac. Michel le Clerc. J. de I ourreil. J. Koland Malet. Boyer, évêque de Mirepoix. ]N. Tliyrel de Boismont. Cl.-C. de Rulhières. Carat. Cardinal dé Bausset De Quelen, archevêque de Paris. Mole.
6e. — J. d’Arbaud de Porchères. Olivier Patru. N. Potier de Novion, P. G 'ibaud du Bois. Ch. Boileau, abbé de Beaulieu. Gaspard Abeille. N. -H. Monlgault. Ch. Doclos. N. Beauzée. J.-J. Barlhélemy. Cambacérès. Bonald. Ancelot.
7e . — P. Séguier. Cl. Bazin de Bezons. Boileau-Despréaux. J. d’Estrées, archevêque de Cambrai. René d’Argenson, garde des sceaux. Languet de Gergy, archevêque de Sens. Buffon. Vicq-d Azyr. Cabanis. Destu tt de Tracy. Guizot.
8e. — Faret. P. du Ryer. Cardinal d’Estrées. Maré- < liai d’Eslrées. De la Tréinouille. Cardinal de Roban- Soubise. De Montazet, archevêque de Lyon. Comte de Boufflèrs. Baour-Lormian.
9e. — F. Maynard. P. Corneille. Th. Corneille. Houdard de la Motte. Bussy Rabutin, évêque de Luçon. Foncemagne. Chabanon. Naigeon. IN. remercier. V. Hugo.
10e. — Claude de Malleville. J. Ballesdens. Cordemov. J.L. Bergeret. C. de Saint-Pierre. Maupertuis. I.e Franc de Pompignan. L’abbé Maury. Merlin. Ferrand. Casimir Delavigue. Sainte-Beuve.
11e. — Cauvigny de Colombv. Tristan l’Hermite. La Mesnardière. Duc de Saint- Aignan. F. -T. deChoisy. Ant. Portail. La Chaussée. Bougainville. Marmontel. Bigot de Préameneu. De Montmorency. Guiraud. Ampère.
12e. — Voiture. Mézerav. Barbier d’Aucourt. Clermont-Tonnerre, évêque de Noyon. N. de Malézieux. J. Bouhier. Voltaire. J. -F. Ducis. De Sèze. DeBarante.
13e. — J. Sirmond. J de Montreuil. Fr. Tallemant. De la Loubère. Cl. Saltier. J -G. Coëilosquet. P. de Montesquieu Feseuzac Sieyès. Lally-Toilendal. Pongerville.
14e. — Vaugetas. Scndéry, Marquis de Dangeau. Maréchal de Richelieu. Duc d’Harcourt. Lacuée de Cessait. J. Tocqueville.
15e. — B. Baro. J. Doujal. E. Renaudnt, F., de Roquette. Gomlrin d’Antin, évêque de Langres. Dnpré de Saint-Maur. Maleslierbes. Rœderer. Due,,de Levis. Pli. de Ségur.
10e. — T. Baudoin. Charpentier. Chamillarf, évêque deSenlis. Maréchal de villars. Duc de Villars. Loménie de Brienne. Andrieux. Thiers.
17e. — Cl de l’Etoile. A. duc de Coislin. P. duc de Coislin. H.-C. duc de Coislin, évêque de Metz. Surian, évêque de Vence. D’Alembert. Comie de Choispul-Goullier. Portalis. Pierre Laiijoo. Ch. -G. Etienne. Comte de Choiseul-GouKier (réélu). Laya. Ch. Nodier. Mérimée.
1Be. De Sérizay. Pellisson. Fenplon. De Boze.
Comte de Clermont Du Belloy. Duc de Duras. L’abhé Villar. Féletz. Nisard.
19e. — Balzac. H. de Péréfixe de Beaumont, archevêque de Paris. Fr. de Harlay, archevêque de Paris. André Dacier. Cardinal Dubois. Henanlt. Prince de Beauvati. Domergue. Sainl-Ange. Parseval de Granrtinaisoi). Salvamly.
râleurs. En 1815, on lui conserva le nom d’institut, mais on rendit aux quatre classes qui le composaient
place.
