LA CHAMBRE DES DÉPUTÉS
Les diverses assemblées à la Chambre des députés. — Abbaye de Saint-Germain des Prés. — Le Pré au\ clercs. — La duchesse douairière de Bourbon. — L’architecte Girardini.— Maison de la
Révolution I.e conseil des Cinq-Cents. — L’Ecole polytechnique au Palais-Bourbon. — Le Corps législatif sous l’Empire. — Le fronton de la Chambre des députés. — Les statues de Sully,
de Colbert, de l’Hospital et de d’Aguesseau. — La salle de carton. — Total de ce qu’a coûté le Palais-Bourbon. — Le salon de la Paix. — Les peintures de M. Horace Vernet. — Les sculptures dans le salon de la Paix. — 'La salle des Pas-Perdus. — Son ancienne animation. — La salle des Conférences. — Salle des séances. — Les diverses assemblées législatives.
La tribune des journalistes. — La sonnette du président. — Le bureau de M. Berryer. — La bibliothèque. — La buvette. — Le vestiaire — L’ouverture des Chambres. — L’Assemblée législative après la révolution de Février. — L’émeute du là mai. — Le corps législatif actuel. — Diverses conditions de l’éligibilité.
Nous arrivons maintenant à un monument qui, dans son état actuel, date à peine de la fin du dix-huitième siècle, et qui néanmoins, malgré sa jeunesse, a été témoin de plus de vicissitudes et de métamorphoses qu’un grand nombre de ses aînés. Je veux parler du palais Bourbon, qui fut d'abord construit pour servir de demeure aux princes de Condé, et qui, depuis, a vu se succéder dans son sein les assemblées délibérantes de tous nos gouvernements, depuis les Cinq-Cents jusqu’au Corps législatif de 1852. C’est le séjour officiel du parlementarisme et du quasi-parlementarisme: on y a vu tour à tour les assemblées politiques de la fin de la République et du Consulat, de l’Empire , de la Restauration, de la monarchie de Juillet, de la seconde République et du gouvernement actuel.
Un auteur ancien, et ce n’est pas Horace , quoi
qu’en aient dit une foule de citateurs, a mis en circulation ce proverbe, que «les livres ont leurs destinées. »
Il y a aussi, pour certains monuments, des destinées étranges et dramatiques; et parmi ces édifices dont l’histoire mériterait le plus de fixer l’attention et d'attirer la curiosité, celui qui se dresse à l’extrémité du pont de la Concorde et en face de la Madeleine occupe sans contredit le premier rang. Je me borne à un aperçu de ses annales.
Vers la fin du dix-septième siècle, le terrain où s’élève aujourd’hui le palais du Corps législatif, sur le quai d'Orsay, au bord de la Seine, faisait partie des domaines de la riche et puissante abbaye de Saint- Germain des Prés, dont les titulaires furent souvent princes du sang ou princes de l'Église. Il dépendait de ce fameux Pré-aux-Clercs , si connu dans les tra¬
ditions de l’ancienne Université. Lorsque le temps des Buridan et des Perrinet le Clerc furent passés, le théâtre de leurs exploits obtint une gloire nouvelle en servant de lieu habituel de rendez vous aux duellistes de tout rang, qui se plaisaient à braver les arrêts de mort aussi bien que les armes de leurs adversaires. Plus d’une mémorable partie fut débattue l’épée et la dague au poing sur cet emplacement où devaient retentir plus tard les discussions oratoires : on croirait que c’était un endroit prédestiné pour les luttes de toute sorte.
En 1722, la duchesse douairière de Bourbon, dégoûtée du vaste hôtel qu’elle occupait avec sa famille là où s’élève aujourd’hui l’Odéon, appela d’Italie l'architecte Girardini, et commença à faire bâtir sur le bord du fleuve une demeure plus agréablement si-
Vue extérieure de la Chambre des députés. — Proclamation officielle de la République, le 4 mai 1848.
tuée. Ce nouveau palais n’avança que très-lentement, et quand la révolution se fut approprié les biens des ex-nobles, la demeure des Condé avait déjà coûté vingt-deux millions , sans être encore terminée. Le bâtiment, composé d’un seul rez-de-chaussée se terminait à droite et à gauche par deux pavillons. Il était précédé d’une cour d’honneur, en avant de laquelle se trouvait une autre cour ombragée de marronniers et un portique donnant sur la rue de l’Université. On arrivait au perron par une avenue de quarante-cinq toises. La façade principale était ornée des statues des muses, et d’un groupe représentant le soleil sur son char, entouré des saisons. Du côté de la Seine, ce palais magnifique était borné par une terrasse de deux cent cinquante toises de longueur : un jardin composé de bosquets, de parterres et de boulingrins, le séparait de l’hôtel de Larsey , dont les dépendances s’é¬
tendaient jusqu’au cours des Invalides , et qui, par la suite, fut incorporé à l’hôtel de Condé. Malheureusement l’extérieur de l’édifice ne répondait pas à la beauté de l’intérieur , au faste et à l’élégance des appartements; il n’y avait rien de plus mesquin que ces deux pavillons regardant le fleuve, surtout quand Louis XVI eut fait exhausser le quai, pour la construction du pont de la Concorde. On reprochait également à l’ensemble le défaut d’unité : Gabriel Barreau, Charpentier et Bélisart, qui furent chargés de poursuivre l’œuvre commencée par Girardini , ne se conformèrent pas à ses plans. Ce défaut n'a pu qu’être aggravé par les changements ultérieurs qu’ont nécessités les nouvelles destinations de l’édifice.
Dans sa séance du 27 ventôse an II, la Convention décréta que l’ancien Palais-Bourbon , devenu Maison de la révolution, serait consacré à la com¬
mission des travaux publics , et mis à la disposition des commissaires, les citoyens Fleuriot, Lescaut , Dejean et le Camus. Peu de temps après, le conseil des Cinq-Cents, organisé en vertu de la constitution de l’an III, désigna la maison de la révolution pour lieu de ses séances; et, en attendant qu’elle fût appropriée a cet usage, il s’installa dans la salle du manège, déjà célèbre pour avoir été le berceau de l’éloquence parlementaire. On sait, en effet, qu’après le serment du Jeu de Paume et la translation à Paris de l’Assemblée constituante, celle-ci, qui se réunit d’abord à l’Archevêché , avait fait disposer la salle du manège plus voisine des Tuileries , en attendant que d’autres assemblées envahissent l’antique demeure des rois. Les architectes Gisors et Lecomte furent chargés de la construction de cette première salle.
Ici se place naturellement un retour aussi rapide