«Le cardinal d’Estrées, devenu très-infirme, et
20e. — I.augirr de Porchères. De Chaumont. Le président Cousin. Valon, marquis de Mimeme. N. Gédoyn. Cardinal de lîernis. F. de Neiifchâteau. P -A. Lebrun.
M. Guizot
cherchant un adoucissement à son état dans son assiduité aux assemblées de l’Académie, demanda qu’il lui fût permis de faire apporter un siège plus commode que les chaises qui étaient alors en usage : car il y avait seulement un fauteuil pour le directeur. On en rendit compte à Louis XIV, qui , prévoyant les conséquences d’une pareille distinction, ordonna à l’intendant du garde-meuble de faire porter quarante fauteuils à l’Académie, et confirma par !à l’égalité académique. »
Ces fauteuils, que Fontenelle appelait « un lit de repos ou le bel esprit sommeille, » ont été l’objet, comme nous le disions plus haut, de maintes épigrammes.
Aujourd’hui le terme fauteuils n’a plus de sens; car l’Académie française n'a plus de fauteuils, à proprement parler, et la salle de ses réunions est commune aux autres Académies
Ie1' fauteuil. — P. Bardin. Nicolas Bourbon. Salomon. Pli. ÇHimanit. F. de Caillèrcs. Caïd, rie Fleury. Carri.de Liivnes. J. rie Florian. Volnev • Pastoral. Cterie Sainlc-Aulairc.
M. Saint-Marc Girardin.
leurs anciennes dénominations. La première classe fut nommée Académie des sciences ; la seconde. Académie française; la troisième. Académie des inscriptions et belles-lettres; la quatrième. Académie de peinture et de sculpture. Enfin, une ordonnance royale du 27 octobre 1833 rétablit l’ancienne Aca-
15 Cent. LA LIVRAISON. — 89e ET 90e Livr,
2e. — P. Ilay du Cliasteiec perrot d’Ablaiiconrt.Bussy-Rabnlin. Paul Bignon. Jérôme Bignon. De Bréuuiguy. Ecotichar ri- Lebrun. F.-J.-M. Raynouard. Miguel.
— Philippe Habert. J. Esprit. .1. N. Colbert, archevêque rie Rouen. Fraguier. Ch. rî'Orléaiis-Unlhnlin, ahbe rie Conieilie. G. Girard. V. rie Paulmy ri'Argeiison. J. -B. d’Aguesseau. Brilant.
4c. — Bâcher rie Méziriac. La Motlie le Vayer. J. Racine. Valincour. Leriget rie la Fave. Crébiilon. Voisenon. Boisgelin rie Curé,
Ai|* bureau* de Flllustratiop, rue de Richelieu, 60
21e. Germain Habert. Cotin. L’abbé de Dangeau. Merville. Terra sson. Comte rie Bissv. l.sméoard. Ch Lacreteltc.
520 Servien. Villaycr. Fontenelle. A.-L. Séguier. Bernardin
rie Saint-Pierre. Et. Aignan. Soumet, vitet.
2;jo. Colletet. Gilles Boileau. .1. de Montigny. Ch. Perrault.
Cardinal de Rohan. Vaurcal. La Conriamine. J. Deiille. Campenon. Saint-Marc Girardin.
24e Saint-Amant. L’abhé Cassaguc. Comte de Crécy. Ant.
PARIS TVP. DE PIRMIN DIDOT, 56, RUE JACOB. ?0 C. par la pOSÎS.
M. Mignet.
cadémie do ne l’avoir pas admis dans son sein, les deux Rousseau, Saint-Réal, Ginguené, Dusault, et enfin notre illustre poète Réranger, qui ne sera certainement jamais le confrère de M. Pasquier. Ce qu’il y a de singulier, c’est que l’Académie, méconnaissant le but de son institution, s’est, dispensée d’admettre les meilleurs lexicographes et grammairiens de chaque
époque, comme Ménage, Dumarsais, Roinvilliers, etc.
Voltaire avait donc à peu près raison, du moins pour son époque, de définir l’Académie, « un corps où l’on reçoit les gens titrés, des hommes en place, des prélats, des gens de robe, des médecins, des géomètres, et même des gens de lettres, x.
Ce que l’Académie cherchait principalement, ce-
M. de Lamartine.
tait d’admettre des illustrations tout à fait étrangères à la littérature. Elle offrit une place au maréchal de Saxe, qui refusa. On a de lui, à ce sujet, une lettre où on lit le passage suivant : « Ils vente me fere de la cadémie, cela rniret corne une bage à un chas. »
Plusieurs années avant, Pierre Corneille étant mort, le due du Maine, qui n’avait alors que quatorze ans, eut la singulière fantaisie de remplacer le grand tragique. Il en parla à Racine, qui, étant alors directeur, assembla ses collègues, auxquels il demanda un délai de quinze jours, délai que l’on vota par acclamation. On prétend qu’il fut engagé à répondre au nom de ses collègues que, lors même qu’il n’y aurait pas de place vacante, il n’y avait pas d’académicien qui ne fut ravi de mourir pour lui en faire une. Heureusement Louis XIV épargna à la compagnie cette nouvelle preuve de soumission. 11 refusa de ratifier l’élection du jeune prince. Thomas Corneille remplaça son frère.
L’usage des discours de réception remonte à 1640. A cette époque. Olivier Patru, admis à l’Académie, y prononça un discours de remercîment, qui plut tellement à ses confrères, que ce remercîment devint une obligation imposée plus tard aux récipiendaires. Quelques grands seigneurs seuls en furent dispensés, entre autres Colbert. Plus tard d'autres motifs firent admettre sans cette formalité des personnages de notre siècle, comme Chateaubriand , Maret et Régnault de Saint-Jean d’Angely.
Cette obligation de haranguer publiquement empêcha le duc de la Rochefoucauld, l’auteur du Livre des Maximes, de se présenter à l’Académie. Il ne pouvait soutenir la vue d’un auditoire et ne se sentait pas capable de prononcer une harangue de quelques lignes sans tomber en défaillance.
Le maréchal de Richelieu fut plus hardi que le duc delà Rochefoucauld. Hans le discours qu’il prononça, on trouve les fautes d’orthographe les plus grossières.
En 1748, le même duc de Richelieu, se trouvant directeur de la compagnie, pria Voltaire de lui composer le compliment de félicitation au roi. Une copie en
ayant circulé, à mesure que Richelieu débitait une phrase, beaucoup de personnes prononçaient à demivoix la phrase suivante.
L’usage de ces discours ne fut pas, nous le croyons, une heureuse innovation, et, dès le commencement, le public s’en moqua fort. Le président de Mesme les comparait à ces messes solennelles où le célébrant, après avoir encensé toute l’assistance, finit par être encensé à son tour. — Piron, ayant été une fois sur le point d’être nommé, fut averti de se tenir prêt par le secrétaire qui devait répondre au discours du récipiendaire. « Mon discours est tout fait, dit Piron, et le vôtre aussi. — Gomment cela? — Je me lèverai, j 'ôterai mon chapeau, je dirai : Messieurs, je vous remercie de l’honneur que vous m’avez fait de m’admettre. Vous vous lèverez, vous ôterez votre chapeau, et vous répondrez : Monsieur, cela n’en vaut pas la peine. » Ajoutons que ces discours n’étaient pas toujours l’œuvre de celui qui les débitait. On sait, par exemple, que le discours de Ducis est de Thomas.
On pourra peut-être, d’après tout ce qui précède, se poser celte question que beaucoup de gens se sont faite aujourd’hui : Les Académies servent-elles à quelque chose? Il ne manque pas de bons esprits, aimant l’étude et la science pour elles-mêmes, et non pour les bénéfices et les honneurs que l’on peut en retirer, qui se prononcent aujourd’hui pour la négative. Comment veut-on, en effet, que les intrigues de tout genre, les jalousies et les haines; que les démarches et les transactions blâmables qui accompagnent quelquefois les élections, les distributions de prix, etc.; que les querelles où l’intérêt de la science disparaît toujours devant les questions de personnes, n’inspirent pas à tout homme honnête quelque répulsion? Et quand à ce qui est de leur utilité, peut-on ne pas être un peu de l’avis de Voltaire, qui écrivait, il y a cent ans : « Je remarque que les Académiciens étouffent toujours le génie, au lieu de l’exciter. Nous n’avons pas un grand peintre depuis que nous avons une Académie de peinture ;
M. Michelet.
pas un grand philosophe formé par l’Académie des sciences. Je ne dirai rien de la française. La raison de cette stérilité dans des terrains si bien cultivés est, ce me semble, que chaque académicien, en considérant ses confrères, les trouve très-petits, pour peu qu’il ait de raison, et se trouve très-grand en comparaison, pour peu qu’il ail d’amour-propre, »
A la liste des académiciens il serait curieux d’opposer celle des hommes de talent qui n’ont pas été admis à l’Académie ; nous nous bornerons ici à citer quelques noms. Au premier rang figure Molière, puis viennent le duc de la Rochefoucauld, auteur du Livre des Maximes ; Regnard, Lesage, Piron, qui, par ses mordantes épigrammes, fit si chèrement expier à l'A¬
ile Mesmes. J. Alary. Gaillard. Cailhava. Micliaud. Flourens.
25e. — Boissat. Furetière. La Chapelle. D’Olivet. Condillac. Comte de Tressan. Bailly Sicard. Frayssinous. Pasquier.
26e. — Bois-Robert. Sevrais. Campistron. Deslouches. Boissy. Sainte - Palaye. Chamlort. M.-J. cliénier. Chateaubriand. Nouilles.
27e. — Bautru. J. Testu. Marquis de Sainte-Aulaire. Mairan. François Arnaud. Collin d’Harleville. Daru. Lamartine.
28e. — Louis Giry. Cl. Boyer. Cl. Genest. L’abbé Dubos. Du Resnel. Saurin. Condorcet. Legouvé. Alex. Duval. Ballanclie. Valoul. De Saint-Priest.
29e. — Gomhauld. Paul Tallemant. Danchet. Gresset. L’abbé Millot. Morellet. P.-Ed. Lemontey. Fourier.
Cousin.
30e. — J. de Sillion. J.-B. Colbert. La Fontaine. Clérembault. Cl Massien. C -F. Houteville. Marivaux. Radonvilliers. Arnault. Richelieu. Davier. Tissot.
31e. — M. Cureau de laChambre. Regnier-Desmarais.
La Mounpye. l.a Rivière. Hardion. Thomas. Comte de Guibert. Fontanes. Villemain.
32e. — Racan. P. Cureau de la Chambre. La Bruyère.
L’abbé Fleury. .1. Adam. Seguy. De Rohan- Cueménée.
Target. Cardinal Maury. Montesquieu. Jay.
33e. — n. Hay du Chastelet. Bossuet. Cardinal de Polignac. Giry de Saiut-Cyr. Balleux. Lemierre. Lucien Bonaparte. Auger. Etienne. Alt. de Vigny.
3ie. Godtau. Fléchier Nesmond, archevêque de Toulouse. J. -J. Amelot. Maréchal de Belle-lsle. Tiublet. Saint-Lambert. Maret. Laine. Dupaty. A. de Musset
35e. — De Bourzeys. L’abbé Gallois. Mongin. De la Ville. Stiard. Roger. Patin.
36e. — Gomberville. Huet. J. Boivin. Duc de Saint- Aignan. Colardeau. Laharpe. Lacretellc allié. Droz Moutalembert.
37e. — Chapelain. Benserade. E. Pavillon. Sillery.
Mirahaud. Watelet. Sedaine. Devaines. Purny. De Jouy.
Empis.
38e. — Courai t. Rose. Louis de Sacy Montesquieu. Chêleaubrun. Cliastellux. Nicolaï. De Ségur. Viennet.
39c — Des Murets. J. de Mesmes. Mauroy. L’abbé de Lonvois. Massillon. Duc de Nivernais. Régnault de Saint-Jean d’Angeiy. Laplace Royer-Collard. Rémüsat.
40e. — Montmor. Lavau. Caumartin, évêque de Blois. Moncrif. Roquelaiire, évêque de Stnlis. Baron Cuvier. Dupin aîné.